Critique : Save The Green Planet, de Jang Joon Hwan

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Lee Byung-Goo est persuadé que la Terre est l’objet d’un complot extraterrestre. Il décide de kidnapper Kang Man-Shik, qu’il croit fermement mêlé à une future attaque alien. Avec la complicité de sa compagne Sooni, Lee Byung-Goo séquestre Kang Man-Shik afin de le faire parler. Lee Byung-Goog est-il fou ?

A partir d’un postulat insolite, Save the Green Planet nous embarque tout d’abord dans le délire agité de Lee Byung-Goo (Shin Ha-Gyun), sur une tonalité qui tient davantage de la comédie décalée et hystérique que du thriller. Si le comique de la situation – un homme d’affaire accusé par deux marginaux d’être un alien – l’emporte de prime abord, les enjeux sont pourtant graves puisque Kang Man-Shik (Baek Yoon-Shik) se retrouve séquestré, attaché, torturé par Lee Byung-Goo et sa compagne Sooni (Hwang Jun-Min).

Les deux ravisseurs n’ont pourtant pas l’air bien méchants et révèlent même des circonstances atténuantes. Timide et paranoïaque, accro à un médicament que l’on devine nocif pour sa santé mentale, Lee Byung-Goo est marqué par un passé difficile et parvient sans mal à nous attendrir. Sooni semble quant à elle avoir l’esprit d’une enfant de dix ans et se repose entièrement sur son chéri. C’est le kidnappé qui s’avère finalement le plus antipathique : Kang a tout de l’homme d’affaires cynique et affiche clairement son mépris pour les basses couches de la société, dans un climat social pourtant frappé par le chômage.

Mais quelque soit le profil de chacun, l’acte de kidnapping et de torture dont Kang est victime reste odieux. Ainsi, la première partie de Save the Green Planet manipule le spectateur de manière assez déstabilisante, faisant sans cesse balancer entre compassion pour la victime et complaisance vis-à-vis du bourreau, un petit jeu auquel se prête sans complexe l’acteur Shin Ha-Gyun, dont les expressions tour à tour attendrissantes et démentes confèrent à son personnage une dimension à la fois attachante et inquiétante.

Le jeune réalisateur et scénariste Jang Jun-Hwan, à qui l’on devait en partie le scénario de Phantom : the Submarine (Min Byung-Chun), montre décidément des talents pour créer une tension et entretenir l’ambiguïté de ses personnages. L’histoire s’avère riche en rebondissements et en surprises du début à la fin.

Film atypique et inclassable, Save the Green Planet redouble d’excès dans tous les domaines, qu’il s’agisse du déchaînement de violence qui caractérise les affrontements entre Lee et Kang, ou de l’émotion naïve suscitée par Sooni, personnage porté par la mélodie de Over the Rainbow.Jang Jun-Hwan n’est pas de ces cinéastes qui, sous prétexte de faire vivre une expérience extrême, se sentent obligés de renier la part sensible de l’être humain.

Quant à l’humour, il se manifeste souvent là où on ne l’attend pas : certaines scènes qui auraient pu être glauques deviennent franchement comiques, même si l’on grince parfois des dents devant le sadisme manifesté par Lee Byung-Goo. Le réalisateur de Save the Green Planet se montre aussi gentiment irrévérencieux à travers des références humoristiques à différentes religions, ou simplement à travers des clins d’œil à des classiques du cinéma.

Tourné sur les monts Taekbaek, lieu que les légendes ancestrales coréennes associent au berceau de l’humanité, Save the Green Planet reste sans prétention sur le fond même si le scénario introduit quelques thématiques universelles, traduisant d’ailleurs un certain pessimisme sur un monde marqué par des hiérarchies écrasantes voire sur la cruauté de la nature humaine. Sans faire la révolution, Jang Jun-Hwan fait passer une ou deux idées fortes, et il le fait de manière pour le moins originale.

Ce premier long métrage du jeune réalisateur/scénariste est aussi porté par des comédiens incroyables, à commencer par l’excellent Shin Ha-Gyun de Sympathy for Mr Vengeance (Park Chan Wook), qui nous livre ici une prestation mémorable, et le toujours charismatique Baek Yoon-Shik de The President’s Last Bang (Im Sang-Soo), qui n’hésite pas à se tourner en dérision.

Pour sa morale discutable, Save the Green Planet n’est tout de même pas un film à mettre entre toutes les mains. On n’en tiendra cependant pas rigueur à Jang Jun-Hwan, qui nous livre une œuvre explosive, osée, bourrée d’idées rocambolesques et d’images puissantes, tout en n’oubliant pas de faire rire et d’émouvoir. Save the Green Planet est un film pas comme les autres, qui plaira certainement aux amateurs de cinéma inventif.

Elodie Leroy

Article pubié sur DVDRama le 20 mars 2006

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