Critique : Murder, Take One, de Jang Jin

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Metteur en scène de théâtre avant de devenir réalisateur, Jang Jin s’est fait connaître grâce au regard critique qu’il porte sur la société coréenne d’aujourd’hui et pour son humour enlevé, un humour qui caractérisait déjà l’excellent Guns and Talks, comédie d’action délicieusement décalée. Co-scénariste sur le récent Welcome to Dongmakgol, Jang Jin n’a pas chômé pendant que son confrère Park Kwang-Hyun réalisait son premier long. Avec Murder Take One (précédemment intitulé The Big Scene), le metteur en scène exploite une mode bien répandue, y compris chez nous : la téléréalité…

Une belle et talentueuse chef exécutif de publicité est trouvée morte dans une chambre d’hôtel, tailladée en neuf endroits du corps. Dirigée par l’inspecteur Cho Young-Gi, l’équipe du procureur arrête un jeune homme étrange du nom de Kim Young-Hoon qui se trouve être sur les lieux du crime. Cependant, s’il montre une rancune voire une haine envers la victime, le suspect ne semble pas du tout disposé à avouer. C’est alors qu’un journaliste d’une chaîne de télévision leader propose à la police de monter une émission en direct sur 48 heures dont le titre serait « L’homicide de Jung Yoo-Jung. Qui est le coupable ? »…

Surfant sur un phénomène bien réel, l’expansion de la téléréalité, le scénario de Murder, Take One n’est peut-être pas aussi fantaisiste qu’il en a l’air quand on sait que certaines chaînes étrangères créent des émissions autour d’opérations de chirurgie esthétiques ou de sauvetage d’accidentés de la route. L’indécence n’ayant pas de limite, à quand les interrogatoires de criminels en direct ?

C’est la question que s’est certainement posée Jang Jin lorsqu’il lui est venu le pitch stimulant de Murder, Take One et à partir duquel il construit un jeu de chat et de souris entre un inspecteur et son suspect numéro un. Le suspens de la première partie du film réside ainsi essentiellement dans l’ambiguïté de son personnage central, Kim Young-Hoon.

Campé par l’excellent Shin Ha-Gyun, ce dernier se révèle tour à tour inquiétant et attendrissant, c’est-à-dire totalement instable, le comédien jouant de son visage enfantin et de sa capacité à passer en un rien de temps d’une émotion extrême à une autre pour entretenir un doute constant à l’égard de son personnage. A ce titre, l’interrogatoire sous détecteur de mensonge s’impose comme la scène la plus impressionnante du film pour son atmosphère tendue et le caractère imprévisible de l’interviewé, en plus d’être le pivot du film.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 15 décembre 2005

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