Critique : The Master, de Tsui Hark

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Rebaptisé Wong Fei Hung ’92 au moment de sa sortie, The Master date pourtant bien de 1989 et scelle la première collaboration du réalisateur Tsui Hark et de l’acteur Jet Li, deux ans avant le hit Il était une fois en Chine. Mieux, il est déjà question de Wong Fei-Hung dans ce film contemporain situé à Los Angeles, longtemps considéré comme l’un des pires de son auteur par la majorité de ses fans. Aujourd’hui, c’est néanmoins avec une certaine bienveillance que l’on redécouvre The Master, ratage indéniable certes, mais qui n’en reste pas moins fort sympathique, en termes de scènes d’action tout particulièrement. Tout compte fait, ce petit film maudit mériterait presque une timide réhabilitation.

Muni d’un simple visa de tourisme, Jet débarque aux Etats-Unis dans l’espoir de revoir son maître Tak qui séjourne à Los Angeles depuis quelques années. Manque de chance, non seulement il se fait voler son sac à peine descendu du bus, mais il trouve porte close à Po Chi Lam, l’herboristerie de Tak. Ce dernier vient en effet d’échapper aux membres peu amènes d’une école américaine d’arts martiaux rivale, et a trouvé refuge chez une jeune fille. Jet va avoir fort à faire pour retrouver son maître, et surtout pour mettre fin aux exactions de Johnny et sa clique…

the_master_jet_li_02L’Amérique n’a pas toujours porté bonheur à Jet Li, ainsi que tendrait à le confirmer The Master, son second film tourné sur place au cours des années 80, un an après le très mauvais Dragon Fight (dans lequel il faisait équipe avec un Stephen Chow bien sérieux). Cependant, malgré un scénario pour le moins simpliste qui fait la part belle aux personnages les plus irréalistes possible – le méchant baraqué Johnny à la coupe de cheveux ringarde mais aussi les trois Latinos qui suivent notre héros à la trace dans le but de devenir ses disciples – , le film se laisse voir avec un certain plaisir coupable.

La comédie, volontaire ou non, occupe en effet une large place au sein de cette histoire rocambolesque, et le plus étonnant demeure sans doute qu’elle est assurée le plus souvent par Jet Li lui-même, très à l’aise dans ce rôle de benêt impulsif qui rappelle de loin le personnage de Bruce Lee dans La Fureur du Dragon. Sa relation puérile avec Crystal Kwok en particulier est l’occasion de quelques bons moments, comme cette scène rigolote où elle lui apprend tant bien que mal à conduire avant que tous deux se fassent choper en mauvaise posture par un flic du coin. De même, le fait que ni lui ni son maître (incarné par Yuen Wah) ne parlent l’anglais fournit plusieurs opportunités de quiproquos idiots que Tsui Hark s’empresse d’appuyer lourdement.

Un autre motif d’hilarité concerne les acteurs eux-mêmes, et plus précisément les acteurs américains, qui jouent tous plus mal que les autres et dont les prestations ne sont guère sauvées par une post-synchronisation catastrophique qui les fait apparaître encore plus crétins que nature, Jerry Trimble en tête.

the_master_jet_li_04Mais The Master, c’est aussi et surtout de l’action. Et dans ce domaine, l’acteur / chorégraphe Yuen Wah orchestre de bien belles démonstrations martiales qui ne manquent pas de piquant, exploitant les intérieurs (dojo, magasin) comme les décors urbains les plus ordinaires (rue, terrain vague, toit d’immeuble). Le film marquant la fin d’une ère dans la carrière de Jet Li, il constitue l’une des dernières occasions de le voir mêlé à des combats véritablement violents, dans la veine de ceux de Born to Defend, en un peu moins trash. Il faudra ensuite attendre 2005 et Danny the Dog pour retrouver cette hargne dans les coups de l’artiste martial. Et s’il est bien une satisfaction qu’offre The Master, c’est celle de le voir se déchaîner avec fougue contre de gros mastodontes demeurés, et ce sans jamais se départir de la grâce dansante qui caractérise son style incroyablement fluide et élancé. Cerise sur le gâteau, l’un des affrontements permet même de le voir manier brièvement l’épée chinoise, une joie qu’il ne nous a pas accordée si souvent depuis la Trilogie Shaolin.

Pour l’anecdote, la méthode d’entraînement qu’il impose à ses « disciples » et qui consiste à cogner des ballons suspendus à un réseau de cordes est un procédé qu’il a lui-même inventé à l’époque où il participait encore à des compétitions de wushu, et porte le nom de « Star Style » (voir le documentaire Shaolin Kung Fu, disponible en DVD zone all, dans lequel on le voit aussi effectuer une sublime démonstration du kung fu de l’Epée Ivre).

On l’aura compris, The Master s’adresse davantage aux admirateurs de Jet Li que de Tsui Hark, tant le réalisateur n’est que l’ombre de lui-même ici – mois que sur Tristar, cela dit. A voir par curiosité, et si l’on aime l’action soutenue et si l’on affectionne ces sympathiques nanars hongkongais des années 80.

Caroline Leroy

Article publié sur Excessif.com le 11 juin 2007

Film disponible en DVD chez HK Vidéo

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