Critique. ‘A Poem A Day’, avec Lee Joon Hyuk et Lee Yoo Bi

0

Fin mars 2018, l’équipe de Drinking Solo était de retour sur la chaîne câblée tvN avec A Poem A Day, un drama tranche de vies mettant en scène le quotidien du personnel médical de rééducation d’un hôpital. Avec son ton léger et son humour décalé, celui-ci faisait office de bol d’air frais après la purge Cross, qui occupait le créneau juste avant. A Poem A Day ne réitère cependant pas le miracle de Drinking Solo, distillant à l’inverse un fort parfum de déjà-vu, voire confinant à l’ennui dès que la romance pointe le bout de son nez. Reste un sympathique petit groupe de jeunes acteurs et actrices qui conjurent la déception le temps de quelques saynètes.

A Poem A Day nous plonge dans la vie mouvementée d’un groupe de physiothérapeutes, infirmières, radiologues et stagiaires d’un grand hôpital. Woo Bo Young (Lee Yoo Bi) est une intérimaire dévouée à son travail, qui attend depuis trois ans d’être embauchée. Passionnée de poésie, elle trouve un alter-ego en la matière en la personne de l’austère docteur Ye Jae Wook (Lee Joon Hyuk), physiothérapeute de renom dont l’arrivée dans le service fait grand bruit, et dont elle ne tarde pas à tomber amoureuse. Pendant ce temps, Shin Min Ho (Jang Dong Yoon), un camarade d’université qui avait refusé ses avances dans le passé, débarque lui aussi dans le service en tant que stagiaire.

Le réalisateur Han Sang Jae et les scénaristes Myung Soo Hyeon et Baek Sun Woo se connaissent de longue date puisqu’ils ont aussi travaillé ensemble sur la longue série des Rude Miss Young Ae pour tvN. En réalité, avant même de me renseigner sur les noms au générique de A Poem A Day, j’avais deviné qu’il s’agissait de l’équipe de Drinking Solo. Pour une fois, il ne s’agit pas d’un compliment de ma part car les personnages, pour pittoresques qu’ils soient, sont littéralement calqués sur ceux de l’excellent drama de 2016.

Nous avons l’héroïne nunuche et attendrissante, le héros froid à la réputation intimidante, la collègue pin-up un peu peste mais qui a un bon fond, le patron nounours qui abuse un peu, le petit chef taquin qui dissimule une situation familiale difficile, les stagiaires glandeurs et attachants… et ainsi de suite. Le canevas de personnages est identique, mais l’ensemble est loin d’être aussi brillant. A Poem A Day ressemble à du sous-Drinking Solo, ni plus ni moins.

Malgré ce parfum de déjà-vu, les premiers épisodes fonctionnent plutôt bien, nous donnant de surcroît un aperçu intéressant des questions auxquelles est confronté le personnel de santé de l’hôpital, comme le défaitisme des patients ou leur mauvais caractère, mais aussi l’attachement du personnel aux patients quand certains sont susceptibles de mourir du jour au lendemain.

A Poem A Day est avant tout un drama à personnages, et les scénaristes possèdent un vrai savoir-faire lorsqu’il s’agit de croquer des originaux, voire des marginaux. A ce titre, le duo de radiologistes formé par Defconn, dans le rôle d’un éternel indécis, et son jeune collègue joué par Park Sun Ho, qui prétend être débordé par ses révisions alors qu’il passe son temps à regarder des dramas et des clips de K-Pop, est assez savoureux. Au passage, Defconn semble décidément très à l’aise avec les jeunes gens : l’expérience Weekly Idol ?

Si les deux stagiaires interprétés par Jang Dong Yoon (Solomon’s Perjury, School 2017) et Shin Jae Ha (While You Were Sleeping) ne sont pas aussi hilarants que l’irrésistible trio d’étudiants de Drinking Solo, on sourit plus d’une fois devant leurs échanges qui frôlent souvent l’absurde. Il y a même un petit côté Scrubs dans le regard décalé qu’ils portent sur certaines situations.

Outre cet humour, A Poem A Day a pour mérite, toujours comme Drinking Solo, de désacraliser l’obsession des études et de la réussite, en portant un regard indulgent sur ceux (nombreux) qui ratent ou qui n’ont tout simplement pas de grandes ambitions. A ce sujet, le drama distille quelques petites leçons de vie bienvenues qui apportent ici et là un peu d’émotion.

C’est dès que l’intrigue romantique s’amorce que les choses se gâtent véritablement. A Poem A Day se met alors à afficher un cruel manque de rythme. La matière se révèle insuffisante pour seize épisodes d’une heure, un constat que ne rattrape pas le seul parti-pris original du drama, qui consiste à insérer d’authentiques poèmes dans la narration.

Lee Yoo Bi (Gu Family Book, Innocent Man) a ce qu’il faut de charme et d’humour pour nous inviter à partager les joies et les peines de Woo Bo Young. Mais sa bonne volonté ne fait pas de miracle. Le personnage, qui semble au départ avoir ses propres rêves, même modestes, montre vite ses limites dans la romance. Chaque épisode qui pourrait mettre en valeur ses sentiments s’achève par une glorification de l’élu de son cœur, le docteur Ye.

Or le Docteur Ye, tout comme son interprète, sont loin d’être passionnants. Lee Joon Hyuk est froid et – n’ayons pas peur des mots – chiant à mourir. C’est un acteur qui est bon dans des rôles d’antagonistes (Along with the Gods) ou tout du moins ambigus (Stranger), mais à l’exception de quelques scènes rendues amusantes par le comique de situation avec ses partenaires, il ne brille pas par son charisme dans A Poem A Day. On en vient vite à souhaiter que le trouble-fête Shin Min Ho parvienne définitivement à éloigner ces deux tourtereaux si mal assortis.

De son côté, Jang Dong Yoon est comme à son habitude convaincant, dans le registre comique comme dramatique. Mais son rôle ne s’étoffe pas suffisamment pour faire honneur à son talent, en particulier lorsqu’il se retrouve cantonné à la position inconfortable du prétendant malheureux.

Mentionnons pour finir que A Poem A Day s’offre tout de même deux guest stars de choix : Ha Seok Jin et Kim Won Hae (toujours lui !), deux figures phares de Drinking Solo, dans des rôles surprenants : le premier sur le mode de l’auto-dérision, et le second dans un registre plus dramatique. Avis aux curieux.

Caroline Leroy

 

 

Share.