CRITIQUE. ‘Manhole’: Kim Jaejoong et Uee à la recherche du temps perdu

1

Manhole est le premier projet de Kim Jaejoong (Triangle) depuis son retour du service militaire, fin 2016. Dans cette romance fantastique diffusée sur KBS2 entre le 9 août et le 28 septembre 2017, il est le prétendant malheureux de Uee (Marriage Contract) et se voit donner une chance inespérée de la conquérir en retournant dans le passé. Le drama est écrit par Lee Jae Gon, le scénariste du drama policier Ten, et réalisé par Park Man Young (The Virtual Bride) et Yoo Young Eun (Queen of Mystery).

Si Manhole s’inscrit dans la tendance bien installée des dramas coréens utilisant le voyage dans le temps comme argument surnaturel, son pitch n’est pas sans évoquer un certain drama japonais bien plus ancien que celle-ci : Proposal Daisakusen. Dans ce drama daté de 2007, Tomohisa Yamashita embarquait dans une quête similaire pour gagner les faveurs de Masami Nagasawa. Proposal Daisakusen avait d’ailleurs fait l’objet en 2012 d’un remake coréen avec Yoo Seung Ho et Park Eun Bin.

Manhole pourrait aisément passer pour une adaptation non officielle de cette histoire devenue classique avec les années, puisque le but avoué de Bong Pil, le personnage joué par Jaejoong, est bel et bien de passer ultimement la bague au doigt de Soo Jin (Uee). De la même façon que Proposal Daisakusen, l’intrigue démarre alors que cette dernière est sur le point de se marier avec un autre, plongeant notre héros dans une amertume sans nom. Les allers-retours dans le temps se font de la même manière aléatoire avec un « reset » de la situation de départ à chaque fois, l’originalité de Manhole étant qu’ils se produisent par le biais d’une bouche d’égout.

Mais là où Manhole se montre moins efficace que Proposal Daisakusen, c’est dans son timing de début. Avec son format rigide en 16 épisodes, le drama coréen rate son départ dans les grandes largeurs, étirant inutilement un premier épisode particulièrement mauvais. Au cours de cette entrée en matière brouillonne, on ne sait que penser ni de Bong Pil, qui nous est présenté tantôt comme un loser pitoyable ou un hystérique, ni de l’interprétation de Jaejoong tout aussi déroutante. Au point qu’il faut beaucoup de persévérance pour ne pas abandonner aussitôt l’affaire.

Pourtant, dès lors que notre amoureux transi comprend enfin qu’il peut naviguer entre les moments charnières de sa vie – il ne voyage qu’à l’intérieur de sa propre existence -, Manhole démarre pour de bon. Le drama offre son lot de situations cocasses à la Code Quantum, avec un Bong Pil qui revit un jour l’une de ses journées en tant que lycéen, pour se retrouver quelques sauts plus tard en malfrat gominé et vêtu d’une chemise à fleurs, aux ordres d’un gangster. Et si les longueurs se font sentir sur certains épisodes nettement moins réussis que d’autres (l’épisode du coma, plombant), Bong Pil finit par nous gagner à sa cause, et Soo Jin par se révéler sous un jour moins distant.

Oublié le catastrophique début, on se surprend ainsi à apprécier le naturel du jeu de Jaejoong, et sa bonne alchimie avec Uee. On aime aussi retrouver d’une époque à l’autre les amis du couple, en particulier les personnages interprétés par Jung Hye Sung (Chief Kim) et Baro (God’s Gift – 14 Days), tous deux convaincants. Manhole lorgne avec un certain bonheur du côté de la chronique sur l’amitié, et ce n’est pas le moindre de ses charmes.

Mais le meilleur de Manhole se situe dans sa deuxième partie dominée par le personnage inquiétant du mari de Soo Jin, Park Jae Hyun. Les sauts dans le temps de Bong Pil participent à pimenter de facon ludique l’enquête entourant les agissements de cet énergumène, tout en maintenant le suspense sur le sort réservé à Soo Jin qui se trouve sous son emprise dans la majorité des scénarios.

Park Jae Hyun est interprété par un habitué de ce genre de rôles puisqu’il s’agit de Jang Mi Kwan, le kidnappeur impénétrable de Strong Woman Do Bong Soon. Une fois de plus, il se montre parfait dans le rôle de cet homme manipulateur qui dissimule ses pulsions de violence derrière un visage affable, pour ne pas dire avenant. Rien que pour lui et pour ses confrontations avec Jaejoong, Manhole mérite, malgré ses défauts, qu’on lui accorde une seconde chance. Comme Bong Pil, en somme.

Caroline Leroy

 

Share.