Critique: ‘Hospital Ship’, avec Ha Ji Won et Kang Minhyuk

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Hospital Ship est le plus récent drama coréen de l’actrice Ha Ji Won, qui faisait son grand retour à la télévision le 30 août 2017 après deux longues années d’absence. Elle y tient un rôle de médecin d’élite aux côtés de Kang Minhyuk du groupe CNBLUE, vu l’année dernière dans Entertainer. Drama médical au concept sympathique, Hospital Ship fonctionne plutôt bien dans ses premiers épisodes grâce à son parti pris atypique (un bateau hôpital sillonnant les côtes coréennes) et à son couple vedette attachant.

Mais ce drama coréen réalisé par Park Jae Bum (I Miss You, A New Leaf) ne se montre guère à la hauteur de ses ambitions sur la durée. La faute en revient en grande partie à un scénario bancal pourtant signé de Yoon Sun Joo, une scénariste de sageuk renommée (The Great King Sejong, Secret Door).

Hospital Ship a d’autre part gravement souffert des aléas de la grève générale affectant la chaîne MBC courant octobre. Celle-ci est en effet allée jusqu’à en interrompre la diffusion à mi-parcours, faute d’avoir suffisamment d’employés pour terminer la production des épisodes. Retour sur un drama mi-figue mi-raisin.

Hospital Ship raconte les aventures de la talentueuse chirurgienne Song Eun Jae (Ha Ji Won) et de ses collègues, les médecins et infirmières d’un bateau hôpital qui fournit des soins aux habitants des petites îles. Après avoir perdu sa mère, morte de maladie alors qu’elle était en mauvais termes avec elle, Eun Jae quitte le prestigieux hôpital Ddeodam pour rejoindre l’équipage d’un bateau hôpital où elle est la seule chirurgienne. Là, elle fait la connaissance de Kwak Hyun (Kang Minhyuk), un jeune médecin en médecine interne, avec lequel elle noue une relation spéciale malgré leurs différences. Hyun est en effet aussi chaleureux et patient que Eun Jae se montre distante et coincée. S’il n’est pas surdoué comme elle en tant que médecin, il a de toute évidence un bien meilleur contact avec les patients. L’équipage se complète de la présence de Kim Jae Geol (Lee Seo Won), le fils mal aimé du directeur d’un grand hôpital de Séoul, qui pratique la médecine coréenne traditionnelle. D’abord refroidi par la personnalité de Eun Jae, Jae Geol ne tarde pas à tomber sous son charme, se posant peu à peu en rival de Hyun.

Le pitch de Hospital Ship rappelle dans son principe celui de Romantic Doctor, Teacher Kim, diffusé l’année dernière sur SBS et accessoirement l’un des meilleurs dramas médicaux jamais produits. Comme ce dernier, Hospital Ship dédaigne les couloirs luxueux des hôpitaux de la capitale, si abondamment montrés dans la fiction coréenne, pour nous emmener en province, dans un décor pittoresque à faire fuir les ambitieux. Sur place, nous y côtoyons une équipe sympathique qui se consacre 24 heures sur 24 à ses patients, parfois à perte. Cette équipe est dominée par la figure charismatique d’un praticien d’excellence au caractère difficile.

Mais contrairement à Romantic Doctor, Teacher Kim, qui réussissait la prouesse de nous maintenir en haleine à l’aide de scènes d’opérations spectaculaires tout en ne négligeant jamais le développement de ses nombreux personnages, Hospital Ship peine à garder le cap et se perd plus d’une fois en route, vacillant entre drama médical à rebondissements et romance à l’eau de rose parfaitement hors sujet. Un manque de cohérence narrative qui coûte cher à certains personnages, à commencer par Song Eun Jae elle-même.

Le drama ne se focalise pas assez sur les opérations, qui constituent pourtant l’essentiel du métier de notre héroïne. Il y en a bel et bien mais elles sont rarement impressionnantes et surtout bien trop courtes.

Le pire reste néanmoins l’introduction en cours de route d’une rivale féminine qui vient disputer de façon complètement incongrue le cœur pourtant très loyal de Kwak Hyun, suscitant la jalousie de Eun Jae. Le personnage, aussi absurde qu’irritant, est de surcroît interprété par une actrice particulièrement mauvaise, Wang Ji Won (Good Doctor), dont la seule présence à l’écran suffit à rendre n’importe quelle scène insupportable.

Cet arc, qui se prolongera bien trop longtemps pour notre plus grand malheur, signe le début du naufrage pour Hospital Ship. Alors que le drama aurait pu développer un portrait de femme intéressant, les puérilités pseudo-romantiques entament durement l’image de cette héroïne taciturne. Cela est d’autant plus regrettable que Eun Jae a déjà fort à faire avec son passif familial, entre la culpabilité qu’elle éprouve envers sa mère partie trop tôt, et le ressentiment qu’elle nourrit pour son loser de père. De même, le personnage de Kwak Hyun est lui aussi suffisamment caractérisé, ne serait-ce qu’à travers sa relation touchante avec son père, ex-brillant chirurgien atteint de la maladie d’Alzheimer.

Les raisons de l’ajout de cette guimauve tiennent donc en un mot : femme. Héroïne. Song Eun Jae a beau être la plus extraordinaire des chirurgiennes, il faut qu’elle se retrouve embarquée dans des imbroglios romantiques ridicules que l’on n’aurait jamais osé servir à un héros au masculin.

Plus généralement, cette erreur de parcours illustre le manque de cohésion de l’intrigue de Hospital Ship. Le drama n’offre pas de réelle montée en tension et laisse une impression de morcelé. Sans oublier un dernier épisode absolument horrible au scénario totalement irréaliste, dont la nullité fait concurrence à celle du désormais célèbre dernier épisode de Fashion King en son temps. Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher le drama aux amateurs, mais on sort de cette épreuve déprimé et en colère.

Tout cela est dommage car Hospital Ship offre plusieurs moments réussis, comme la prise d’otage du bateau par des gangsters qui obligent Eun Jae à opérer l’un des leurs, ou encore l’arc dédié au père de Eun Jae, joué par Jo Sung Ha (The K2). Du côté des qualités, il y a aussi la relation forte que l’équipage du bateau instaure avec les personnes âgées des îles reculées, ces grands oubliés des dramas coréens, qui nous sont dépeints ici avec beaucoup de tendresse.

Enfin, le casting de Hospital Ship parvient à nous maintenir à flot grâce à une bonne alchimie entre les acteurs. Ha Ji Won (Duelist, The King 2 Hearts) est très crédible en chirurgienne et assez attachante derrière ses airs butés et son ton sec. Elle se montre convaincante dans les scènes de tension, de stress, mais aussi dans les rares moments d’émotion que son personnage s’autorise.

Kang Minhyuk, de son côté, affiche de nets progrès depuis Entertainer même si son visage manque toujours d’expressivité. Il confère une douceur apaisante au chaleureux Kwak Hyun et en fait l’air de rien le personnage le plus charmant du drama. Le couple qu’il forme avec Ha Ji Won est assez rafraîchissant et demeure incontestablement l’un des atouts du drama.

Quant à Lee Seo Won (Uncontrollably Fond), il ajoute un peu de peps et de malice au casting principal. Il est amusant de constater que cet acteur, qui joue le rôle d’un prétendant au cœur de Ha Ji Won, a tout de même dix-neuf ans de moins qu’elle dans la vraie vie. C’est l’effet Ha Ji Won. Elle est sans doute actuellement la seule actrice capable d’assumer avec naturel ce genre de différence d’âge, exactement comme le font tous les acteurs hommes partout dans le monde.

Caroline Leroy

 

 

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