CRITIQUE. ‘Missing Noir M’, avec Kim Kang Woo et Park Hee Soon

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La diffusion du drama coréen Missing Noir M ajoutait en 2015 une pièce de choix au line up de polars violents et réalistes qui ont fait la notoriété de la chaîne câblée OCN. Avec sa réalisation soignée, ses scénarios fouillés à forte résonance sociale, et le tandem d’acteurs impeccable formé par Kim Kang Woo et Park Hee Soon, Missing Noir M fait partie de ces titres incontournables pour tout amateur de thriller coréen qui se respecte.

Gil Soo Hyun (Kim Kang Woo) est un génie avec 187 de QI, diplômé de Harvard et ancien agent du FBI. A son retour en Corée du Sud, il se voit proposer de diriger la toute nouvelle Unité Spéciale des Personnes Disparues, dont la mission est de traiter le 1% de cas non résolus impliquant des crimes violents. Il est bientôt rejoint par l’inspecteur Oh Dae Young (Park Hee Soon), un homme de terrain qui s’est spécialisé dans la résolution de ce type de cas au cours de ses vingt ans de carrière. Une jeune policière aux talents d’informaticienne, Jin Seo Joon (Jo Bo Ah), aide les deux hommes dans leurs affaires.

Missing Noir M est l’œuvre de l’équipe de production de Special Affairs Team TEN (2011)et sa suite Special Affairs Team TEN 2 (2013), menée par le réalisateur Lee Seung Young. La scénariste Lee Yoo Jin est en revanche une relative inconnue puisqu’elle n’a alors à son actif que le film Crossing, sorti sur les écrans en 2008.

Dans sa note d’intention, la production décrivait Missing Noir M comme une « version coréenne de Sherlock Holmes », où Kim Kang Woo serait Sherlock et Park Hee Soon Watson. On perçoit en effet une veine classique dans ce crime procedural articulé autour du choc des personnalités de ses deux personnages principaux.

Gil Soo Hyun est aussi distingué et cérébral que Oh Dae Young est brut de décoffrage et impulsif. Cette configuration constitue un renversement malin du cliché habituel du vieux flic usé faisant équipe avec un jeune chien fou. Les deux protagonistes ont en commun une implication totale dans leur travail et, disons-le, un sens de l’humour plutôt limité.

L’autre inspiration de Missing Noir M, c’est bien sûr le film Seven de David Fincher, auquel le drama fait explicitement référence dès la première affaire (A Puzzle From Prison), à travers les mises en scènes artistiques et sophistiquées de ses crimes.

La scène d’ouverture du premier épisode frappe tout particulièrement l’imagination de par sa beauté macabre, qui affirme en quelques plans les ambitions du drama dans son ensemble. Rien que le mannequin utilisé pour cette scène a coûté un million de won (environ 800 000 euros), et nécessité un mois de travail minutieux.

Visuellement, Missing Noir M est de toute beauté. La réalisation est soignée, énergique, les plans variés et somptueusement éclairés, les décors nous entrainent dans les rues sombres de Séoul comme dans les déserts campagnards, voire en pleine nature montagneuse. La bande-originale atmosphérique, dont le plus beau morceau n’est autre que le générique du début (Was Justice Delivered), contribue à maintenir la tension pendant les dix épisodes.

Les deux acteurs principaux sont charismatiques et complémentaires. Kim Kang Woo (Circle, Goodbye Mr. Black) fait un Gil Soo Hyun mystérieux et imprévisible, qui semble toujours avoir plusieurs coups d’avance sur les autres. Ménageant ses effets avec brio, il est particulièrement bon dans les face-à-face psychologiques avec les suspects.

Tout aussi excellent, l’acteur de cinéma Park Hee Soon (Antartic Journal, The Scent) apporte quelque chose de chaleureux à son personnage de flic désabusé, évitant constamment le stéréotype. A leurs côtés, Jo Bo Ah (Horse Doctor, Temperature of Love), dont c’est l’un des premiers rôles, se montre convaincante dans cet univers d’hommes.

Ce qui différencie foncièrement un polar coréen comme Missing Noir M d’une série américaine du même style, c’est le point de vue à travers lequel sont envisagées les affaires. Comme on l’observe dans la plupart des dramas coréens appartenant au genre du polar ou du thriller, les enquêtes ne sont pas de simples énigmes à résoudre, elles nous plongent dans une réalité sociale parfois difficile et encouragent toujours à la compassion envers les victimes.

Parmi les personnes recherchées par nos enquêteurs, certaines ont été oubliées depuis longtemps : insignifiantes elles étaient pour leurs proches, insignifiantes elles sont restées une fois disparues. Jusqu’à ce que des inconnus – nos enquêteurs – se penchent sur leur histoire.

D’autres cas sont l’occasion de porter un regard sur les drames vécus par l’entourage des victimes, comme l’épisode Murder Premonition qui s’attarde sur les conséquences d’un licenciement collectif, ou l’épisode HOME qui évoque les adolescents abandonnés par leur famille.

D’une manière générale, les épisodes de Missing Noir M en deux parties – soit la majorité – sont les mieux construits, les plus efficaces du point de vue du suspense, du rythme. La durée permet à la scénariste de développer des intrigues denses et intéressantes, évoluant au rythme soutenu des découvertes et des analyses de nos héros. Les pistes se multiplient de façon cohérente, sans balader inutilement le spectateur, et la résolution de l’énigme n’est jamais ce que l’on croit. Parmi les épisodes les plus réussis, citons A Puzzle From Prison et Pure Heart.

Dans la catégorie des épisodes simples, Murder Reconstruction sort du lot avec son scénario imbriquant deux époques et ses personnages plus ambigus les uns que les autres. Malgré un ton plus mélodramatique, les épisodes Murder Premonition et HOME valent eux aussi le détour, ne serait-ce que pour la force et l’originalité des thèmes abordés.

A ce sujet, le titre du dernier épisode, « Injustice », résume très bien la noirceur du propos de Missing Noir M, qui reste fidèle jusqu’au bout à sa ligne directrice sans jamais verser dans le style racoleur des séries américaines.

Côté casting, Missing Noir M s’offre plusieurs guest stars marquantes, dont certaines ont été choisies par le réalisateur Lee Soo Young lui-même au sein du casting du drama Misaeng. Kang Ha Neul ouvre ainsi le bal dans A Puzzle From Prison avec une belle prestation dans la peau d’un psychopathe amateur d’énigmes tordues. Suivent Park Hae Joon et Son Jong Hak, dans l’épisode Rust, dans les rôles respectifs d’un cadre en fuite et d’un PDG d’entreprise.

Moins connue, l’actrice Lee Yeon Doo (My Daughter Geum Sa Wol) fait bonne impression avec un rôle trouble dans l’épisode Pure Heart. Enfin, signalons pour le fun le caméo d’une star de K-Pop, L.Joe, ancien Teen Top, dans l’épisode HOME.

Nous aurons le plaisir de retrouver le réalisateur Lee Seung Young très bientôt puisqu’il est aux commandes de Voice 2 avec Lee Ha Na et Lee Jin Wook, qui sera diffusé sur OCN durant l’été 2018.

Caroline Leroy

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