Critique. ‘RE:MIND’, un thriller d’enfermement japonais très fun sur Netflix

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Web drama japonais disponible sur NETFLIX, Re:mind nous plonge dans un long cauchemar aux côtés de onze lycéennes japonaises en captivité. Sur la base d’un concept assumé jusqu’au bout, ce thriller d’enfermement fait monter la tension et assure le divertissement grâce à un scénario ingénieux et une atmosphère bien entretenue.

Synopsis : Onze lycéennes se réveillent enfermées dans une salle à manger sans savoir comment elles sont arrivées dans ce lieu inconnu. Elles n’ont aucune possibilité de contacter le monde extérieur. Pire, leurs pieds sont piégés dans un dispositif cadenassé qui les empêche de bouger. Qui les a kidnappées et emprisonnées de la sorte ? Dans quel but ?

Des lycéennes japonaises séquestrées

Si vous êtes abonné à NETFLIX, vous avez sans doute été intrigué, comme moi, par ces images sombres et colorées dévoilant des lycéennes japonaises assises autour d’une table, en tenues d’écolières, dans un décor inquiétant de style européen. Produit par la chaîne TV Tokyo, Re:mind était diffusé en première exclusivité sur NETFLIX en octobre 2017, une preuve de plus de l’intérêt grandissant du leader mondial des contenus en ligne pour les fictions asiatiques.

Vous l’aurez compris, ces jeunes filles aux visages angéliques sont en bien mauvaise posture ! Rien que la scène du réveil est épique. C’est Mirei qui émerge en premier et ôte l’étrange cagoule en soie rouge qui lui recouvre la tête, pour découvrir qu’elle est entourée d’autres lycéennes endormies et encagoulées. Par la suite, les adolescentes sortent de leur état comateux une à une, chacune à sa manière, entre celle qui attrape sa voisine en tremblant de peur, celle qui crie pour intimider tout le monde ou celle qui débite un laïus sur son chien comme un disque rayé. A mesure que l’assemblée s’éveille, Mirei réalise que ses pieds sont emprisonnés dans deux orifices au sol qui l’empêchent de se lever. Elle découvre également que les autres prisonnières font toute partie de sa bande d’amies de lycée. Une seule personne manque à l’appel : Miho, leader déchue du groupe, qu’elles ont en commun d’avoir harcelée à l’école.

A l’exception des flashbacks de débuts d’épisode, qui apportent tous un éclairage sur l’histoire, Re:mind obéit au principe de l’unité de lieu et de temps pour nous plonger dans un bad trip de douze épisodes d’une vingtaine de minutes – treize si l’on ajoute l’épisode spécial qui clôture le drama. Le format du drama est extrêmement facile à consommer, puisque les épisodes durent 20-25 minutes, comme dans une série animée. Je vous recommande de regarder la série en mode « binge-watching », ou du moins sur quelques jours, pour vous immerger pleinement dans son atmosphère et vous coller le frisson.

« I guess everything reminds you of something »

Le concept de Re:mind renvoie à plusieurs références du cinéma d’horreur, à commencer par Saw, le thriller malin de James Wan qui a donné lieu à une franchise fleuve, mais aussi à Cube, de Vincenzo Natali, pour la mécanique macabre qui se met en route lorsque les jeunes filles commencent une à une à disparaître, dans des conditions plus que mystérieuses.

Servi par un scénario qui sait maintenir son mystère en distillant ses indices au compte-goutte, Re:mind parvient à entretenir la tension grâce à une mise en scène efficace et un rythme soutenu. Le caractère angoissant du décor, qui évoque un purgatoire, est soutenu par un travail soigné sur les sons. Entre les grondements lointains et la porte grinçante qui s’ouvre et se referme brutalement d’elle-même, le drama flirte ouvertement avec le fantastique et parvient parfois à faire monter le trouillomètre. Guettez le moment où la salle à manger accueille un douzième convive encagoulé, dont les attitudes corporelles évoquent quelque sombre créature tout droit sortie des Enfers.

« I guess everything reminds you of something ». Ce titre d’une nouvelle d’Hemingway n’a pas été laissé au hasard dans la pièce chargée de symboles qui entoure les jeunes filles. Peut à peu, les personnages vont tenter de comprendre par elles-mêmes les raisons de leur séquestration en cherchant des indices dans leurs propres souvenirs. A mesure que le passé dévoile ses zones d’ombre, les pièces du puzzle s’assemblent, les secrets inavouables se révèlent, les rancœurs éclatent au grand jour.

Angoisses adolescentes et persécutions scolaires

Là où le scénario fait preuve d’ingéniosité, c’est en dessinant, à travers les récits parcellaires des jeunes filles, une histoire globale qui emprunte à plusieurs genres de fiction. Nous passons ainsi de l’expression des rivalités d’adolescentes travaillées par leurs hormones à la recherche d’indices sur un crime potentiel, en passant par l’évocation d’attouchements sexuels par un adulte. Tous ces questionnements et ce mélimélo d’émotions saisissent plutôt bien l’adolescence au féminin et ses tourments, qu’il s’agisse des liens forts d’amitié et/ou de rivalité qui unissent ces filles, ou du mélange d’admiration, de peur et de dégoût qu’elles ressentent envers les hommes adultes.

Re:mind est aussi résolument ancré dans son époque : les réseaux sociaux, en particulier Twitter, tiennent une place importante dans l’histoire, cet outil de communication pouvant se muer en arme redoutable entre les mains d’adolescentes mal dans leur peau. Des adolescentes qui s’avèrent, comme beaucoup de jeunes en quête d’absolu, un peu « fachos » sur les bords lorsqu’elles jouent les redresseuses de torts, quitte à se montrer cruelles dans leur volonté de traquer les imperfections chez les autres.

Au passage, Re:mind apporte aussi un éclairage poignant sur les affaires de persécutions scolaires (terme que je préfère à « harcèlement scolaire »), en particulier au cours d’une scène forte de confessions face caméra. Le drama relie avec justesse la méchanceté qui se déchaîne dans ces affaires, qui débouchent bien souvent sur des actions violentes, aux angoisses propres à cet âge difficile de la vie, qui tendent à annihiler toute empathie envers les autres, voire à stimuler un certain sadisme.

De la J-pop à la série d’horreur

Le casting de Re:mind joue sur un pari audacieux : les actrices proviennent directement de Keyakizaka46, un girl group de J-pop formé en 2015 – il s’agit des filles de la seconde génération du groupe. A noter que les chanteuses, qui interprètent le sympathique titre du générique, utilisent leurs vrais noms dans l’histoire.

Comme il faut s’y attendre, le niveau de jeu varie d’une actrice à l’autre, mais certaines révèlent de réels talents, en particulier Kyoko, qui parvient à créer un personnage unique en son genre avec ses intonations de délinquante, mais aussi Shiho en personnage muette et ambiguë qui s’exprime oralement par le biais d’une application sur mobile – la voix artificielle ajoute à l’étrangeté du drama. Mirei endosse avec assurance le rôle de l’intello un peu sainte-nitouche et Kumi celui du membre le plus adulte du groupe, tandis que Memi nous livre quelques bons moments de craquage émotionnel. Les autres jeunes filles ne sont pas toutes de grandes actrices, mais la caractérisation des personnages est parfois bien vue : Sarina fait très bien la déléguée de classe un peu gnangnan qui tente de prendre le lead et de fédérer le groupe.

Je ne savais rien de Keyakizaka46 avant de voir Re:mind. Je les ai donc acceptées sans aucun a priori. L’exploration des reviews sur le web m’a appris que ce casting avait engendré un fort préjugé chez certains spectateurs, ce qui est regrettable. Doit-on rappeler que les industries du disque et de la télévision ont toujours entretenu des liens étroits au Japon ? Combien d’acteurs japonais aujourd’hui dans la trentaine-quarantaine sont issus du monde des idols ? Ce casting constitue au passage une prise de risque de la part des producteurs, mais aussi des jeunes filles, qui rompent avec l’image de pureté qui entoure souvent les idoles féminines de J-pop.

Si la réaction des fans de J-pop est donc difficile à prévoir, les amateurs de films conceptuels à la Cube s’y retrouveront. Re:mind est un divertissement efficace, anxiogène et parfois touchant qui mérite d’être vu en peu de temps pour faire son petit effet.

Le treizième épisode, un « spécial » de trente minutes, revient sur le passé et apporte des clés indispensables à la compréhension de l’histoire, sans toutefois donner toutes les réponses. Le titre, Re:mind, peut être lu différemment, l’inversion du « m » donnant Re:wind, qui désigne l’acte de rembobiner. Il semble que revoir la série après avoir vu sa conclusion permette de découvrir de nouveaux indices… Je suppose que tout nous rappellera quelque chose.

Elodie Leroy

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