Critique : ‘Romantic Doctor, Teacher Kim’, avec Han Suk Gyu, Yoo Yeon Seok et Seo Hyun Jin

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Succès surprise de la fin d’année 2016, le drama coréen Romantic Doctor, Teacher Kim a accumulé les récompenses aux SBS Dramas Awards, parmi lesquelles des prix d’interprétation mérités pour ses acteurs principaux. L’acteur Yoo Yeon Seok et l’actrice Seo Hyun Jin recevaient chacun un prix d’excellence, tandis que le vétéran Han Suk Gyu repartait glorieusement avec la récompense ultime, le Daesang ! J’ai vu beaucoup de dramas médicaux – c’est un genre que j’affectionne – et il m’a semblé très vite évident que Romantic Doctor, Teacher Kim apportait quelque chose de frais au genre. Cela tient à son propos intelligent où s’entremêlent réalisme et humanisme, mais aussi à son caractère exceptionnellement immersif, grâce aux miracles combinés d’une écriture et d’une réalisation hauts de gamme. Bienvenue dans un drama coréen captivant et addictif.

Issu d’un milieu modeste, Kang Dong Joo (Yoo Yeon Seok) est devenu médecin à force de travail acharné. Face à la concurrence déloyale de ses collègues « bien-nés », il privilégie les patients VIP pour acquérir la position qu’il pense lui être due. Yoon Seo Jung (Seo Hyun Jin) est une médecin urgentiste particulièrement douée mais elle est hantée par une erreur du passé qui l’empêche de s’accomplir. Dong Joo et Seo Jung, qui se sont connus à l’hôpital Geodae de Séoul, se retrouvent par la force du destin réunis à Doldam, un hôpital situé dans une petite ville de campagne. Là, ils doivent composer avec le mystérieux Kim Sabu ou « Teacher Kim » (Han Suk Gyu), un médecin de grande renommée qui a abandonné une carrière brillante à Séoul pour des raisons obscures, il y a des années de cela. Sous sa supervision, Dong Joo et Hyun Jin vont approfondir leur métier mais aussi apprendre à mieux se connaître eux-mêmes…

Diffusé sur SBS entre le 7 novembre 2016 et le 17 janvier 2017, Romantic Doctor, Teacher Kim réunit de fameux talents du petit écran coréen.  A la plume, la scénariste Kang Eun Kyung à qui l’on doit Gu Family Book, et derrière la caméra, le réalisateur de You’re All Surrounded, Yu In Sik. Les dons de conteuse et de dialoguiste de la première s’allient à la perfection avec le talent formel et narratif du second pour créer un drama médical hors du commun. Le résultat est vraiment loin de ce que vous pouvez voir dans les séries américaines récentes s’inscrivant dans ce genre très codifié depuis Urgences. Je pense à une série comme Chicago Med, qui suinte la banalité à chaque scène en comparaison.

Romantic Doctor, Teacher Kim est différent, et cela est frappant dès le premier épisode, suprêmement réussi. Dans l’ambiance ultra réaliste des urgences, on est plongé au bout de quelques minutes dans une opération complexe racontée avec un sens du suspense remarquable, comme on a pu en apprécier dans l’excellent Brain il y a quelques années. Tandis que l’intrigue se met en place avec une efficacité redoutable, on suit le chassé-croisé amoureux mouvementé de Kang Dong Joo et Seo Hyun Jin, jeunes médecins fougueux auxquels on s’attache immédiatement. Quand s’achève l’épisode et que débutent les notes entrainantes de The Stranger de Billy Joel (géniale trouvaille pour le générique de fin), on est presque abasourdi, encore persuadé qu’il vient à peine de commencer.

Les dix-neuf autres épisodes sont à l’avenant. Romantic Doctor, Teacher Kim est un drama effervescent, trépidant, qui mêle avec brio cas médicaux désespérés et conflits humains exacerbés par les situations compliquées qui se succèdent. Le rythme soutenu de l’intrigue et la maîtrise impressionnante de la narration créent chez le spectateur un sentiment unique, celui de visionner un seul et même épisode d’une vingtaine d’heures, qui serait divisé en différents actes. On est fasciné au point de se laisser presque engloutir par cette histoire, à l’image de ces médecins qui finissent toujours par reprendre le chemin de cet hôpital où des patients vont peut-être débarquer d’un instant à l’autre. Ce côté hautement addictif est certainement ce qui explique l’ascension spectaculaire des scores d’audience entre le premier (9,5%) et le dernier épisode (27%)! Je conseille un visionnage rapproché des épisodes voire, pourquoi pas, un marathon sur quelques jours afin de vivre pleinement cette expérience exaltante.

Le drama a été plusieurs fois salué par les experts pour son réalisme dans sa peinture de l’univers médical, et notamment pour le soin accordé à des détails qui échappent totalement au spectateur non-initié. Son réalisme ne s’arrête pas aux opérations chirurgicales extrêmement crédibles, il concerne aussi la manière dont les sentiments du personnel,  les médecins, chirurgiens et infirmiers(ères), sont minutieusement restitués.

Romantic Doctor, Teacher Kim confère à ce milieu maintes fois montré à la télévision une dimension tangible, une sensation de réel, tout en n’oubliant pas de lui opposer la notion d’idéal, si essentielle dans ces professions qui impliquent la dévotion à autrui. Au fil des situations parfois surprenantes, il distille ainsi subtilement ses messages humanistes et réconfortants, par l’intermédiaire d’une galerie de personnages particulièrement savoureux.

Les acteurs sont exceptionnels, dominés par la figure fascinante de Kim Sabu. L’interprétation de Han Suk Gyu est vraiment superbe. C’est un grand acteur de cinéma (Shiri, The President’s Last Bang, The Royal Tailor, pour ne citer que ceux-là), reconnu aussi pour ses rôles à la télévision (Tree With Deep Roots), et pourtant il ne se livre à aucun cabotinage là où d’autres auraient cédé immédiatement à la tentation avec un personnage drapé d’une telle aura de légende. Mais Han Suk Gyu est au-dessus de cela. Il manie toutes les nuances de son personnage avec un naturel incroyable, faisant de Kim Sabu un personnage à la fois autoritaire, désarmant, imprévisible et bienveillant. Il joue des inflexions de sa voix, de son regard, de ses postures pour créer ce héros unique en son genre. Un acteur remarquable.

On est comme Kang Dong Joo, sans cesse en train de se demander ce que Kim Sabu a dans la tête, comment il va réagir. Yoo Yeon Seok (Reply 1994, Gu Family Book) est l’autre réjouissance de Romantic Doctor, Teacher Kim. Son personnage possède lui aussi un caractère de cochon et pèche souvent par arrogance, mais sa volonté de bien faire l’emporte malgré tout. Dong Joo est une vraie tête à claques quand il s’y met, mais Yoo Yeon Seok parvient à lui insuffler quelque chose de très mignon qui le rend singulier. Avec son physique avantageux et sa voix douce, agréable, il est craquant et très crédible en jeune médecin.

Seo Hyun Jin (Another Oh Hae Young) est elle aussi parfaite dans son rôle. Je trouve intéressante la façon dont est pointée la tendance de Yoon Seo Jung à se sous-estimer, à se diminuer alors qu’on voit dès le premier épisode qu’elle est très talentueuse. C’est une femme qui se cherche mais qui, malgré les obstacles, a véritablement la volonté d’arriver quelque part. Son plus grand ennemi, c’est elle-même. L’actrice donne corps avec une certaine humilité à l’ambivalence de Seo Jung, son jeu est précis et elle est très attachante.

Romantic Doctor, Teacher Kim est un drama romantique mais pas au sens où on l’entend habituellement. Pourtant, on y trouve bien le plus beau baiser vu sur un écran depuis longtemps, une scène de baiser volé magnifique, d’une sensualité extraordinaire, entre Yoo Yeon Seok et Seo Hyun Jin. Ces deux-là ont une belle alchimie et nous font frissonner plus d’une fois durant le drama.

Comme il l’avait déjà montré dans You’re All Surrounded, le réalisateur Yu In Sik possède un sens artistique prononcé et il sait mieux que personne mettre en valeur ses acteurs. Han Suk Gyu, Yoo Yeon Seok et Seo Hyun Jin sont non seulement très bien filmés et mais aussi très bien éclairés, sur chaque plan. Romantic Doctor, Teacher Kim s’avère ainsi être un plaisir de chaque instant pour les yeux, sans que cela ne distraie de son contenu.

Quant aux personnages secondaires, ils sont à l’image de Kim Sabu : folkloriques. Ils sont d’ailleurs pour la plupart campés par des acteurs et actrices rompus à l’exercice. Je pense à Jin Kyung (It’s OK, That’s Love, Uncontrollably Fond), parfaite en chef infirmière inflexible et très humaine, ou encore à Lee Won Hee (Crazy Lee, You’re All Surrounded), très drôle dans le rôle du directeur exécutif de l’hôpital, avec sa touche de maître d’hôtel. Le jeune Kim Min Jae (Twenty Again) continue de faire bonne impression avec son personnage d’infirmier discret et épris de justice.

Enfin, le nouveau venu Yang Se Jong, recruté sur audition, s’affirme avec beaucoup d’aisance dans le rôle a priori cliché du gosse de riche qui compte sur son papa influent pour grimper les échelons. Il fait de Do In Beom un jeune homme attachant, qui est loin de se réduire à sa rivalité affichée avec le personnage de Yoo Yeon Seok.

Romantic Doctor, Teacher Kim n’échappe pas au cliché du méchant directeur d’hôpital, plus businessman que médecin, qui veut se venger du héros – un must dans les dramas médicaux coréens. Le rôle de ce personnage sévère et borné est tenu par Choi Jin Ho (Jackpot, Confession). Néanmoins, le décor de l’hôpital nous projette immédiatement dans un ailleurs rafraichissant, qui sied parfaitement à la galerie de personnages soignée imaginée par la scénariste. L’hôpital Doldam s’impose dès le début comme un protagoniste à part entière, qui participe à faire évoluer tous les personnages sans exception.

Le cadre est planté à travers l’ambiance western très marquée (les musiques, les couleurs) qui entoure ce bâtiment vétuste perdu au milieu de nulle part, recouvert de lierre et de poussière. Il est mis en valeur par une photographie superbe, très cinématographique. L’intérieur, meublé et arrangé à l’ancienne, séduit par son charme inhabituel, le hall d’entrée et l’accueil donnant l’impression que l’on vient de pénétrer dans un vieil hôtel américain.

L’hôpital Doldam est un fantastique décor de fiction qui contraste avec les sempiternels établissements ultrasophistiqués de Séoul. En comparaison, l’hôpital Geodae nous paraît aussi inhumain que son chef. Le fait que tous les membres du prestigieux établissement de Séoul finissent par investir, un à un, ce qu’ils qualifient eux-mêmes d’ « hôpital de merde », est éloquent en soi. L’une des vocations de Romantic Doctor, Teacher Kim est aussi de mettre en valeur la médecine de proximité, de replacer les patients au centre des préoccupations des médecins, loin devant les conflits d’intérêt stériles qui mobilisent quelques notables sans scrupules.

Avec ses 20,4% de moyenne d’audience (chiffres AGB Nielsen), Romantic Doctor, Teacher Kim se classe parmi les plus grands succès publics et critiques de l’année 2016. La série, qui s’achevait début 2017, a par conséquent été prolongée d’un épisode spécial sous forme de prequel, dans lequel Kim Sabu retrouve son premier amour sous les traits de l’actrice Kim Hye Soo (Signal). Une jolie façon de conclure ce très beau drama, en espérant, qui sait, une deuxième saison qui nous permettrait de revoir tout ce beau monde.

Caroline Leroy

 

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