Critique. ‘Solomon’s Perjury’, thriller scolaire captivant avec Kim Hye Soo et Jang Dong Yoon

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Qui a dit que les remakes coréens d’œuvres japonaises étaient tous mauvais ? Il est vrai que le souvenir de certains dramas a pu nous laisser avec des préjugés, comme les lamentables To The Beautiful You et Nodame Cantabile. Même Boys Over Flowers et Liar Game sont fades à côté des originaux. Mais les choses changent. Nous avons eu Mother cette année, superbe drama coréen adapté d’un format japonais. Et puis, un peu plus tôt, pendant l’hiver 2016-2017, il y a eu Solomon’s Perjury, drama coréen en douze épisodes proposé par la chaîne câblée JTBC, et diffusé juste avant Strong Woman Do Bong Soon.

Reposant sur un scénario solide et mettant en vedette de talentueux inconnus, Solomon’s Perjury fait partie de ces bonnes surprises qui vous accrochent dès les premières minutes pour ne plus vous lâcher jusqu’à la dernière. Un drama au rythme soutenu, qui a des choses à dire et ne se perd pas en route.

Solomon’s Perjury est un school drama d’un genre un peu particulier. Son intrigue démarre après une habile succession de scènes d’exposition, entre lesquelles s’insèrent des scènes clés intrigantes dont la chronologie demeure incertaine. Et elle s’ouvre rien moins que sur la mort d’un lycéen, Lee So Woo (Seo Young Joo), que ses camarades trouvent enfoui sous la neige au pied du bâtiment, un début de mois de janvier. La police et la direction du lycée concluent aussitôt à un suicide, mais certains élèves sont incrédules. C’est le cas de Ko Seo Yeon (Kim Hye Soo), une jeune fille curieuse et intelligente, qui propose en conséquence d’organiser dans l’enceinte du lycée le procès « non-officiel » du principal suspect du crime. Pour cela, elle recevra l’aide inespérée d’un lycéen venu d’un autre établissement, le mystérieux Han Ji Hoon (Jang Dong Yoon).

Solomon’s Perjury transpose en un format télévisé deux films japonais réalisés en 2015 par Izuru Narushima, eux-mêmes adaptés d’un roman de Miyuki Miyabe. Vous avez peut-être déjà lu les livres de cette auteure car certains d’entre eux sont traduits en français, tels que Du Sang sur la toile et Une Carte pour l’enfer. On lui doit aussi le scénario du film d’animation Brave Story. La version coréenne est réalisée par Kang Il Soo, qui a dirigé le drama Jeon Woo Chi, tandis que le scénario est écrit par Kim Ho Soo. Fidèle au style de Miyuki Miyabe, ce dernier utilise les codes de genre – ici le polar – pour aborder certains problèmes de société.

Pour rythmé et divertissant qu’il soit, Solomon’s Perjury brasse en effet des thèmes difficiles comme la dépression et le suicide des jeunes, les relations conflictuelles parents-enfants, les persécutions à l’école, le favoritisme des professeurs, la corruption au sein de l’établissement scolaire. Des thèmes qui sont traités en profondeur, avec justesse.

On retrouve dans Solomon’s Perjury cette intelligence que l’on croyait réservée aux grands dramas scolaires japonais, qui savent si bien dépeindre les tourments et les joies de la jeunesse. Le scénario surprend par sa concision, son caractère percutant et sa capacité à nous mener là où il veut sans chercher à nous manipuler de façon éhontée.

Différents éléments sont révélés au spectateur au cours du drama, mais toujours de manière partielle. Car Solomon’s Perjury parle de ce qui se cache derrière les apparences, derrière ces demi-vérités qui se forgent à partir d’une impression, d’une scène entrevue un jour et interprétée à la va-vite.

Le point de vue est ainsi régulièrement renversé. Considérée d’abord comme un suicide, la mort de Lee So Woo devient un meurtre aux yeux de tout le monde à partir du moment où une lettre anonyme désigne un élève, Choi Woo Hyuk (Baek Chul Min), comme le coupable. Cette lettre est prise d’autant plus au sérieux qu’elle fait écho au malaise que les élèves ressentent quotidiennement face à ce garçon violent qui persécute les faibles, et qui s’est battu publiquement avec Lee So Woo peu de temps avant sa disparition. C’est pour le condamner – ou l’innocenter définitivement – de manière impartiale que ce « faux » procès a lieu d’être, selon ses instigateurs.

Etant donné la difficulté que ressentent les adolescents à s’exprimer, le principe narratif du procès est particulièrement judicieux car il dévoile au grand jour les failles et les contradictions des bourreaux comme des victimes. Face à un public composé d’élèves mais aussi de profs, de parents, d’un journaliste, et même d’officiers de police, les jeunes se livrent comme ils ne l’avaient jamais fait, aux autres jeunes mais aussi aux adultes, qui se retrouvent contraints de faire tomber leur armure. Le procès prend ainsi peu à peu des allures de véritable thérapie collective, qui vient à point pour panser les blessures secrètes de chacun.

Cela donne lieu à de nombreux moments forts, à des moments d’émotion qui ne sont jamais complaisants, jamais tire-larmes, mais sonnent vrai. La partition musicale très réussie, qui ne compte presque pas de chansons pour une fois, participe à créer un sentiment d’urgence en phase avec le ressenti des protagonistes. Jusqu’au bout, Solomon’s Perjury ménage un suspense construit à partir de ce que les personnages gardent caché au fond de leur cœur. Le drama offre ainsi une très belle galerie de personnages dont on saisit progressivement les situations parfois inextricables, nous laissant constamment l’opportunité d’envisager l’intrigue à partir de différents points de vue.

Ces personnages sont mis en valeur par les interprétations excellentes de jeunes acteurs inconnus pour la plupart. Dans le rôle de l’héroïne Ko So Yeon, qui endosse le rôle de procureure au sein du procès, Kim Hyun Soo (Gunman in Joseon) se montre convaincante de bout en bout, de même que Baek Chul Min (Kill Me, Heal Me) qui apporte une vraie dimension au délinquant Choi Woo Hyuk.

Mais s’il ne fallait retenir que deux noms dans Solomon’s Perjury, ce seraient ceux de Jang Dong Yoon et de Shin Se Hwi. Dans ce qui est pourtant son tout premier rôle, Jang Dong Yoon révèle une assurance et une sensibilité remarquables dans le rôle de l’ambigu Han Ji Hoon, qui choisit d’endosser le rôle de l’avocat du prévenu. Il a enchaîné depuis avec School 2017 et on le retrouve cette année avec grand plaisir dans A Poem A Day. De son côté, Shin Se Hwi, vue auparavant dans The Man Leaving in Our House, livre une prestation particulièrement charismatique dans la peau de Lee Joo Ri, une fille à problèmes dont on ne sait si elle est victime impuissante ou sombre peste.

Du côté des adultes, on retrouve Cho Jae Hyun (Bad Guy) dans l’un de ses derniers rôles avant longtemps, puisqu’il a été éjecté du drama Cross tout récemment suite à de nombreuses plaintes pour harcèlement sexuel d’actrices et de techniciennes. Homme peu recommandable, il reste un bon acteur comme le confirme sa prestation nuancée dans Solomon’s Perjury.

On retrouve par ailleurs le toujours excellent Ahn Nae Sang dans un rôle de père aux antipodes de celui qu’il tient dans Temperature of Love, puisqu’il joue cette fois le gentil paternel de Ko So Yeon, un policier flegmatique qui enquête sur la mort de Lee So Woo.

Solomon’s Perjury n’a pas brillé dans les ratings, même pour une chaîne câblée, mais il arrive que le public passe à côté d’un beau drama. Celui-ci en est une preuve supplémentaire.

Caroline Leroy

 

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