Critique : ‘Strong Woman Do Bong Soon’, avec Park Bo Young et Park Hyung Sik

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Après tvN et OCN, c’est au tour de la chaîne câblée JTBC d’enregistrer en début d’année un succès historique avec Strong Woman Do Bong Soon, délicieuse comédie romantique portée par les charmes irrésistibles de Park Bo Young et Park Hyung Sik. Diffusé à 23h tous les vendredis et samedis du 24 février au 15 avril 2017, le drama affichait rien moins que 7,6% de moyenne d’audience, avec un pic à 9,6% pour son huitième épisode. Un plébiscite qui fait chaud au cœur, tant Strong Woman Do Bong Soon se démarque des romances ordinaires, de par son sujet original ainsi que son ton décalé allié à un contenu ouvertement féministe.

Préparez-vous à découvrir l’histoire d’une vraie super-héroïne ; préparez-vous à rire, pleurer et vibrer devant le couple le plus chou des dramas coréens de l’année 2017.

Do Bong Soon (Park Bo Young) possède depuis sa naissance une force herculéenne d’origine surnaturelle, dont elle a hérité par la lignée des femmes de sa famille. Contrainte de cacher sa véritable nature dans la vie quotidienne, elle rêve ultimement de créer un jeu vidéo dont elle serait l’héroïne. Mais au fond d’elle, Bong Soon aimerait aussi être une fille comme les autres, douce et élégante. Elle pourrait ainsi attirer l’attention de In Gook Doo (Ji Soo), un policier dont elle est amoureuse en secret depuis le collège. Un jour, alors qu’elle inflige une correction à des gangsters qui s’en prennent à des innocents, elle tape dans l’œil de Ahn Min Hyuk (Park Hyung Sik), le jeune PDG de la société de jeux vidéos Ainsoft. Min Hyuk lui propose de l’engager comme garde du corps car il reçoit des messages de menaces depuis quelques temps. En échange, Bong Soon recevra un large salaire ainsi que l’opportunité d’intégrer le département de planning de son entreprise. Pendant ce temps, une série de crimes contre les femmes agite le quartier Do Bong-dong où vit Bong Soon. Avec Min Hyuk et Gook Doo, la jeune femme va se retrouver plongée au cœur de cette sombre affaire. Sa force suffira-t-elle à sauver les victimes de ce dangereux criminel?

Strong Woman Do Bong Soon affiche dès le premier épisode une ambiance cartoonesque qui s’exprime à travers une identité visuelle forte, tout en tons colorés, rehaussée d’effets spéciaux et de bruitages rigolos qui ne trompent pas sur ses intentions. Nous sommes en face d’une série de super-héros, ou plutôt de super-héroïne comme nous l’indique le très vintage générique de fin d’épisode. Et ce qui est bien, c’est que le drama ne déviera pas de sa ligne directrice jusqu’à la fin, témoignant d’une cohérence remarquable tout au long de ses seize épisodes.

Les super-héroïnes ne sont pas légion dans les fictions en général, et se font particulièrement rares en Corée du Sud. Mais les Américains ne leur réservent pas non plus un traitement enviable, malgré leur obsession notoire pour les super-héros. Hyper-sexualisées, réduites à un rôle accessoire, elles sont représentées comme des subalternes de leurs homologues masculins (Avengers, The Dark Knight Rises, les X-Men, etc). Une fois mariées, elles se doivent de cacher leurs superpouvoirs pour devenir femmes au foyer (Les Indestructibles, Hancock), contrairement aux héros qui peuvent continuer d’aller à l’extérieur et tirer une gloire de leurs exploits. La vie de femme adulte est dépeinte comme un renoncement jusque dans les univers de fantasy.

Heureusement, nous ne trouvons rien de tout cela dans Strong Woman Do Bong Soon. L’un des ressorts de ce drama impertinent tient justement dans la notoriété et le respect que Bong Soon acquiert en faisant usage de sa force « contre-nature ». Telle le “Friendly Neighborhood Spider-Man”, elle est avant tout l’idole de son propre quartier, Do Bong-dong, qu’elle nettoie de ses racailles en les remettant dans le droit chemin – une activité héroïque qui donne lieu à des situations hilarantes.

Cette force hors du commun est d’ailleurs l’élément déclencheur de la fascination de Ahn Min Hyuk pour cette petite jeune femme charismatique au cœur d’or et aux principes inébranlables.

Bong Soon n’est pas pour autant un personnage unidimensionnel. C’est une super-héroïne, certes, mais issue d’une famille complètement dysfonctionnelle menée à la baguette par une mère narcissique (excellente Shim Hye Jin) qui ne fait que lui crier dessus et n’hésite pas à la harceler pour qu’elle couche avec son riche patron. Les louanges maternelles ne vont qu’à son frère jumeau, Bong Gi (Ahn Woo Yeon) un garçon docile devenu médecin, tandis que Bong Soon n’a jamais décroché de travail sérieux. Quant à son père (Yoo Jae Myung, cocasse), il est devenu effacé à force de se faire constamment rabaisser par sa femme.

Au contact de Min Hyuk qui est respectueux de ses sentiments, la jeune femme prend conscience que cette brutalité et cette indifférence ne sont pas normales.

Dans le rôle de la pétillante Bong Soon, Park Bo Young (A Werewolf Boy) est tout bonnement extra. Elle crée un personnage drôle et attendrissant, à la fois girl next door ultime et fille extraordinaire. Avec ses attitudes minaudantes, son regard tour à tour mutin et déterminé, ses intonations de voix taquines, elle joue à fond la carte de l’aegyo et pourtant elle n’est jamais niaise. Elle est impayable lorsqu’elle répond aux appels de Gook Doo en susurrant son nom d’une voix sucrée, l’air extatique, sans remarquer les roulements d’yeux jaloux de Min Hyuk.

Après le succès de Oh My Ghost en 2015, Park Bo Young prouve qu’elle est décidément l’une des jeunes actrices les plus rentables et incontournables du monde des dramas coréens.

Si Bong Soon est sans équivoque le personnage principal de Strong Woman Do Bong Soon, cela n’empêche pas Min Hyuk d’être lui aussi haut en couleurs, bien qu’il soit incontestablement plus patient qu’elle. Patron aux méthodes de management très personnelles, il ne va au boulot que deux jours par semaine. C’est un geek, mais un geek canon et stylé qui ne se balade jamais sans son gyropode, dans la rue comme dans les magasins de vêtements, ou même dans les locaux de son entreprise.

Révélé il y a deux ans seulement dans High Society, remarqué de nouveau en début d’année dans Hwarang, Park Hyung Sik continue son parcours sans faute avec Strong Woman Do Bong Soon, endossant pour la première fois le rôle masculin principal. Face à sa partenaire plus expérimentée, il trouve immédiatement sa place. Son naturel, son allure chic et son sens de l’auto-dérision en font l’interprète idéal de ce jeune homme peu conventionnel. Son jeu se révèle même superbe dans certaines scènes, comme dans ce moment poignant où Min Hyuk fond en larmes silencieusement en découvrant la vérité sur le chantage dont il fait l’objet.

Strong Woman Do Bong Soon a pour particularité de jouer sur l’alternance des points de vue entre Bong Soon et Min Hyuk, un parti-pris matérialisé à plusieurs reprises par des plans en caméra subjective lors de leurs échanges dialogués. Cette égalité parfaite entre les deux protagonistes principaux participe du propos féministe du drama.

Car l’air de rien, Strong Woman Do Bong Soon questionne la façon dont un homme peut se positionner dans le couple face à une femme hors du commun. Min Huyk possède objectivement tous les attributs sociaux et physiques de supériorité (situation, âge, taille), mais le fait que Bong Soon le surpasse en termes de force physique change fondamentalement la donne.

Le drama inverse les rôles jusque dans le jeu ultra codifié de la séduction, qui voit Min Hyuk entretenir volontairement le doute sur son orientation sexuelle et se prêter à des mignardises irrésistibles – mais vraiment irrésistibles – afin de côtoyer Bong Soon et la faire craquer pour lui. Les deux amoureux parviendront logiquement à une harmonie au prix de quelques compromis, ou plutôt au prix d’une confiance et d’une sincérité mutuelles.

Au passage, on se réjouit de cette tendance actuelle à mettre en scène des jeunes couples affectueux sans recourir systématiquement au psychodrame, comme c’était déjà le cas dans  Weightlifting Fairy Kim Bok Joo avec Lee Sung Kyung et Nam Joo Hyuk.

Strong Woman Do Bong Soon pimente le tout de scènes désopilantes explorant le fantasme de Bong Soon de voir les deux canons Min Hyuk et Gook Doo flirter ensemble (mention à la séquence de beuverie hilarante de l’épisode 8). Ji Soo (Moon Lovers: Scarlet Heart Ryeo, Doctors) est d’ailleurs assez drôle dans le rôle du jeune flic aussi dévoué que psychorigide, qui passe à côté de son histoire d’amour.

La galerie pittoresque de personnages secondaires du drama est dominée par la prestation mémorable de Kim Won Hae (Chief Kim, Signal) dans un double rôle particulièrement allumé : qu’il joue le mafieux terrorisé par Bong Soon ou le manager gay en rivalité avec notre héroïne pour conquérir le cœur du beau Ahn Min Hyuk, il ose tout, sans le moindre complexe.

Ensuite, on trouve l’inénarrable Im Won Hee (Romantic Doctor, Teacher Kim, Crazy Lee) en boss de mafia distingué, ou encore Kim Mi Gyo, figure éminente de SNL Korea, en second couteau au regard hébété.

Mais Strong Woman Do Bong Soon a beau être une comédie, sa légèreté rafraîchissante reste subtilement contrebalancée par la noirceur de sa sous-intrigue portant sur un mystérieux kidnappeur en série. Le fait que les victimes soient toutes des jeunes femmes est important. Leur détresse et leur traumatisme ne sont pas exploités à des fins de divertissement mais participent du fond du drama.

Joué par un rookie aussi inquiétant que prometteur du nom de Jang Mi Kwan, le kidnappeur froid, cynique et calculateur incarne cette injustice qui frappe au hasard les jeunes femmes juste parce qu’elles sont des femmes, parce qu’elles vivent leur vie et se promènent librement dans la rue, les cheveux au vent. Ce n’est pas un hasard s’il cherche à les mettre en cage pour en faire ses épouses, les ramenant à leur condition de femme soumise en accord avec les valeurs de la société patriarcale.

Fable de super-héroïne, jolie comédie romantique, farce mafieuse déjantée ou drama résolument féministe, Strong Woman Do Bong Soon est tout cela à la fois, et plus encore. Ce qui est certain, c’est que cette fiction aussi unique en son genre que son héroïne, est catapultée d’office parmi les classiques instantanés du monde merveilleux des dramas coréens. On aimerait d’ailleurs beaucoup qu’il fasse des émules…

Caroline Leroy

 

 

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