DÉCRYPTAGE. Pourquoi Yang Sejong est l’acteur coréen à découvrir absolument

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La révélation incontournable de 2017, c’est lui. Yang Sejong est absolument éblouissant dans ce bijou de drama coréen qu’est Duel. Endossant les rôles de deux clones aux personnalités divergentes, il m’a subjuguée avec une performance d’une audace et d’une intensité jubilatoires, une performance phénoménale.

Les journalistes coréens ont surnommé ce prodige « Monster Rookie », et sa prestation dans Temperature of Love lui a valu un prix d’interprétation aux SBS Drama Awards 2017. Il y a quelques jours, le magazine Forbes Korea le propulsait parmi les 30 étoiles montantes de sa liste annuelle des « Power Leaders » de 2030, au même titre que le groupe BTS ou l’actrice Kim Tae Ri. Comme si tout cela ne suffisait pas, c’est un jeune homme d’une beauté renversante.

Yang Sejong, vingt-cinq ans, n’est pas simplement la sensation troublante du moment, il est une découverte artistique parmi les plus importantes que les dramas coréens nous aient offertes ces dernières années. Portrait d’un acteur qui va compter dans les années à venir.

Une personnalité originale pour une ascension fulgurante

Yang Sejong est nouveau dans l’industrie, mais il a déjà eu le temps d’incarner sept personnages différents en l’espace d’un an. Il a endossé des rôles multiples dans deux dramas au moins. Il s’est illustré dans les genres du drama médical, de la romance, du thriller noir, et même du sageuk. Sa maturité de jeu est si impressionnante pour son âge, que personne ne pourrait se douter qu’il vient de débuter en le découvrant dans Duel ou Temperature of Love. Pour autant, il n’a commencé à jouer que tardivement, à dix-neuf ans. Qui plus est, son parcours n’a rien de balisé.

Enfant unique issu d’un milieu modeste, Sejong découvre le cinéma alors qu’il est au collège, en travaillant à temps partiel dans une boutique de location de DVD et de manhwa, qu’il fréquentait déjà assidûment depuis un moment. Durant trois ans, il dévore un nombre incalculable de BD, livres et films, parmi lesquels des œuvres au contenu adulte, tout cela à un jeune âge. Malgré cette frénésie culturelle, sa voie semble déjà tracée. Lui qui pratique le taekwondo depuis des années, se destine plutôt à une carrière dans le milieu du sport.

La passion pour le métier d’acteur lui vient suite au choc qu’il ressent en assistant pour la première fois de sa vie à une pièce de théâtre, donnée par des camarades de lycée. A cette occasion, il découvre avec émerveillement que les acteurs possèdent un pouvoir extraordinaire, celui de susciter une immense variété d’émotions chez les spectateurs. Cette expérience l’affecte si profondément qu’il décide de changer ses plans du tout au tout afin de poursuivre une carrière artistique.

C’est ainsi qu’il intègre en 2012 la Korea National University of Arts, où il lui reste encore à effectuer un dernier semestre à cause du congé pris pour ses tournages. Depuis cette période, il n’a de cesse que de travailler et de travailler encore pour progresser, répétant quotidiennement devant le miroir.

Avec sa détermination sans faille, ses goûts affirmés et son parcours atypique qui pourrait passer pour une version junior de la légende de Tarantino, Yang Sejong est une personnalité plutôt singulière dans le monde souvent futile de l’entertainment. C’est un fan de cinéma, surtout américain – il regarde un film par jour quand il ne tourne pas – et un passionné de marche, mais aussi – et c’est plus surprenant – un amateur de vin rouge (Marie-Claire Korea, août 2017). A l’instar de la révélation de sa vocation d’acteur, le récit de sa découverte du vin est placé sous le signe du choc sensoriel. Une façon d’appréhender le monde qui nous renseigne un peu sur son profil d’acteur.

Courant sans relâche les auditions, il finit par décrocher un rôle dans Saimdang, Light’s Diary, drama coréen qui marque le retour sur les écrans de l’actrice Lee Young Ae après douze ans d’absence. Un concours de circonstances fait que ce drama, tourné entre 2015 et 2016, voit sa diffusion repoussée. Le public coréen découvre par conséquent Yang Sejong avec Romantic Doctor, Teacher Kim, énorme carton télévisuel diffusé entre novembre 2016 et janvier 2017 sur la chaîne SBS.

Au milieu d’un casting cinq étoiles (Han Suk Gyu, Yoo Yeon Seok, Seo Hyun Jin), il y campe un jeune chirurgien du nom de Do In Beom, dont le tempérament maussade dissimule une personnalité attachante. La beauté de son visage, son regard perçant et son maintien altier confèrent au personnage un certain cachet. Il se montre fort convaincant dans ses échauffourées avec Yoo Yeon Seok, ainsi que face à Han Suk Gyu, dans les épisodes 14 et 15 notamment.

Sa meilleure scène reste néanmoins celle qui l’oppose à Choi Jin Ho dans l’épisode 20. Au cours de cette discussion tendue qui voit In Beom s’affirmer enfin face à son père tout-puissant, Sejong dévoile un jeu d’une pudeur et d’une sensibilité touchantes, qui laisse transparaître autant la souffrance que la force intérieure du personnage. En quelques minutes à peine, il change à jamais notre regard sur celui-ci.

Avec Romantic Doctor, Teacher Kim, notre acteur débutant s’attire la bienveillance du public qui l’associe à Do In Beom. Il commence dès cette époque à donner quelques interviews. Il est à noter que dans ce drama, il côtoie deux actrices qu’il retrouvera par la suite : sa camarade d’université Seo Eunsoo, dans Duel, et Seo Hyun Jin, qui interprétera son grand amour dans Temperature of Love.

Saimdang, Light’s Diary est finalement diffusé sur SBS dix jours après Romantic Doctor, Teacher Kim, soit à partir du 26 janvier 2017. L’intrigue se déroule sur deux époques, le présent et 500 ans en arrière dans l’ère Joseon. Dans la partie contemporaine, Yang Sejong est Han Sang Hyun, l’assistant plein d’entrain de la chercheuse en Histoire de l’Art jouée par Lee Young Ae. Dans la partie sageuk, il joue Lee Gyeom jeune, qui prendra plus tard les traits de Song Seung Heon.

Saimdang, Light’s Diary n’est que son premier drama, mais son visage lumineux, son interprétation émouvante de Lee Gyeom laissent une empreinte entêtante. Le sageuk lui va à ravir, et ses échanges avec la charmante Park Hye Soo (Introverted Boss) sont un pur enchantement, drapant instantanément le drama d’une vibrante aura poétique.

Il apporte par ailleurs une fraîcheur et un humour bienvenus aux scènes contemporaines de Lee Young Ae, avec laquelle il forme un duo pour le moins insolite – ou plutôt un trio puisqu’ils sont rejoints par l’actrice Park Jun Myun.

Yang Sejong dans Duel : un acteur fascinant, au jeu spectaculaire

Changement complet de registre avec Duel, dont le premier épisode est diffusé sur la chaîne câblée OCN le 3 juin 2017. Après Lee Young Ae et Han Suk Gyu, Sejong a la chance de fréquenter de près une autre pointure du cinéma coréen : Jung Jae Young (Welcome to Dongmakgol, Silmido), qui le prend lui aussi sous son aile. Comme l’a bien analysé l’actrice Seo Eunsoo au moment de la promotion du drama, Duel est l’œuvre de la métamorphose.

Dans ce captivant thriller SF, Yang Sejong interprète simultanément le rôle de Lee Sung Joon, un jeune homme amnésique accusé injustement de l’enlèvement d’une fillette, et celui de son clone Lee Sung Hoon, un tueur solitaire agissant pour le compte d’individus douteux. Un troisième protagoniste viendra s’ajouter à ceux-ci en cours de route, le mystérieux docteur Lee Yong Seob.

Quand on pense à Yang Sejong dans Duel, le mot performance vient immédiatement à l’esprit, tant l’effort requis est acrobatique, et ce d’autant que les contraintes de temps et de budget sont nombreuses. Alors qu’il serait possible sur un long métrage de cinéma de répartir les rôles en alternance sur plusieurs jours, il lui faut ici changer de personnage dans la même journée.

Son travail sur le regard et sur les expressions faciales de Sung Joon et Sung Hoon est brillant, de même que sur le langage corporel, un point crucial pour déterminer la valeur d’un acteur. Au début de Duel, Sung Joon se tient légèrement voûté, il paraît craintif, aux aguets. Sung Hoon, lui, se tient droit, la démarche fière, l’allure sexy. Tous deux vont évoluer, et leurs expressions et attitudes s’enrichir considérablement. La sophistication du jeu de Sejong est si bluffante que l’on croirait avoir affaire à deux acteurs différents.

Voici ci-dessous un extrait vidéo illustrant cet extraordinaire travail de « dissociation ». Sung Hoon et Sung Joon se rencontrent pour la deuxième fois dans cette séquence de baston de l’épisode 5, qui résume bien les positions respectives des deux protagonistes à ce stade de l’intrigue: l’un est filmé en contre-plongée, dominant, et l’autre en plongée, dépassé par les événements. Sung Joon, qui a perdu la mémoire, ne sait pas encore qu’il a affaire à son clone. Tout en essuyant les coups, il parvient tout de même à obtenir de Sung Hoon qu’il lui avoue où se trouve la petite Soo Yeon (1min03s à 1min25s).

Tandis que Sejong se donne la réplique à lui-même, les deux clones semblent n’avoir ni les mêmes yeux, ni la même physionomie ; leurs voix semblent différentes. L’un apparaît comme le monstre de l’autre.

Ce qui est intéressant dans Duel, c’est que bien que les clones se situent clairement d’un côté et de l’autre de la barrière, on ne peut s’empêcher de ressentir la même compassion pour chacun. Sung Joon est une victime que l’on a irrésistiblement envie de protéger. Attachant sur le papier, il l’est encore plus à l’écran grâce à l’interprétation de Sejong, qui lui confère une bonté et une humilité pleines de noblesse, tout en laissant peu à peu entrevoir son tempérament obstiné et son esprit combatif.

Qu’en est-il de Sung Hoon ? Celui-ci a beau être un tueur au caractère peu aimable, on en vient sans s’en rendre compte à lui souhaiter avec autant d’ardeur qu’à Sung Joon de s’en sortir. Ce miracle est rendu possible grâce au splendide travail de Sejong sur Sung Hoon, qui reste sa plus belle œuvre d’art à ce jour. Sung Hoon est un personnage flamboyant et décadent, habité par la rage et le désespoir, auquel il donne une beauté et une émotion inouïes.

Comme le soulignait l’actrice Kim Jung Eun lors de la promotion du drama, Sung Hoon est une création de l’imaginaire, il n’appartient pas à notre monde. Pour l’incarner, Sejong a confié avoir puisé dans ses expériences personnelles douloureuses (MBN news, 18 juillet 2017). Parmi les temps forts de Duel, il y a ces séquences hallucinées dans lesquelles il joue seul face à la caméra. Il y est prodigieux.

La séquence qui suit est dialoguée, mais elle est exemplaire de la capacité exceptionnelle de Yang Sejong à prendre possession de l’espace, à s’emparer d’une scène pour la mener de bout en bout, tout en déployant de multiples émotions avec un sens du détail remarquable.

Nous sommes à l’épisode 8 et Sung Hoon vient de perdre un round contre son ennemi Jang Deuk Cheon. Sejong attaque la séquence seul, avec une férocité qui nous saisit instantanément. Après que son interlocuteur Cha Gil Ho (joué par Im Il Gyu) est arrivé, sa posture trahit un mélange d’agressivité et de vulnérabilité, alternant entre une nonchalance presque lascive et une tension soudaine. La situation dégénère lorsque l’homme se met à ironiser sur les raisons de l’échec de Sung Hoon, histoire de bien remuer le couteau dans la plaie (0min30s), lui faisant brutalement remonter des souvenirs traumatisants à la surface. La réponse sera cinglante : « Ferme ta gueule!… Avant que je te tue » (0min56s).

La fureur qui agite Sung Hoon, mêlée à son état de grande souffrance morale et physique, Sejong exprime cela de tout son être dans cette scène, à travers ses changements rapides d’expression, à travers le ton et les inflexions de sa voix, ses yeux assassins, sa respiration haletante, son corps qui tremble violemment. Jusqu’à l’explosion finale. Sur ses traits, dans sa voix se lisent aussi une ironie mordante, ainsi que le sentiment d’impuissance du personnage qui est humilié à ce moment-là. Sa prestation est soutenue par une excellente mise en scène qui jongle habilement entre plongée et contre-plongée, exprimant l’instabilité de Sung Hoon. La séquence s’achève par un plan de face sur son visage tandis qu’il bascule dans la folie.

Le dernier extrait de Duel, issu de l’épisode 10, est une occasion supplémentaire de goûter au magnétisme de l’acteur, dans un contexte où son champ d’action est plus limité puisqu’il est attaché. Sung Hoon nous est introduit ici comme une bête sauvage à travers le regard d’une riche jeune femme nommée Park Seo Jin. Réduit au calme, il est dans l’expectative car son interlocutrice, qu’il ne connaît pas, le prend au dépourvu en l’appelant par son nom. Ce à quoi il rétorque « Tu me connais ? » dans un souffle, la voix rauque et le regard meurtrier (en coréen « 날 알아? », à 0min54s).

S’ensuit une passe d’armes durant laquelle elle tente de le rallier à sa cause, et où il lui oppose sa résistance autant qu’il le peut, avec ce langage très direct qui le caractérise. Lorsqu’il lui dit « T’en as rien à faire que je vive ou pas, alors ferme-la » (« 내 목숨 따위에 관심도 없으면서 그딴 소리 지껄이지 마 », à 2min51s), le ton est sarcastique mais les yeux sont brillants, signe qu’il est en réalité troublé par les propos de la femme.

Une fois de plus, Sejong met énormément de nuances dans l’expression de la colère sourde de Sung Hoon, tandis que celui-ci oscille entre détresse et cynisme, hésite entre méfiance et curiosité. L’expressivité de son regard, de sa posture, de même que son travail toujours extrêmement soigné sur le placement de sa voix, retiennent spécialement l’attention. Tous ces éléments donnent à son interprétation une dimension très physique, alors même que le personnage est immobilisé. Tout du long, il conserve ce côté animal, très sexy. La fille est sexy elle aussi et elle est sûre d’elle (bravo à Jo Soo Hyang). Il y a quelque chose d’étrangement érotique dans cet échange hostile, et dans ceux qu’ils auront par la suite.

Dans Duel, le jeu d’acteur de Yang Sejong est à la fois subtil, audacieux, créatif et spectaculaire. Il nous surprend et nous amuse, il nous fait frissonner, il nous bouleverse. C’est un jeu d’acteur incroyablement divertissant. Mieux que personne, il nous rappelle à quel point le débutant surdoué est un acteur passionnant. Il a tout à prouver, il n’a donc peur de rien et s’efface totalement derrière ses rôles.

La performance de Sejong est épique mais elle n’est jamais démonstrative. A aucun moment. Et c’est à mon sens justement cette dualité, ce fragile équilibre entre contrôle et abandon, entre technique solide et sincérité absolue, qui fait la marque des grands acteurs.

Temperature of Love, l’écrin idéal pour un acteur hypersensible

La prestation sensationnelle de Yang Sejong dans Duel lui vaut non seulement les éloges de la presse, mais aussi une promotion sur son projet suivant : pour la première fois, il obtient un premier rôle masculin. Diffusé sur SBS à partir du 18 septembre 2017, le drama romantique Temperature of Love représente un défi d’un autre genre pour notre acteur. Avec le personnage du chef cuisinier On Jung Sun, il s’agit cette fois de jouer tout en retenue, d’exprimer les nuances d’un être humain ordinaire, au tempérament chaleureux mais introverti. Un jeune homme adorable mais qui, en dépit d’une nature attentionnée, a beaucoup de mal à communiquer, à partager sa peine.

Une fois encore, Yang Sejong fait preuve d’une grande intelligence dans son jeu, témoignant d’une compréhension admirable du personnage. Sa façon d’envisager le plus petit détail force le respect. On se souvient que dans Duel, Sung Joon et Sung Hoon ne pleuraient pas de la même manière, même lorsqu’ils se retrouvaient face à face (inoubliable échange de l’épisode 16). A l’instar de Sung Joon, le héros de Temperature of Love a tendance à se mettre en retrait. Cela, Sejong l’exprime différemment, avec d’autres mimiques, une autre façon de se mouvoir. Il adopte un jeu très intériorisé, dont il émane néanmoins beaucoup d’intensité.

Yang Sejong (양세종) est On Jung Sun (온정선) dans Temperature of Love (사랑의 온도)Tout au long de Temperature of Love, son interprétation de Jung Sun est d’une exquise délicatesse. En particulier lors de ses échanges avec sa partenaire Seo Hyun Jin, ainsi qu’on peut l’apprécier dans la vidéo suivante, extraite de l’épisode 19.

Il s’agit de la scène où Jung Sun dit pour la première fois à Hyun Soo qu’il l’aime. Il répond à la déclaration qu’elle lui a faite quelques épisodes plus tôt, avec les mêmes mots : « Je t’aime. Je suis amoureux de toi » (« 사랑해. 사랑하고 있어 », à 1min54s). En cet instant, son visage tout entier déborde d’émotion. La profondeur et la tendresse de son regard, la douceur dans le ton de sa voix et cette façon de donner du sens à chaque mot, apportent chaleur et gravité à ce dialogue amoureux.

L’alchimie de Yang Sejong avec Seo Hyun Jin constitue l’un des plus beaux attraits de Temperature of Love. Depuis, il n’a cessé de rendre hommage à l’actrice, expliquant qu’elle possédait un don unique pour créer l’atmosphère propice à ces scènes intimistes (Sports Today, 28 novembre 2017).

En l’espace de quelques dramas, Sejong a lui aussi dévoilé une qualité personnelle inestimable, qui tient dans son rapport empathique avec ses partenaires de jeu. Une empathie qui le conduit parfois à se perdre dans le regard de ceux-ci, comme il en a fait mention au sujet de Seo Hyun Jin, mais aussi au cours d’une anecdote touchante où il raconte avoir fondu en larmes en regardant Jung Jaeyoung dans les yeux au cours de la scène de prison de Sung Joon (Duel Special Preview, à 2min02s).

De fait, il excelle dans l’art de recevoir le jeu de l’autre. En témoigne la sublime scène de déclaration de Hyun Soo à Jung Sun de l’épisode 16. Si ce moment est bien celui de Seo Hyun Jin, la fébrilité palpable avec laquelle il accueille la performance de celle-ci participe de la puissance de la séquence.

On Jung Sun (Yang Sejong), le héros de Temperature of LoveUn bref passage de Duel me vient aussi à l’esprit. C’est une séquence de l’épisode 7, dans laquelle Jang Deuk Cheon balance à la figure de Sung Joon qu’il serait prêt à le tuer pour sauver sa fille Soo Yeon. Je trouve poignante la crispation muette de Sung Joon pendant qu’il encaisse ces propos cruels.

Une séquence d’un genre un peu similaire m’a marquée dans Temperature of Love. Située dans l’épisode 21, elle oppose Yang Sejong à Kim Jae Wook et signe le début de la discorde pour leurs personnages. Park Jung Woo y annonce à Jung Sun qu’il compte lui voler sa petite amie Hyun Soo. D’abord interloqué, ce dernier finit par lui demander, à 1min31s: « Tu savais que c’était ma petite amie ? », « Oui »,  « Tu le savais ?… » On lit l’incrédulité et le désarroi dans son regard. La tension monte entre les deux hommes, qui étaient bons amis jusqu’à présent. Jung Woo se vante d’avoir toujours été là pour Hyun Soo à l’époque où Jung Sun était absent, afin de donner une légitimité à sa trahison.

On enchaîne avec mon échange de répliques préféré à 2min00s, qui débute avec Jung Sun : « Qu’est-ce que j’ai fait de mal? », « Tu n’as rien fait de mal. Tu n’as rien fait de mal mais je suis en colère contre toi ». Là, je suis impressionnée par sa mine défaite, par le léger frémissement dans sa voix. Il y a vraiment de la douleur dans ses yeux.

Temperature of Love offre par ailleurs de nouveau à Yang Sejong l’opportunité de se confronter à des comédiens chevronnés lors de séquences chargées émotionnellement. Parmi celles-ci, on retient les face-à-face pleins de résignation et de ressentiment avec l’excellent Ahn Nae Sang (Awl), qui interprète le père glacial de Jung Sun.

Et puis, il y a cette explosion de colère inattendue à l’encontre de la charismatique Lee Mi Sook (Jealousy Incarnate), qui joue sa mère, à la fin de l’épisode 26. Une scène dans laquelle il est tout simplement stupéfiant.

L’extrait débute comme une banale conversation : la mère de Jung Sun débarque chez lui, accompagnée de son petit ami. Jung Sun n’aime pas cet homme mais il fait bonne figure, jusqu’à ce que celui-ci avoue malencontreusement (à 1min06s) qu’ils ont tous deux vécu aux crochets de Park Jung Woo pendant des années, quand Jung Sun pensait avoir rompu pour de bon tout lien avec ce dernier. Deux ou trois battements de cils plus tard, une fois que Jung Sun a réalisé ce que cela impliquait, c’est le cataclysme.

Comme l’extrait de l’épisode 8 de Duel commenté plus haut, il s’agit d’une scène de craquage émotionnel qui met à nu les failles du personnage. Contrairement à Sung Hoon qui s’emporte facilement, Jung Sun a tendance à réprimer ses émotions, et cela se ressent dans le langage corporel de l’acteur, complètement différent entre les deux scènes. Jung Sun tremble lui aussi de la tête aux pieds – on le voit à 1min47s quand il serre le bras de Lee Mi Sook, et surtout à partir de ce plan saisissant sur son visage affolé à 2min02s –, mais après avoir hurlé sur sa mère, il reste pétrifié sur place. Ses tremblements expriment d’une part sa panique face à une situation accablante, et d’autre part sa violence contenue, une violence qu’il refuse à tout prix d’extérioriser.

Depuis la brusque montée de tension jusqu’à la prostration des dernières secondes, Sejong vit une fois de plus son personnage à un tel degré qu’il nous laisse abasourdi et suspendu à ses moindres tressaillements.

La suite, ce sont ces larmes déchirantes seul face à la caméra, comme si toute la souffrance du monde s’abattait sur lui. Ce passage, qui a beaucoup ému les spectateurs coréens, a fait l’objet d’un article détaillé aux accents dithyrambiques dans News Chosun au lendemain de sa diffusion, le 1er novembre 2017. La personnalité d’acteur hypersensible de Sejong, alliée à la précision de son jeu, fait des merveilles dans chacune de ces séquences qui comptent parmi les passages d’anthologie du drama.

Sans surprise, son rôle dans Temperature of Love lui permet d’élargir son public, et de gagner notamment les faveurs du public féminin. On Jung Sun est resté dans les mémoires comme une figure emblématique de la noona romance, et il arrive depuis que des femmes de télévision mentionnent à l’occasion son interprète en tant qu’idéal de petit-ami dans les émissions coréennes.

Yang Sejong, un acteur de l’extrême

Dans l’interview qu’ils donnent après Duel, les réalisateurs Lee Jong Jae et Lee Seung Hoon PD prédisent à Yang Sejong un grand succès en tant qu’acteur. Comme il l’a raconté lors de la conférence de presse du drama, Lee Jong Jae a eu le coup de foudre pour lui dès qu’il s’est présenté à l’audition. Et l’impact de son jeu s’est révélé tel qu’il en a oublié les sept autres acteurs venus auditionner après.

A l’issue du tournage, le réalisateur livre cependant un éclairage intéressant sur le personnage. Il le décrit comme quelqu’un de foncièrement gentil. Mais en le voyant se torturer autant pour trouver l’émotion juste, il en est venu à la conclusion que sur le plan du jeu d’acteur, Yang Sejong était « anormal » (« 변태 », qui veut dire aussi pervers). Il va jusqu’à dire que « c’est un fou » (« 또라이다 », OSEN, 27 juillet 2017).

Ces mots très forts font écho à mon sentiment lorsque j’ai vu Duel, celui d’assister à une performance d’acteur viscérale, complètement hors normes dans un drama coréen. L’impression rare de voir quelqu’un jouer comme si sa vie en dépendait. Je repense forcément à la déclaration de Sejong au script reading, « Je vais risquer ma vie sur ce drama » (« 작품에 목숨 걸고 하겠습니다 »), qui a tant choqué Jung Jae Young.

Son inclination à se mettre dans des états extrêmes pour les besoins de son interprétation rend son jeu particulièrement addictif. C’est un acteur qui procure des émotions fortes. Mais tout cela a un prix. Celui de risquer de se noyer dans ses rôles, de se laisser engloutir au point de ne plus savoir qui on est. « Où suis-je? » « Où est passé Yang Sejong? » « Qui suis-je? »… Ce sont les questions qu’il a confié s’être posées après Temperature of Love, dont le tournage a débuté juste après l’éprouvant Duel (Ize, 4 décembre 2017).

Car Yang Sejong a une vision toute personnelle du métier d’acteur. Il explique se couper totalement de ses proches quand il tourne, et louer un studio durant des mois afin de se plonger à corps perdu dans ses personnages. Pendant Duel, il portait des vêtements sombres, écoutait de la musique anxiogène et avait baissé les lumières de son appartement pour créer une ambiance que l’on devine plus proche de Sung Hoon que de Sung Joon. « C’était comme si j’étais devenu décadent moi-même » (Elle Korea, octobre 2017). A l’inverse, pour Jung Sun, il s’était tourné vers de la musique légère, des vêtements clairs et un intérieur lumineux.

La méthode d’immersion est radicale, mais si elle est diablement efficace à l’écran, elle pourrait être destructrice sans un réajustement rapide. La teneur de ses récentes interviews laisse penser qu’il en a pris conscience (SBSFunE, 5 décembre 2017).

La promesse d’un bel avenir

Après Duel, la journaliste Park So Young d’OSEN a fait le parallèle entre le réalisateur Shin Won Ho de Reply 1988 et Lee Jong Jae, disant que l’un avait découvert Park Bo Gum, et l’autre Yang Sejong. Je pense que Yang Sejong est un acteur d’un calibre supérieur. Sa faculté à être à ce point dans l’incarnation, si tôt dans sa carrière, le place au-dessus de la mêlée.

La fin d’année 2017 s’est déroulée comme un rêve pour notre surdoué. Il a été distingué aux OCN Drama Awards en tant que Meilleur jeune acteur pour Duel, devant Woo Do Hwan (Save Me) et Yoon Hyun Min (Tunnel). En grand timide, c’est le visage blême et tremblant de tout son corps qu’il recevait dans la foulée le prix du Meilleur jeune acteur pour Temperature of Love aux SBS Drama Awards 2017 – la chaîne a d’ailleurs titré là-dessus son extrait vidéo –, concluant son discours précipité par un véritable cri du cœur : « Je veux devenir quelqu’un d’honnête ! ». Et que dire de sa nervosité désarmante lors de sa présentation éclair aux Golden Disk Awards de janvier 2018.

Ses interventions publiques sont adorables de maladresse mais elles sont aussi réellement spontanées. Ce sont celles d’un novice complet dans l’industrie, d’un artiste qui n’est pas le moins du monde formaté, aussi hyperémotif en interview qu’il est hypersensible dans son jeu d’acteur. La vidéo de promotion live de Duel, dans laquelle il est entouré de ses partenaires Jung Jae Young, Seo Eunsoo et Kim Ki Doo, est non seulement drôle, mais elle donne un aperçu de sa personnalité attachante, de son naturel encore intact. Un charme rafraîchissant à ajouter à une longue liste de talents.

Au milieu de la diffusion de Temperature of Love, on apprenait que Yang Sejong venait de recevoir dix love calls, dix propositions de films et dramas. La fin de la course aux auditions ? Pas sûr, car il n’est pas dit qu’il renonce à cette forme de compétition si stimulante. En tout cas, on n’a qu’une hâte, c’est que ce jeune acteur si doué nous fasse vibrer de nouveau très bientôt en cette année 2018.

Caroline Leroy

NDLA: les éléments biographiques de la première partie ont été puisés pour la plupart dans l’interview donnée par Yang Sejong à Marie-Claire Korea dans son numéro d’août 2017

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