‘Descendants of the Sun’: Song Hye Kyo et Song Joong Ki cartonnent dans un drama à grand spectacle

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L’année des séries 2016 a démarré très fort en Corée du Sud avec des scénarios inventifs (le thriller fantastique Signal) ou des thèmes que l’on est peu habitué à voir dans des séries (la chronique étudiante Cheese in the Trap). Dans ce contexte de diversification des genres, Descendants of the Sun apparaît au premier abord comme une vitrine conçue pour démontrer au public international le niveau de production des séries coréennes d’aujourd’hui. Oui, mais une belle vitrine, puisque la qualité vaut largement ses 15 millions de dollars de budget. Porté par un casting particulièrement glamour, Descendants of the Sun s’affiche comme une romance sur fond de guerre, habitée par un souffle lyrique tout à fait plaisant et mâtinée de scènes d’action spectaculaires. Je ne boude pas mon plaisir.

Véritable carton en Corée du Sud (33,9% d’audience pour le 9e épisode), le drama s’offre une diffusion simultanée en Chine, où il cumule déjà plus d’1,1 milliard de vues sur la plateforme iQiyi, et s’est déjà vendu dans une trentaine de pays, dont les États-Unis et la France !

descendants-of-the-sun-03Le fil directeur de Descendants of the Sun est la romance entre Kang Mo-yeon (Song Hye Kyo), chirurgienne, et Yoo Shi-jin (Song Joong Ki), militaire affecté aux forces spéciales. Entre une femme au métier très prenant et un homme susceptible d’être dépêché n’importe où dans le monde et à n’importe quel moment, il n’est guère facile de vivre une histoire d’amour paisible. Les deux jeunes gens entament une relation, mais Mo-yeon est vite découragée par les contraintes liées au travail de son partenaire et finit par rompre. Quelques mois plus tard, elle subit le harcèlement du directeur de son hôpital et accepte une mutation au fin fond du Moyen-Orient, où une équipe médicale se forme afin de soutenir les forces spéciales. Shi-jin se trouve être en pleine opération sur les lieux.

Le couple Song Joong Ki et Song Hye Kyo fait des étincelles

Si vous aimez les fresques romantiques, mais que vous trouvez, comme moi, que le cinéma occidental a perdu son savoir-faire en la matière, ce feuilleton est fait pour vous. Descendants of the Sun renoue joliment avec un certain classicisme et un lyrisme assumés pour développer une romance évoluant au rythme des dangers et situations extrêmes. Il y a quelque chose d’un peu rétro dans l’ancrage de la romance dans un contexte de guerre, qui rappelle un certain cinéma américain d’après-guerre. Sauf que le personnage féminin ne perd pas son temps à attendre le retour de son bien aimé : elle exerce elle aussi un métier d’expertise, celui de chirurgienne, et sauve des vies. La mode est aux personnages féminins forts à la télévision coréenne.

descendants-of-the-sun-01Comme de bien entendu, la romance débute par une phase de séduction qui tourne au choc de personnalités. Les dramas coréens sont passés maîtres dans l’art de raconter cette phase préliminaire à l’amour, ce moment où chacun joue un rôle, s’accroche à sa fierté, mais où la complicité se crée à travers des petits riens que le récit saura nous rappeler en temps voulu. La scénariste Kim Eun Sook (Secret Garden, The Heirs) démontre à ce titre tout son savoir faire dans l’écriture de situations romantiques imprévisibles.

Au premier plan, le couple d’acteurs fait des étincelles. Mo-yeon est interprétée par Song Hye Kyo (Full House, The Grandmaster). La belle actrice de 34 ans impose immédiatement sa présence face à Song Joong-Ki (Innocent Man, Werewolf Boy), 30 ans, dont le visage juvénile n’enlève rien à son charisme. Soulignons qu’il est banal de constater une différence d’âge dans ce sens-là dans un drama coréen, là où les fictions françaises et américaines valorisent les couples où l’homme a dix ou quinze ans de plus que sa partenaire.

Entre humour, lyrisme et action spectaculaire

En dépit du contexte, le ton n’est pas véritablement au mélodrame, un genre qui a longtemps dominé à la télé coréenne, mais plutôt à la comédie romantique grâce à des échanges dialogués pétillants. Le lyrisme n’est cependant pas laissé de côté : la chanson « Always » de Yoon Mirae apporte la touche sentimentale que l’on attend dans toute histoire d’amour.

descendants-of-the-sun-05La charge dramatique ressort surtout dans les épreuves traversées par les personnages, qui ont en commun d’exercer un métier en contact direct avec la mort. Le début de l’épisode 2 fait ainsi ressortir cette singulière connexion en mettant en parallèle une opération chirurgicale difficile menée par Mo-yeon, et une intervention militaire au cours de laquelle Shi-jin abat un Taliban qui s’apprête à égorger deux otages américains devant une caméra.

Le propre des dramas coréens est d’ancrer l’intrigue romantique dans une histoire fusionnant les genres. Dans Descendants of the Sun, on passe de la pure comédie romantique au film de guerre, à la série médicale dans les scènes d’opération, et même au film catastrophe, comme dans l’épisode 6 qui comporte une scène de tremblement de terre particulièrement spectaculaire.

Tourné en partie en Grèce, Descendants of the Sun donne la part belle à des paysages somptueux, qui participent au souffle romanesque de l’histoire et très certainement au succès du drama en Asie. Le thème militaire explique aussi le carton en Corée du Sud, où les hommes ont l’obligation d’effectuer deux ans de service (le pays est officiellement en guerre contre son voisin du nord), dont cinq semaines d’entraînement physique particulièrement intensif. Le fait que l’acteur Song Joong Ki revienne lui-même tout juste de son service lui apporte une certaine crédibilité auprès du public masculin.

descendants-of-the-sun-06Petits arrangements avec la géographie

L’action se fixe très vite à Urk, une zone de guerre fictive censée se situer aux abords de la méditerranée (Urk rappelle Uruk, ancien nom d’une ville d’Irak). Pourquoi une nation fictive ? En conférence de presse, l’équipe a confié vouloir éviter tout incident diplomatique.

On comprend aisément pourquoi dès l’épisode 3, où un chef arabe blessé échoue avec ses gardes du corps dans le camp militaire sud-coréen. Percevant le risque de mort imminente du patient, Mo-yeon veut l’opérer sans attendre mais les gardes du corps menacent d’abattre la chirurgienne si elle pose son scalpel sur leur chef, qui ne doit être opéré que par un médecin arabe. La situation se corse lorsque Shi-jin et ses coéquipiers sortent les armes, désobéissant à leur hiérarchie qui veut à tout prix plier pour éviter les ennuis. Consciente qu’elle n’a pas droit à l’erreur, la jeune femme finit par opérer dans cette ambiance pour le moins tendue

descendants-of-the-sun-07Que l’on se rassure, le pays fictif est par ailleurs montré avec bienveillance : le véritable méchant de l’histoire est bien entendu coréen ! Il pourra cependant paraître surprenant, pour un œil occidental, de voir les Coréens prendre un rôle habituellement réservé aux Américains dans les films de guerre : celui du soldat ou médecin issu d’un pays riche, qui soigne les enfants du pays en guerre, distribue les barres chocolatées ou enseigne les réflexes élémentaires d’hygiène. On réalise alors à quel point le cinéma américain nous a conditionnés à une représentation unique, celle de l’Occidental sauveur qui répand la civilisation en zone de guerre, l’Asiatique étant généralement montré comme un ennemi ou une victime.

Un espoir pour les équipes techniques coréennes

Pour l’instant, le seul bémol à mes yeux vient d’une partie du casting secondaire. Si les interprètes des médecins qui accompagnent Mo-yeon sont tous convaincants (Lee Seung-Joon, excellent, et Onew du groupe SHINee, impayable en fashion victim rigolo qui va apprendre la vie dans des conditions extrêmes), Jin Goo s’avère plutôt décevant car complètement monolithique – dans les scènes avec Kim Ji Won, c’est elle qui fait tout le boulot! Mais c’est surtout le méchant qui aurait gagné à bénéficier d’un véritable interprète, de même que ses acolytes, qui rappellent un peu les méchants Occidentaux des films de Hong Kong des années 90 (et croyez-moi, ce n’est pas un compliment !).

descendants-of-the-sun-02Avec son succès phénoménal dans plusieurs pays, Descendants of the Sun démontre aussi qu’il est possible, pour un drama coréen, d’être rentable même lorsque le tournage s’effectue intégralement à l’avance.

Comme les aficionados le savent, les équipes des séries coréennes souffrent des rythmes de tournage frénétiques imposés par les chaînes, en particulier lorsque le drama arrive en live shooting, c’est-à-dire en tournage simultané avec la diffusion, à raison de deux épisodes par semaine. Si les dramas coréens comptent partir à la conquête du marché mondial, ce qui est clairement l’intention des chaînes coréennes aujourd’hui (TF1 s’est d’ailleurs récemment associé à Dramapassion pour en diffuser), il va falloir remettre en question le mode de production. Plusieurs équipes s’y emploient actuellement, entre celles qui optent pour le rythme à l’américaine d’un épisode par semaine, et celles qui choisissent de produire la série à l’avance, un modèle plus propice aux séries à gros budget comme celle qui nous intéresse, ou Iris il y a quelques années. Le carton du drama Descendants of the Sun devrait apporter des arguments aux militants des conditions de travail des équipes.

Elodie Leroy

 

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