CRITIQUE. ‘Bride of the Water God’, avec Nam Joo Hyuk: quand les dieux s’ennuient

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Diffusé sur la chaîne câblée tvN entre le 3 juillet et le 22 août 2017, le drama coréen Bride of the Water God réunit Nam Joo Hyuk et Shin Se Kyung dans une romance fantastique à portée mythologique. Oui, mais pour cela, encore faut-il avoir les moyens de ses ambitions. Librement inspiré d’un manhwa populaire, le drama surprend par la vacuité abyssale de son scénario, et par le manque de conviction de ses vedettes glamour. N’y allons pas par quatre chemins, Bride of the Water God est un ratage dans les grandes largeurs. Explications.

Le dieu de l’eau Ha Baek (Nam Joo Hyuk), connu pour être narcissique et caractériel, est chargé de descendre sur Terre pour y accomplir une mission. Pour cela, il doit se rapprocher d’une jeune femme psychiatre du nom de Yoon So Ah (Shin Se Kyung), qui est destinée à être à la fois sa fiancée et sa servante. Notre dieu se heurte cependant à l’incrédulité de sa future épouse qui le prend pour un fou. D’autres personnages viennent compliquer l’affaire, tels que le dieu du vent Ryum (Gong Myung), la déesse de l’eau Moo Ra (Krystal Jung) et le demi-dieu Shin Hu Ye (Im Joo Hwan), patron d’un grand hôtel.

Le scénario de Bride of the Water God s’appuie sur un manhwa de Yoon Mi Kyung publié entre 2006 et 2014. Plus qu’une adaptation, c’est un spin-off de l’œuvre originale, dont il reprend certains personnages en les déplaçant dans le Séoul contemporain. Lors de la conférence de presse du drama, la production avait invoqué à ce changement des raisons de budget. Le manhwa se déroule en effet dans un monde imaginaire, le royaume des dieux, qui aurait nécessité beaucoup d’effets spéciaux. Un parti-pris frileux qui trouve écho dans le caractère désespérément banal du produit final.

On attendait mieux de Kim Byung Soo, le réalisateur de Nine: Nine Times Time Travel, ainsi que de Jung Yoon Sung, la scénariste de Arang and the Magistrate et Misaeng. Davantage qu’une romance fantastique aux accents oniriques, Bride of the Water God est une bluette atone qui se traîne péniblement sur seize épisodes, quand le tiers aurait largement été suffisant.

A la manière du héros de Rooftop Prince, Lee Gak, notre jeune et beau dieu Ha Baek se sent quelque peu en décalage en arrivant dans notre monde et commet quelques impairs. Un argument comique en or, dont Bride of the Water God ne parvient inexplicablement jamais à pleinement tirer parti. La faute à un mauvais timing de la comédie, de la part de la scénariste comme du réalisateur. C’est bien simple, les seuls moments drôles se réduisent aux élans exhibitionnistes du personnage, qui tient absolument à prendre son bain publiquement sur le toit de l’immeuble où vit sa promise, la plongeant dans le plus grand embarras.

En dehors d’une dose fort agréable de fan service, Ha Baek n’a pas grand-chose à nous offrir. Les grands traits de sa vie au royaume des dieux avant son arrivée sur Terre sont à peine esquissés. Une fois parmi nous, il se comporte en enfant gâté avec So Ah, multipliant les actions m’as-tu vu, comme de frimer sur un skate-board, ou frimer en voiture pour sauver sa demoiselle en détresse, et j’en passe.

Yoon So Ah n’est guère mieux. Nous avons tout de même là une psy qui, après avoir écouté ses patients lui relater leur cauchemars et angoisses, leur dit calmement : « Essayez de penser à autre chose ». Autant vous dire que je ne risque pas d’aller consulter chez elle. Malgré sa profession élevée, elle ressemble à s’y méprendre à toutes ces Cendrillon sans le sou, qui se retrouvent à la merci du premier golden boy venu les tirer d’affaire de force – un rôle dévolu au patron d’hôtel Shin Hu Ye.

La caractérisation faiblarde des deux héros illustre le manque d’originalité de ce scénario qui semble ne mener nulle part. Quand vient le moment, inévitable dans tout drama romantique qui se respecte, où nos amoureux sont séparés par le destin, on a l’impression qu’ils n’ont rien vécu. L’absence totale d’alchimie entre les deux stars principales n’arrange guère nos affaires.

Nam Joo Hyuk qui était si charmant, si vivant et prometteur dans Weightlifting Fairy Kim Bok Joo, n’est ici que l’ombre de lui-même. Crispé, absent, il promène un regard vide autour de lui pendant la majeure partie de Bride of the Water God. On ne peut s’empêcher d’imaginer une sale ambiance de tournage. Il faut attendre le dernier épisode pour le voir livrer un jeu inspiré. Plus expérimentée, Shin Se Kyung (Sensory Couple, Six Flying Dragons) s’en sort mieux mais son jeu demeure résolument solo. Elle ne cherche pas à se mettre en phase avec ses partenaires.

Les personnages secondaires de Bride of the Water God ne sont pas mieux écrits. A commencer par Moora, cette déesse que l’on nous fait passer pour une figure importante au début de l’intrigue, et qui ne se définit finalement qu’à travers ses relations romantiques avec les hommes du drama. Un beau gâchis pour Krystal (The Heirs), qui possède le charisme du rôle.

Heureusement, Gong Myung (l’étudiant craquant de Drinking Solo) nous sauve plus d’une fois d’un ennui mortel malgré les actions parfois incompréhensibles de Ryum, son personnage. Sans oublier qu’à l’instar de Nam Joo Hyuk, il apporte lui aussi sa contribution à la dimension fan service du drama, pour notre plus grand plaisir. Quant à Im Joo Hwan, rescapé du plombant Uncontrollably Fond, il est notre second sauveur, et nous offre même au passage une bonne scène de confrontation psychologique avec Nam Joo Hyuk dans l’épisode 8 – il était temps.

On en est réduit à cela, à picorer misérablement les quelques moments réussis du drama. Des moments toujours furtifs, qui donnent l’illusion qu’une tension dramatique s’installe, jusqu’à ce que le soufflé retombe aussitôt.

Finalement, les quinze premiers épisodes de Bride of the Water God semblent faire office de gigantesque remplissage pour nous amener au dernier épisode, le seul qui en vaille la peine. C’est à ce moment-là que l’intrigue prend un peu de sens, que les acteurs parviennent enfin à nous atteindre. Mais il est bien trop tard.

Caroline Leroy

 

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