Vampires coréens, chapitre 3: Scholar Who Walks The Night, avec Lee Jun Ki

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Troisième et dernière série de l’année 2015 consacrée aux vampires, Scholar Who Walks The Night est aussi la plus attendue lorsqu’elle est officiellement annoncée. Contrairement à Blood et Orange Marmalade, le drama bénéficie d’une tête d’affiche confirmée en la personne de Lee Jun Ki (Iljimae, Gunman in Joseon), particulièrement à l’aise dans le sageuk (drama historique). La scénariste Jang Hyun Joo a à son actif le drama culte The First Shop of Coffee Prince et le réalisateur Lee Sung Joon n’est pas non plus un novice puisqu’on lui doit entre autres l’énorme succès de 2012 The Moon Embracing the Sun. Si l’on ajoute à cela des visuels et des teasers accrocheurs, on peut décemment avancer que rien ne nous préparait à un tel naufrage artistique.

Plombé par un scénario creux faisant la part belle à une romance puérile, Scholar Who Walks The Night ne fait que s’étirer péniblement sur vingt épisodes dont les seuls atouts sont Lee Jun Ki en vampire élégant et tourmenté, et Lee Soo Hyuk en méchant racé et sensuel.

scholar_01Scholar Who Walks The Night raconte l’histoire de Kim Sung Yeol (Lee Jun Ki), un érudit de l’époque Joseon qui, après être tombé dans un piège, se retrouve changé en vampire et contraint d’assister au meurtre de sa fiancée Lee Myung Hee (Kim So Eun) par le vampire tout-puissant Gwi (Lee Soo Hyuk). Cent vingt ans plus tard, toujours hanté par ce souvenir, il rencontre par hasard le sosie de sa fiancée morte en la personne de Choi Hye Ryung (Kim So Eun) mais celle-ci ne semble pas le reconnaître. Tout en se rapprochant du pouvoir politique en place et notamment du prince héritier Lee Yoon (Shim Chang Min), dont l’ascension vers le trône se heurte à la volonté du démoniaque Gwi, Kim Sung Yeol fait la connaissance d’un intrigant jeune homme, Jo Yang Sun (Lee Yoo Bi), qui vent des livres plus ou moins autorisés. Yang Sun est en réalité une jeune fille du nom de Seo Jin, qui se déguise en garçon afin de ne pas nuire à la réputation de son père, un noble déchu. Sung Yeol et Yang Sun tombent amoureux l’un de l’autre mais Sung Yeol refuse de révéler à la jeune fille sa vraie nature…

scholar_04Diffusé du 8 juillet au 10 septembre 2015, Scholar Who Walks The Night s’inscrit dans la lignée des sageuk fantastiques annuels de la chaîne MBC, prenant la suite de Arang and the Magistrate (2012, déjà avec Lee Jun Ki), Gu Family Book (2013) ou encore The Night Watchman (2014). Ce qui frappe d’emblée, c’est le manque de soin artistique dont bénéficient les premiers épisodes de Scholar Who Walks The Night, comparé à ses prédécesseurs. Les décors et la cinématographie sont si quelconques que la plupart des scènes fantastiques suintent le toc – je pense en particulier aux plans montrant Lee Soo Hyuk dans sa caverne en carton-pâte éclairée d’une lumière verdâtre – tandis que les autres peinent à poser clairement des enjeux narratifs pourtant essentiels pour la suite de l’intrigue.

On saisit néanmoins l’idée qui émane en filigrane de Scholar Who Walks The Night. L’existence même d’un vampire terrifiant tel que Gwi, auquel les monarques successifs doivent leur puissance, se veut une allégorie de la corruption qui prévaut inéluctablement dans les hautes sphères du pouvoir. Le Prince héritier Junghyun (Lee Hyun Woo) se fait éliminer parce qu’il entend rester intègre, contrairement à son père, et ce même destin guette plus tard le Prince Lee Yoon dont le père a également vendu son âme à Gwi, à l’instar du Premier ministre Choi Cheol Joong (Son Jong Hak).

Le thème est classique mais les personnages flamboyants interprétés par Lee Jun Ki et Lee Soo Hyuk lui apportent une touche fantastique intéressante que l’on aurait aimé voir développée tout au long des vingt épisodes de Scholar Who Walks The Night.

scholar_cap_11Au lieu de cela, le drama s’enfonce dans une épouvantable romance à l’eau de rose entre Sung Yeol et la jeune ingénue jouée avec force minauderies outrancières par Lee Yo Bi, romance dont il n’émergera que vers le quinzième épisode au moins. Le couple est sans doute l’un des plus mal assortis que l’on ait vu depuis longtemps dans un drama coréen. Lee Jun Ki donne constamment l’impression de faire du baby-sitting en présence de sa partenaire, pas un seul instant on ne croit qu’il puisse être attiré par cette fille immature qui écarquille les yeux à la moindre occasion. En fait, Lee Yoo Bi est tellement mauvaise que l’on en oublierait presque qu’elle nous avait semblé prometteuse deux ans plus tôt dans Gu Family Book.

Sans atténuer ce constat, il faut tout de même préciser que le personnage de Seo Jin/Jo Yang Sun est l’un des pires personnages principaux féminins vus récemment dans un drama (décidément cela fait beaucoup de records pour Scholar Who Walks The Night). Je ne vois que le personnage joué par Han Ji Min dans Hyde, Jekyll and I pour lui faire concurrence. Seo Jin se déguise en garçon à l’ère Joseon, ce qui laisse a priori supposer une certaine témérité de sa part, mais elle s’avère rapidement n’être qu’une demoiselle en détresse qu’il faut sauver tous les deux épisodes. Lorsqu’enfin elle semble peut-être avoir un rôle à jouer dans l’histoire, soit vers le dernier tiers du drama, elle ne pense qu’à se sacrifier pour son vampire, nous inondant sans scrupule de scènes d’une niaiserie sans nom.

scholar_cap_15Lee Jun Ki et Lee Soo Hyuk rattrapent tant bien que mal la mise et l’on se surprend à se replonger de nouveau dans l’histoire dès que ces deux là sont à l’écran. Non seulement ils sont tous deux charismatiques, mais ils rivalisent littéralement de beauté du début à la fin du drama, que ce soit dans leurs échanges dialogués ou leurs affrontements féroces de vampires. A côté de ces créatures surnaturelles, toutes les actrices du drama ont l’air d’être triviales, de Lee Yoo Bi à Kim So Eun en passant par Jang Hee Jin. Cela mérite d’être souligné car cette gratification visuelle est l’une des principales qui nous est offerte ici.

Lee Soo Hyuk avait déjà démontré une certaine présence dans Shark et surtout dans King of High School Life Conduct, mais Scholar Who Walks The Night est indéniablement le drama qui lui permet de percer pour de bon, avec une composition personnelle. Son regard hautain, ses postures impériales, sa diction parfaite font de chacune de ses apparitions un moment savoureux.

scholar_cap_12Quant à Lee Jun Ki, il est comme toujours très investi dans son rôle et il parvient à rendre mémorables des scènes banales par la seule magie de son jeu. Difficile par exemple d’oublier sa transformation en vampire dans le premier épisode, l’une des plus réalistement douloureuses que nous ait donné le genre. Il récidive à plusieurs reprises, parfois dans des scènes toutes simples, comme lorsqu’il découvre enfin le manuscrit du Prince Junghyun : seul avec la caméra, il nous tient en haleine par la force de son regard et de son langage corporel. Enfin, comment ne pas mentionner cette étrange conversation avec deux autres exemplaires de lui-même dans l’épisode 17, durant lequel on reste une fois de plus suspendu au moindre de ses changements d’expression.

Lee Jun Ki est trop talentueux pour se retrouver avec une débutante pour partenaire, trop intense pour se complaire dans des romances adolescentes. Son prochain drama, Scarlet Heart: Ryeo (diffusion le 29 août prochain sur SBS), dans lequel IU lui donne la réplique, risque de confirmer la tendance un peu glissante que prend sa carrière depuis deux ans. J’espère me tromper.

Caroline Leroy

 

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