‘Criminal Minds’ avec Lee Jun Ki : premières impressions sur ‘Esprits Criminels’ version drama coréen

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Nous avons vu les quatre premiers épisodes de Criminal Minds avec Lee Jun Ki ! Diffusée depuis le 26 juillet 2017, cette nouvelle production de la chaîne câblée tvN n’est autre que le remake coréen de la célèbre série policière américaine Esprits Criminels, qui occupe régulièrement le prime de TF1. Le drama coréen est-il fidèle à la série US d’origine ? Parvient-il à trouver son identité propre ? Pour l’instant, mon avis est mitigé.

L’efficacité américaine vs l’intensité coréenne

Dans le style polar télévisuel à l’américaine, Esprits criminels fait partie de ces séries que l’on a toujours un plaisir coupable à regarder, même si neuf scénarios sur dix n’ont strictement rien d’original et jouent sur un pitch ouvertement racoleur. Dans le monde merveilleux d’Esprits Criminels, il ne fait pas bon être une jeune femme, une catégorie de la population qui semble vouée à être séquestrée, battue, violée, assassinée… Heureusement, chaque épisode s’achève par un instant philosophique avec une citation littéraire déclamée par Hotch. Entre temps, Derek Morgan et Emily Prentiss auront mis les menottes au méchant, qui aura été démasqué par le Dr Spencer Reid au moyen de quelque notion approximative de psychiatrie, et par Penelope Garcia, dont le talent de hacker n’a d’égal que la bizarrerie de son goût vestimentaire. Cette fine équipe s’avère en réalité fort sympathique et explique en grande partie le succès de la série, en plus de son montage et de sa réalisation accrocheurs.

criminal minds lee jun ki lee joon giPendant ce temps, en Corée du Sud, le genre du thriller connaît un souffle nouveau à la télévision sur les chaînes du câble. OCN est passée maître dans l’art du thriller avec des séries à enquêtes (Vampire prosecutor, God’s Quiz) et des feuilletons haletants (My Beautiful Bride, Voice, Duel), un monopole que la chaîne tvN a remis en cause l’année dernière avec l’excellent Signal. C’est justement tvN qui nous propose ce remake d’Esprits criminels. Après le remake de The Good Wife, qui reprenait fidèlement l’histoire originale tout en trouvant son identité propre, j’attendais beaucoup de Criminal Minds, comme je vous l’expliquais dans ma preview, et de son casting de première classe – Lee Jun Ki, Moon Chae Won et Son Hyun Joo, tout de même !

Si les séries policières américaines apparues dans les années 2000 bénéficient toujours d’une production maîtrisée, elles manquent généralement un peu de contenu. Avec moins de moyens (mais tout de même des moyens supérieurs aux productions françaises !), les séries policières coréennes mettent en avant un contenu social plus dense et une dimension humaine plus prononcée. Criminal Minds parvient-il à réunir l’efficacité des séries US tout en s’affirmant comme une série typiquement coréenne ?

Tueurs de femmes et instants philosophiques

Les épisodes 1 et 2 m’ont plutôt convaincue : dès les premières scènes, il paraît évident que nous avons affaire à une production de luxe. Confiée à Yang Yun Ho, qui avait déjà montré son savoir faire avec la série d’espionnage IRIS, et Lee Jung Hyo, à qui l’on doit le remake de The Good Wife, la mise en scène de Criminal Minds se révèle classieuse, soutenue en cela par une photographie élégante et un montage très fluide. Il est à noter que Lee Jung Hyo a quitté la production entre temps, mais nous y reviendrons.

Agent de terrain traumatisé par la mort de son collègue quelques années plus tôt, Kim Hyun Joon (Lee Jun Ki) rejoint l’équipe de profiler de Kang Ki Hyung (Son Hyun Joo) pour faire équipe avec Ha Sun Woo (Moon Chae Won) et pourchasser les criminels. Leur première affaire fait ouvertement référence à la série originale puisque la team de profilers poursuit… un tueur de femmes ! Celui-ci aura la mauvaise idée de kidnapper la sœur adoptive de Kim Hyun Joon. Je vous laisse imaginer la hargne de celui-ci à renouer avec ses talents de profiler.

Ce qui m’a agréablement surprise est la manière dont les personnages s’imposent malgré l’aura de leurs homologues américains. La série s’appuie habilement sur les personnages les plus typés – les versions coréennes de Spencer Reid et de Penelope Garcia – pour marquer la correspondance avec l’univers d’Esprits Criminels, et prend plus de libertés avec les autres personnages. On apprend ainsi rapidement que Kim Hyun Joon et Ha Sun Woo (équivalents de Derek Morgan et Emily Prentiss) sont liés par une affaire survenue pendant leur enfance. Je ne me souviens pas précisément du background des personnages américains, mais je ne pense pas que ce trope typiquement coréen provienne du matériau d’origine.

drama criminal mindsComme dans beaucoup de séries policières coréennes, les affaires ne commencent pas nécessairement au début de l’épisode pour s’achever à la fin. Les dramas coréens se sont affranchis de ce schéma pour mettre davantage l’accent sur l’évolution des personnages. Les citations littéraires de Hotch sont bien présentes dans ce Criminal Minds coréen, mais peuvent intervenir au milieu d’un épisode, à la clôture d’une affaire.

Esprit de famille

Sans vouloir vexer les fans d’Esprits Criminels, Lee Jun Ki est un acteur nettement plus sensible et éclectique que Shemar Moore et nous sommes donc en droit d’attendre de son personnage davantage d’intensité émotionnelle. Prise à contre emploi, Moon Chae Won démontre également qu’elle fait partie de ces actrices qui ont plus d’un tour dans leur sac en apportant immédiatement un caractère intrigant à son personnage. Quel drame se cache derrière ce personnage féminin taciturne ? J’attends donc beaucoup de ce duo, qui devrait logiquement prendre son envol au fil des épisodes… Du moins, c’est ce que j’espère pour la suite car les deux épisodes suivants m’ont laissée sur ma faim.

Les seconds rôles s’avèrent quant à eux plutôt réussis, entre Lee Sun Bin (Squad 38, Missing 9) qui endosse avec entrain le rôle de l’attachée de presse, Yoo Sun dont le personne rappelle celui de Penelope Garcia sans être une copie conforme, et Go Yoon dont le personnage de petit génie est abordé avec un soupçon de dérision. Difficile de dire si cette galerie de personnages parviendra à restituer l’esprit de famille qui caractérise la série d’origine, mais les scénaristes semblent avoir compris l’importance de cette dimension.

Du sous-Esprits Criminels ?

Le seul personnage sur lequel j’émettrai quelques réserves est celui Kang Ki Hyung, équivalent de Hotch interprété par Son Hyun Joo (Three Days, le drama The Chaser). Justement, les épisodes 3 et 4 s’attachent à reprendre à la lettre le drame qui hantera le personnage et par la même occasion son Némésis. C’est dans cette partie que mon enthousiasme est légèrement retombé.

Certes, le changement d’acteur apporte un style différent au personnage, plus sombre et difficile à cerner que celui de Thomas Gibson, et ce n’est pas plus mal. La situation maritale de Kang Ki Hyung n’est pas non plus reproduite à l’identique, puisqu’il n’est pas divorcé de sa femme lorsque le drame se produit. Mais le procédé du tueur et la résolution tragique de l’affaire ne réservent aucune surprise à ceux qui ont vu Esprits Criminels, si ce n’est la lenteur du dénouement.

Toute la partie au cours de laquelle la femme de Kang est attirée dans un piège et prise en otage par le tueur manque cruellement d’intensité, malgré une belle prestation d’actrice d’Oh Yeon Soo (Bad Guy), face à un Son Hyun Joo qui ne donne pas franchement le meilleur de lui-même. En outre, dès lors que l’intrigue se concentre sur la famille Kang, les autres personnages de la série se trouvent complètement mis sur la touche, condamnés à rester debout dans un camion, à écouter les conversations téléphoniques de leur chef sans jamais s’inviter dans l’action, si ce n’est pour venir compter les cadavres.

En ce qui concerne le contenu de la série, il demeure pour l’instant très basique. Contrairement à la plupart des thrillers télévisuels (et cinématographiques) coréens, les affaires restent très « premier degré », comme dans la série américaine Esprits Criminels. Quand je repense à la densité d’une série comme Voice, qui dénonçait un fléau de la société quasiment à chaque affaire, Criminal Minds paraît bien creux. Même une série comme You’re All Surrounded, pourtant diffusée sur la chaîne nationale SBS, abordait à l’occasion quelques questions de société (un épisode évoquait tout de même le rejet enduré par les transgenres !). Si Criminal Minds se contente de faire du Esprits Criminels à Séoul sans apporter de valeur ajoutée, l’intérêt de la série paraît limité. Surtout que le montage s’avère beaucoup moins nerveux que dans la série d’origine, qui ne comporte aucun temps mort malgré la vacuité de la plupart de ses scénarios. Là encore, quand je pense au rythme frénétique de certains thrillers télévisuels coréens, tels que Voice ou My Beautiful Bride, j’ai du mal à accepter les lourdeurs narratives du drama Criminal Minds.

Pour l’instant, le Criminal Minds version drama coréen semble prisonnier du canevas de la série d’origine, sans atteindre son efficacité et sans avoir la profondeur et la densité auxquelles la télé coréenne nous a habitués depuis quelques années. Si elle continue dans cette voie, la série risque de se transformer en sous-Esprits Criminels et nous faire regretter que les acteurs n’aient pas été réunis pour une création originale.

Différend artistique

Un événement explique peut-être cette baisse de régime : l’un des deux réalisateurs, Lee Jung Hyo (The Good Wife) a quitté la production. Au départ, Yang Yun Ho (IRIS) et Lee Jung Hyo co-réalisaient le drama en dirigeant chacun une équipe. Lorsque la production a décidé de réunifier celles-ci, les deux réalisateurs ont dû cohabiter et ne sont pas parvenus à s’entendre. Lee Jung Hyo a donc quitté le drama au motif de « différend artistique » avec son collègue. Selon moi, le différend provient certainement d’une lutte d’égo et de pouvoir, mais ce n’est qu’une supposition. Il est fort probable que le départ de Lee Jung Hyo ait quelque peu déstabilisé la production et entraîné des réajustements.

Je garde bien sûr à l’esprit qu’à ce stade, la série installe son décor et doit trouver ses marques. Il reste une douzaine d’épisodes pour venir contredire mon verdict. J’espère donc que les épisodes 3 et 4 ne constituent qu’un ventre mou dans cette série qui possède par ailleurs de nombreux atouts. A défaut de donner dans la profondeur, Criminal Minds bénéficie tout de même d’un casting trois étoiles que l’on espère voir mieux exploité par la suite. J’attends avec impatience de voir Lee Jun Ki, jusqu’ici sous-employé, déployer son jeu d’acteur très instinctif et émotionnel à travers des scènes fortes qui nous remuent un peu les tripes. Affaire à suivre…

Elodie Leroy

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