Critique : Death Note, de Tetsuro Araki – Episodes 1 à 12

0

Une vraie réussite que cette première partie de l’adaptation de l’un des mangas les plus fascinants du moment. A partir d’un scénario très cérébral, Tetsuro Araki délivre un récit tortueux à souhait qui se teinte d’une atmosphère oppressante, voire inquiétante, et fait honneur aux thématiques et aux personnages du matériau d’origine. Death Note s’impose tout simplement comme la série animée indispensable du moment, pour les novices comme pour les initiés.

On ne présente plus le phénomène Death Note, ses 15 millions d’exemplaires vendus au Japon et surtout la dimension culte que ce manga novateur a acquise en peu de temps à travers le monde. Créé en 2003 par Takeshi Obata et Tsugumi Ohba, Death Note est publié en France chez l’éditeur Kana depuis janvier 2007 et se voyait couronné l’année dernière aux Japan Expo Awards du Grand Prix du Jury et du Prix du Meilleur Scénario. D’abord porté sur le grand écran par Shusuke Kaneko sous forme de diptyque, Death Note et Death Note: The Last Name, le manga fait presque simultanément l’objet d’une adaptation télévisuelle.

Réalisée par un certain Tetsuro Araki, la série Death Note s’impose non seulement comme l’adaptation idéale pour bon nombre de fans du manga mais aussi comme l’une des séries les plus passionnantes du moment. Elle arrive dans les bacs le 9 avril 2008 sous la bannière Kana, à travers un premier coffret qui nous permet de découvrir les douze premiers épisodes.

death_note-tv-vol1_01Revisitant de manière inédite le genre du polar fantastique, Death Note raconte l’histoire d’un lycéen surdoué, Light Yagami, qui découvre par hasard un cahier de la mort abandonné sur Terre par un Shinigami (dieu de la mort) en mal de divertissement. A l’intérieur, il est dit que tout être humain dont le nom est écrit dans le Death Note mourra. Avec cette arme redoutable, Light décide de construire un monde nouveau en éliminant tous les criminels. Agissant sous le surnom de Kira et terrorisant la population, il est bientôt mis en déroute par un détective envoyé par Interpol et surnommé L.

Au vu de ces douze épisodes, tandis que le character design de Masaru Kitao respecte les partis pris graphiques de l’œuvre, Death Note semble suivre scrupuleusement l’intrigue du manga, au contraire des longs métrages de Shusuke Kaneko qui prenaient quelques libertés avec le matériau d’origine. Les lecteurs assidus croiront ainsi revivre pas à pas toute l’évolution de l’histoire, pour leur plus grand plaisir d’ailleurs. Car cette extrême fidélité ne signifie nullement que Death Note ne réserve pas son lot de surprises.

Tout d’abord, pour une série ne reposant absolument pas sur l’action mais principalement sur la réflexion, on ne peut que rester admiratif devant l’extraordinaire gestion du rythme. On se souvient que l’œuvre de Takashi Obata et Tsugumi Ohba se distinguait du tout-venant par son caractère très bavard, une difficulté de plus pour le travail d’adaptation.

Avec une efficacité narrative redoutable, Death Note tisse son récit sans précipitation, exploitant habilement le format de la série télévisée pour confronter à chaque épisode son personnage principal à une nouvelle péripétie venue remettre en cause son pouvoir. Des péripéties qui se succèdent et dont la résolution joue tour à tour la carte du cynisme, Light éliminant froidement tous les gêneurs venus se mettre en travers de son chemin, ou encore du drame, comme c’est le cas lors de la fin tragique d’un ancien agent féminin du FBI.

death_note-tv-vol1_03De par son sujet de départ – un adolescent qui se transforme en véritable ange exterminateur –, Death Note a pour particularité de ne comporter aucun véritable héros. Mais si l’on trouvait le Light Yagami du film un peu trop gentil, celui de la série s’avère pour le coup franchement démoniaque et fait véritablement froid dans le dos. Sa confrontation avec L, le challenger mystère dont personne ne connaît la véritable identité, n’en est qu’à ses balbutiements dans cette première partie mais on peut d’ores et déjà gager qu’elle se verra développée bien davantage que dans les longs métrages. Et c’est tant mieux. On attend avec impatience de les voir se livrer à ce petit jeu de stratégie et de faux-semblants aussi pervers que passionnant qui constitue l’un des attraits majeurs des sept premiers tomes.

Marquant l’opposition idéologique entre les deux personnages, chacun incarnant deux notions de la Justice, humaine ou divine, cette première partie met constamment en parallèle leurs réactions afin de mettre l’accent sur leurs ressemblances sur le plan de la personnalité. Certains de leurs échanges s’avèrent tout simplement jubilatoires, comme ce moment où L annonce sans détour à Light qui il est, au beau milieu d’une cérémonie de remise de diplôme.

A ce titre, le manga permettait non seulement de profiter de dialogues très denses et fort bien écrits, mais aussi de suivre le fil de la pensée des deux garçons, le décalage entre les mots la pensée participant à apporter du sel à leur duel. La série Death Note restitue à merveille cette dynamique et n’hésite pas à nous plonger directement dans la tête de Light, les monologues intérieurs particulièrement enflammés de ce dernier ajoutant une touche de paranoïa réjouissante – le doubleur japonais Mamoru Miyano (Kiba dans Wolf’s Rain) s’en donne littéralement à cœur joie, tandis que Kappei Yamaguchi (InuYasha) apporte une dimension presque ténébreuse au personnage de L.

death_note-tv-vol1_02En plus de l’intrigue tortueuse à souhait, c’est cette impression que Light se trouve constamment sur le fil du rasoir qui rend la série Death Note si palpitante. Une dimension que la mise en scène vient renforcer en jouant sur les zones d’ombre, sur les cadrages oppressants mais aussi sur une bande son inquiétante. Judicieusement utilisés, aux moments les plus inattendus, les chants grégoriens viennent souligner la rencontre contre nature qui s’est opérée entre deux mondes, celui des humains et celui des dieux de la mort, à travers le pouvoir détenu par Light qui agit sous le regard distancié du shinigami Ryûk, figure tour à tour clownesque et funeste. A noter que ce dernier est tout comme dans le film doublé par Shidô Nakamura (The Neighbor No.13, Lettres d’Iwo Jima).

Mentionnons aussi la caméo de Kenichi Matsuyama (L dans les films) dans le rôle du dieu de la mort Jealous, dont la disparition, un peu risible dans le film, donne lieu ici à un moment étrangement émouvant. Le seul reproche, s’il faut en trouver un, que l’on pourrait faire à cette série : son générique du début assommant et trop démonstratif. On s’en remettra. De manière assez amusante, cette première partie s’achève à peu de choses près au même point que le premier opus des longs métrages, au moment où une tierce personne vient bouleverser la donne de l’affrontement entre Light et L.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 5 avril 2008

Share.