Critique : Code Geass: Lelouch of the Rebellion – Ep. 1 à 9

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Création originale de Gorô Taniguchi et Ichirô Okôchi pour le compte du studio Sunrise, la série Code Geass: Lelouch of the Rebellion nous arrive auréolée d’un succès tant critique que public qui la pose immédiatement comme l’un des titres incontournables de l’année. Une réputation méritée que l’on doit en premier lieu au talent du réalisateur de Planètes qui parvient intelligemment à drainer tous les publics sans pour autant se compromettre. Le résultat, c’est un spectacle de tous les instants fait de manigances politiques, de tragédies shakespeariennes et de combats de méchas superbement réalisés, le tout enveloppé dans un suspense aux ressorts psychologiques passionnants. Ces neuf premiers épisodes permettent déjà de dégager la personnalité singulière de ce héros des temps modernes qu’est Lelouch Lamperouge, personnage tiraillé entre des motivations altruistes et un goût immodéré du pouvoir. Jusqu’où ira-t-il ?

Couronnée de nombreux prix dont celui de la meilleure série au Tokyo Anime Fair en 2007 et 2009 – soit pour chacune de ses deux saisons –, Code Geass: Lelouch of the Rebellion est une série événement à plus d’un titre. En premier lieu, parce que c’est le nouveau hit du studio Sunrise, à qui l’on doit quelques-unes des séries les plus fameuses de l’animation japonaise telles que Cowboy Bebop, InuYasha ou la saga Gundam. Ensuite parce que c’est une œuvre de Gorô Taniguchi, le réalisateur de S-Cry-Ed, GunXSword et surtout Planètes, superbe adaptation du très poétique manga de Makoto Yukimura.

code_geass_wall1Le réalisateur développe d’ailleurs le concept de Code Geass avec Ichirô Okôchi alors que tous deux travaillent sur cette dernière série. Après avoir obtenu l’aval de leur producteur Yoshitaka Kawaguchi, ils tentent une expérience inédite en sollicitant le studio féminin Clamp pour en imaginer le character design concept. L’implication des quatre mangakas ne se limitera finalement pas à cette fonction puisque Nanase Ohkawa, la scénariste en titre de Clamp, ira jusqu’à participer à l’écriture des personnages. Concernant le character design concept lui-même, il est réalisé par la grande Mokona Apapa, à qui l’on doit les illustrations de Tokyo Babylon ou X, avant d’être adapté pour la télévision par le character designer Takahiro Kimura (Godannar).

Cette étonnante association de talents explique en grande partie la réussite et la qualité de Code Geass: Lelouch of the Rebellion. Le scénario est solide et tortueux, plutôt ancré dans un univers shônen comme l’indiquent clairement les récurrents combats de mecha à la Gundam, mais l’idée de faire appel aux artistes de Clamp est en soi brillante car elle permet à Sunrise de faire d’une pierre deux coups en drainant simultanément un public féminin friand de bishônen un peu sombres et de jeunes héroïnes fashion.

code_geass_09Gorô Taniguchi et Ichirô Okôchi ont d’autre part retenu la leçon du phénomène Death Note en donnant vie à un héros « dans l’air du temps » : Lelouch Lamperouge n’est peut-être pas aussi démoniaque que Light Yagami, mais il est tout de même très loin des classiques sauveurs de l’humanité qui firent jadis la gloire de l’animation japonaise. L’heure n’est plus à l’idéalisme mais à la désillusion – désillusion envers les autres comme envers soi-même. A l’instar de Light, Lelouch se voit confier un pouvoir extraordinaire et terrifiant qui le place au-dessus de ses semblables dans la position d’un quasi-Dieu, mais qui le condamne du même coup à la solitude. Comme lui, il ne partage son secret qu’avec l’individu qui lui a offert cette seconde naissance et use de sa puissance sous une autre identité.

Toutefois, la comparaison s’arrête là. Le contexte futuriste particulier dans lequel agit Lelouch confère à sa quête une toute autre signification que celle de Light/Kira et le personnage révèle rapidement une personnalité singulière.

code_geass_06L’intrigue de Code Geass: Lelouch of the Rebellion se déroule dans un Japon colonisé par la superpuissance Britannia qui règne sur le tiers de la planète. Les Japonais ont perdu leur identité et sont désormais surnommés « Eleven » du nom du ghetto dans lequel ils sont parqués, la zone 11. Lelouch Lamperouge n’est pas un lycéen ordinaire puisqu’il est le fils de l’Empereur de Britannia et de la première femme de celui-ci. Pourtant, depuis l’assassinat de sa mère, il a été renié par son père et doit son salut au vénérable président de l’Académie Ashford qui l’héberge ainsi que sa jeune sœur handicapée, Nunnally. Sa vie bascule le jour où il croise le chemin d’une mystérieuse jeune fille recherchée par l’armée britannienne : alors qu’il est sur le point d’être exécuté pour s’être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, celle-ci lui propose de conclure un pacte peu ordinaire. C’est ainsi qu’il reçoit le « geass », un pouvoir qui lui permet de donner n’importe quel ordre à n’importe qui par la seule puissance de son regard. Lelouch décide de se servir de ce don providentiel pour venger la mort de sa mère et offrir à sa sœur le monde paisible dont elle a toujours rêvé, un programme qui implique par conséquent de renverser le pouvoir britannien détenu par son père. La tâche semble lourde et les motivations simples, mais Code Geass: Lelouch of the Rebellion plante un univers très cohérent qui laisse progressivement entrevoir toute sa complexité.

Car pour parvenir à ses fins, Lelouch va se muer en fin stratège sur les plans politique et militaire. Caché derrière un masque sous l’identité fictive de « Zero », il rallie à sa cause un groupe de résistants japonais qualifié de « terroriste » par le pouvoir en place, tout en manipulant ses adversaires au gré de coups d’éclats qui lui permettent de retourner peu à peu l’opinion en sa faveur. Son petit jeu est d’autant plus captivant qu’il doit perpétuellement tirer parti des divisions qui minent les différents camps tout en étant lui-même cerné de tous les côtés.

Au lycée, il doit cacher son identité à ses camarades de classe et parmi eux à Kallen Stadtfeld, une lycéenne qui dissimule de son coté ses activités de résistante au sein du groupe qu’il mène à la baguette. Lelouch se retrouve aussi amené à devenir en secret le pire ennemi de son ami d’enfance Suzaku Kururugi, un « Eleven » qui a rallié la cause britannienne dans l’espoir naïf de changer les choses de l’intérieur. Or s’il fait l’objet d’un certain mépris à l’Académie Ashford du fait de ses origines japonaises, Suzaku s’avère être un pilote d’exception qui, avec l’aide de l’armure mobile ultra sophistiquée Lancelot, sert avec talent la cause de l’Empire et complique de ce fait sensiblement les manigances de notre héros.

Dans le camp britannien, Lelouch est confronté à plusieurs membres de sa famille puisque le prince Clovis et les princesses Cornelia et Euphemia sont respectivement son demi-frère et ses deux demi-sœurs ; Cornelia en particulier lui donne beaucoup de fil à retordre, étant la plus redoutable des chefs de guerre britanniens. D’un côté, le camp impérial est régulièrement mis à mal par les nombreuses rivalités qui se jouent à haut niveau, une situation exacerbée par les actions imprévisibles de Zero. De l’autre, la résistance ne se limite pas au sympathique groupe dirigé par Lelouch, elle comprend aussi une faction nationaliste extrémiste prête à tout pour rétablir l’honneur du drapeau.

code_geass_03Cet enchevêtrement incessant d’intérêts divergents participe du plaisir que procure chaque épisode de Code Geass: Lelouch of the Rebellion. Gorô Taniguchi tire le meilleur parti de son idée et du scénario écrit par son collaborateur Ichirô Okôchi pour livrer une série à la fois maligne et foncièrement divertissante alliant tragédie, humour et scènes d’action impeccablement réalisées, et portée par un personnage de justicier des temps modernes aussi flamboyant qu’ambigu.

Jun Fukuyama (Gankutsuou – Le Comte de Monte-Cristo) a déjà récolté de nombreux prix de la part de la critique comme du public pour son interprétation inspirée de Lelouch, succédant à Mamoru Miyano, la voix de Light Yagami, dans le cœur des fans d’animation japonaise. Un plébiscite qui n’est en aucun cas dû au hasard et qui atteste, au-delà de la performance, de la volonté des spectateurs de se reconnaître dans des héros plus nuancés, plus réalistes sur le plan psychologique quand bien même le gris risquerait de foncer dangereusement.

A l’issue de ce premier coffret de neuf épisodes, Lelouch a déjà eu le temps de franchir une étape décisive qui donne le ton de son évolution future, tout en mettant un joyeux bazar dans les rangs ennemis. Peut-il vraiment changer la donne et rendre aux siens leur identité, sans se laisser happer par l’ivresse du pouvoir ? Suite au prochain coffret.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 23 octobre 2009

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