Badman de B.A.P : un clip-blockbuster sombre, violent et badass

0

En février dernier, le groupe B.A.P créait déjà la surprise avec le clip de One Shot, qui prenait la forme d’un music drama appliquant les codes visuels et narratifs des films de gangsters hollywoodiens, le tout entrecoupé de séquences de chorégraphies brutales et acrobatiques filmées dans des décors crépusculaires (ruines, prison…). Aussi impressionnant sur scène qu’en vidéo, le groupe mené par le charismatique Bang Yong Guk est peut-être le boys band le plus badass du moment et vient tout juste de dévoiler trois nouveaux clips chocs. Parmi ces derniers, nous avons été impressionnées par le tout récent Badman, tourné à Détroit et dévoilé le 6 août dernier, qui joue une fois de plus la carte de la violence urbaine pour nous plonger dans une ambiance réaliste aux relents apocalyptiques.

Découvrez sans plus attendre le clip de Badman de B.A.P. On met en plein écran et on monte le son pour un maximum d’effet :

bap_warrior_01Lancé il y a moins de deux ans par le label TS Entertainment, B.A.P. (« Best, Absolute, Perfect ») est composé de six membres âgés de 16 à 23 ans. Du plus âgé au plus jeune : Yong Guk, rappeur principal et leader du groupe (il participe également à l’écriture des chansons), HimChan (chant, rap), Dae Hyun (chant), Young Jae (chant), Jong Up (chant, danse) et Zelo (rap, chant, danse). Repérable par sa mascotte de lapin géant dont personne ne connaît l’exacte signification, mais aussi par le son de sifflet qui se fait entendre dans presque tous ses titres, le groupe B.A.P semble aussi mettre un certain zèle à se distinguer de tout ce qui pourrait l’associer de près ou de loin au concept de minets. A y regarder de plus près, c’est peut-être à nous d’en finir une fois pour toutes avec ce cliché sur les boys bands.

Rien que dans le clip de leur premier titre Warrior (janvier 2012), ils arborent des looks de voyous pour danser dans un décor de rue délabrée, cassant des vitres, jouant les durs et exécutant déjà, au sein d’une gestuelle agressive, leurs gimmick consistant à mimer l’acte de tirer avec une arme cependant que des sons de coups de feu ponctuent le morceau. Dans Power, on les retrouve dans des décors de science-fiction. Enfin, avec son intrigue de films de gangsters, One Shot les met en scène en tant que criminels braquant des convoyeurs de fonds pour sauver leur ami.

Zelo dans One Shot : un moment de chorégraphie hallucinant

Zelo dans One Shot, un numéro de danse hallucinant

Filmée et montée avec une incroyable efficacité et entrecoupée de séquences de chorégraphie brutale (il faut les voir exécuter la même chose sur scène tout en chantant !), l’histoire connaît deux fins différentes, l’une digne d’un film d’action avec son gunfight sanglant, l’autre plus « morale » mais qui faisait aussi office de twist final et ironique de scénario.

Sur le plan musical, B.A.P impose un son très reconnaissable, ne serait-ce que le rap brut voire bourrin de Yong Guk qui offre un contraste immédiat avec les timbres de voix des chanteurs. A leurs débuts en 2012, leur style mêlait le rap et le hip hop sur un fond musical très rock, mettant les guitares à l’honneur comme dans les titres Daebak Sageon et Goodbye. Sorti début 2013, le mini-album One Shot met en sourdine la guitare électrique pour un son plus pop, avec toujours une interprétation vocale très rap et R n’B. Avec des titres en mode mineur tels que One Shot et Coma, le groupe B.A.P révèle également son art de jouer sur un certain suspense musical. Les derniers titres en date amorcent cependant un virage dans leur style musical et montrent une volonté d’explorer d’autres gammes sonores. Si Coffee Shop se présente comme une ballade sur un fond de piano jazzy très élégant, conférant au groupe une image plus mûre, Hurricane et Badman s’imposent en revanche comme des morceaux électro-pop assez surprenants, osant des changements de rythme et des arrangements plutôt inhabituels dans la K-pop d’aujourd’hui. Ce nouveau son risque de valoir à B.A.P de nouveaux fans inconditionnels comme des détracteurs.

bap_badman_02Pour ce qui est des clips, on commence par Coffee Shop qui prend le spectateur en douceur avec des images voyant les garçons se balader respectivement dans New York City ou en Californie avant de se retrouver à la terrasse d’un café. Tranquille. Hurricane change radicalement de ton : presque entièrement nocturne, le clip est tourné dans les décors clinquants de Las Vegas et donne la part belle aux performances stylisées de break dance de Zelo et Jong Up. On pense cependant plus d’une fois au clip Tonight de BigBang pour les images dans le désert californien et les virées nocturnes en voiture. Le sentiment dégagé par le clip de Hurricane demeure cependant très différent : il faut dire que le titre joue sur l’alliance entre des sons électroniques aigus et des basses soutenues par des rythmes tribaux. Montée d’adrénaline garantie pour qui poussera le volume très haut en regardant le clip stimulant de Hurricane (voir ci-dessous).

Last but not least, Badman vient tout juste d’être dévoilé le 6 août dernier. Filmé à Detroit et fort d’une centaine de figurants, ce clip-blockbuster se compose de trois types de séquences : l’affrontement entre une unité anti-émeute et un groupe d’hommes en colère, les inserts de plans dévoilant des fragments de la vie de plusieurs émeutiers, et pour finir, des images du groupe B.A.P dansant de manière enragée dans des décors en ruines. L’esthétique des scènes d’émeute n’est pas sans évoquer le clip de No Church in the Wild de Kanye West et Jay-Z, même si le propos de la chanson Badman est plus ambigu puisque les paroles semblent prôner la révolte.

bap_badman_06Le choix du décor de Detroit, ville connue ses tensions sociales et raciales, suscite déjà une petite controverse chez les aficionados : certains reprochent au clip de véhiculer des stéréotypes raciaux à travers les personnages noirs-américains. Sachant que la vidéo met en scène une émeute populaire, on peut aussi imaginer que les Sud-Coréens s’identifieront davantage aux habitants qu’aux autorités. En effet, même si les contextes n’ont rien à voir, l’Histoire du pays a elle-même été marquée par un soulèvement populaire ayant tourné au bain de sang, et qui constitue un véritable traumatisme pour le pays – c’était en mai 1980 à Gwangju, et il aura fallu attendre près de 20 ans pour que les victimes soient réhabilitées (il y a quelques mois, le clip de A Sad Promise de SPEED revenait sur ce massacre). Le débat est ouvert. Pour ma part, je pense qu’il faut avant tout voir ces ruines et ces ruelles taguées comme un « décor de cinéma » qui se trouve correspondre à la ligne éditoriale de B.A.P, alors en visite aux États-Unis pour effectuer leur tournée et profiter de l’occasion pour réaliser les clips de Badman, Coffee Shop et Hurricane.

bap_badman_03Sur le plan formel, le clip de Badman impressionne par ses qualités visuelles et son montage chiadé, qui viennent habilement soutenir la puissance sonore de la chanson – l’osmose entre images et musique est tout simplement parfaite. Dans les séquences dansées, les membres du groupe B.A.P arborent des maquillages tribaux et évoluent dans des sites imprimant au clip une dimension nihiliste, qu’il s’agisse de la chapelle ornée de fresques en décomposition ou de la cage d’escaliers en ruines, dans laquelle les chanteurs jouent avec des lampes de poche propageant une lumière très vive cependant que le décor est plongé dans l’obscurité totale. On s’attendrait presque à voir surgir des tréfonds un ou deux zombies, surtout lorsque la voix de Yong Guk s’autotune pour prendre la tonalité de celle d’un monstre de film d’horreur.

Dotés d’une énergie sans limite et d’une inspiration incontestable, les B.A.P affichent pleinement leurs ambitions internationales. Leur mini-album Badman est d’ores et déjà disponible sur les plateformes légales avec sur la couverture, le lapin bleu si cher au groupe, et qui porte cette fois un masque à gaz !

Elodie Leroy

Retrouvez ci-dessous en bonus le clip ultra stimulant de Hurricane et celui, beaucoup plus calme, de Coffee Shop de B.A.P :

Share.