‘I’m Not Afraid’ : Holland, l’artiste gay qui bouscule les tabous en Corée

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Le nouveau titre de Holland, I’m Not Afraid, est disponible depuis le 5 juillet 2018 et son MV fait déjà du bruit ! Premier artiste K-pop à assumer ouvertement son homosexualité, Holland parle de ses préférences sexuelles à travers sa musique, bousculant les tabous dans un pays où le sujet est encore délicat. Avec le MV romantique de Neverland, celui de I’m Not Afraid joue la carte de la sensualité avec une scène de baiser entre hommes comme il est rare d’en voir à l’écran.

Un physique évanescent, un regard mélancolique et 22 printemps derrière lui. Holland a immédiatement annoncé la couleur : il est le premier artiste ouvertement gay de la scène pop coréenne. Son premier titre, une balade atmosphérique intitulée Neverland, parle d’un lieu où tout le monde peut vivre son amour sans discrimination.

Le MV de Neverland était intéressant en ce qu’il utilisait les codes romantiques des MV de K-pop – image épurée, plans soignés sur les visages, mises en scène idylliques – mais pour une romance entre deux jeunes hommes. Le pari était osé et l’initiative a été plutôt bien accueillie par les fans de K-pop, qui ne se sont pas spécialement offusqués de voir les deux jeunes protagonistes s’embrasser tendrement dans un lit.

Le nouveau titre de Holland, I’m Not Afraid, va plus loin. Sur une chanson électro-pop rythmée et aérienne, très agréable à l’écoute, le MV est tout aussi travaillé sur le plan visuel, mais adopte une esthétique moins colorée, plus réelle, tout en mettant en valeur les multiples visages filmés par la caméra. Ces visages sont ceux de jeunes garçons et de jeunes filles d’horizons variés sur le plan ethnique, puisque quelques Occidentaux se mêlent aux Coréens dans une fête à la mode rétro, qui s’achève en flirt généralisé.

Au milieu du clip entre en scène une jeune Coréen d’une vingtaine d’années, que Holland serre immédiatement dans ses bras. Un peu plus tard, les deux jeunes hommes s’embrassent sensuellement devant la caméra. Un échange de regard, des mains qui se joignent, et puis la caméra capture l’instant en très gros plan avant d’élargir le champ pour dévoiler la scène dans son contexte. Un baiser vrai de vrai, avec la langue, filmé pendant 18 secondes.

La sensualité du MV d’I’m Not Afraid vient s’ajouter au romantisme presque enfantin de celui de Neverland pour parler d’amour. Ce que j’aime bien, dans ces deux MV, c’est la simplicité avec laquelle Holland met en scène son homosexualité, sans verser dans la tragédie. Et pourtant, il y a beaucoup à dire sur les paroles, à commencer par la phrase « Je n’ai plus peur » (« I’m not afraid anymore ») chantée dans le refrain, mais aussi les pre-chorus, qui laissent deviner les larmes versées par le passé : « Des larmes que j’ai versées tous les jours / Des rêves que j’ai dessinés tous les jours / une corde qui était douloureusement emmêlée / Celui qui démêlera le nœud, c’est toi ».

I’m Not Afraid et son MV sont présentées par le chanteur comme autobiographiques et décriraient son état d’esprit au moment de son coming out.

Lors de sa publication sur YouTube, I’m Not Afraid a dans un premier temps été classé ‘R’, un traitement dont Holland s’est dit désolé sur Twitter. Le management de YouTube a répondu à l’artiste pour s’expliquer. Tout d’abord, il s’agissait d’une erreur qui a été corrigée – le clip n’est aujourd’hui plus classé ‘R’. Ensuite, le sujet qui a amené YouTube à examiner la vidéo est la longueur du plan sur le baiser et non son caractère homosexuel. YouTube a assuré ne pas discriminer les contenus LGBT et appliquer les mêmes critères aux baisers hétérosexuels.

Holland réussira-t-il à faire accepter son style en Corée du Sud ? Pour l’instant, l’artiste n’est pas invité dans les variety shows hebdomadaires de K-pop (Inkigayo, Music Bank, etc.) et ne semble pas très connu du grand public.

Le MV de I’m Not Afraid a tout de même attiré plus de 1,3 million d’internautes en deux jours, sachant que le MV de Neverland cumule 9 millions de vues, un score que la plupart des artistes français rêveraient d’atteindre. Belle performance pour un artiste coréen en marge du système des idoles de K-pop, c’est-à-dire ne bénéficiant pas de la puissance de frappe des gros labels en matière de marketing. On a donc bien envie d’y croire, d’autant que Holland semble bénéficier d’un certain soutien à l’international.

Après tout, avec ses artistes aux styles exubérants jouant volontiers sur l’ambigüité sexuelle, la K-pop est la plus digne héritière de la Britpop des années 80, dans ce qu’elle avait de plus pop, de plus audacieux et de plus gay.

Elodie Leroy

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