KCON Paris 2016: un concert dantesque et une convention à renouveler

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Jeudi 2 juin 2016 avait lieu la KCON, convention internationale autour de la culture pop coréenne organisée par CJ E&M, acteur majeur du secteur des médias et du divertissement en Corée du Sud. Organisé à l’AccorHôtels Arena (ex-Bercy), l’événement était de passage à Paris pour la première fois, après un beau parcours aux Etats-Unis, comme nous vous l’expliquions dans notre preview – rien qu’à Los Angeles, le nombre de visiteurs est passé de 10 000 à 58 000 entre 2013 et 2015. Cette année, il s’étend à la France, mais aussi au Japon et aux Emirats Arabes Unis, témoignant d’une volonté forte de la Corée du Sud d’étendre son soft power sur le marché mondial – une dimension largement confirmée par la venue de la Présidente Park Geun Hye au concert.

L’événement KCON est-il une réussite ? Bien sûr que oui. Malgré une convention mal calibrée, le 2 juin 2016 restera surtout une journée mémorable pour les fans de K-pop, qui ont pu profiter d’un concert dantesque grâce à un line-up exceptionnel, regroupant les noms de SHINee, FTISLAND, BTS, Block B, f(x) et IOI. En attendant notre reportage vidéo, qui paraîtra prochainement, retour sur une journée mémorable.

NDLR: cet article est une version longue de celui paru le 4 juin sur LePlus de L’Obs.

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(C) tous droits réservés à CJ E&M

Chantons de la K-pop sous la pluie

Mais revenons tout d’abord sur la convention elle-même. S’il n’est pas difficile d’évaluer le nombre de spectateurs du concert (environ 13 000), je me demande bien comment ont été décomptés les visiteurs de la convention elle-même. Il serait en effet judicieux de distinguer le nombre de personnes qui ont fait la queue dehors pendant des heures, sous la pluie et dans le froid, de celui des personnes parvenues à entrer dans le micro-espace qui leur était réservé.

Les organisateurs avaient manifestement sous-estimé l’attrait suscité par l’événement, notamment par la venue d’idoles pour des sessions questions/réponses. La plupart des fans n’ont même pas approché la porte, alors qu’ils attendaient pour certains depuis la veille (des tentes étaient installées dehors).

On peut saluer la patience de ces fans, qui évacuaient leur frustration en chantant en chœur des airs de K-pop sous la pluie. Pendant ce temps-là, les staffs des différentes fanbases, parmi lesquelles SHINee France qui nous a gentiment accordé une interview, s’étaient organisées pour venir avec un food truck afin de distribuer des encas aux fans, une solidarité qu’il est rare de découvrir de nos jours. Chapeau, les jeunes !

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L’attente interminable s’est donc déroulée dans le calme, excepté lorsque Taemin du groupe SHINee, justement, a été aperçu à l’entrée des artistes, déclenchant des hurlements dans la file d’attente voisine…

Des fan meetings en service réduit

Que ces fans déçus de ne pas avoir pu entrer se rassurent : la majeure partie des rencontres avec les artistes ne se sont pas produites, les groupes étant trop occupés à visiter Paris (et honnêtement, vu la vie qu’ils mènent, on ne va pas leur en vouloir). Seuls les groupes BTS et f(x) se sont montrés, ainsi que deux stars de dramas très glamour, l’actrice Han Ji Min (« Rooftop Prince ») et l’acteur Jin Goo (« Descendants of the Sun« ). Nous avons pris quelques images, que vous découvrirez dans notre vidéo prochainement.

Le show de la convention était présenté par le très sympathique Fabien Yoon, parisien de 27 ans expatrié en Corée pour y devenir une star de la télé. Très à l’aise dans l’exercice, Fabien Yoon a pour ainsi dire sauvé la mise face à des fans qui ont attendu debout des heures durant, se coltinant parfois des animations en décalage avec leurs préoccupations.

Si les défilés de hanbok (tenue traditionnelle coréenne) revisités se sont avérés très gracieux, la marque sponsor de la convention nous a infligé une présentation marketing interminable, qui aurait eu sa place dans un salon professionnel, mais pas à la KCON. Mais c’est surtout la signature d’accords business France/Corée qui est arrivée comme un cheveu sur la soupe, imposant soudainement à la convention un ton solennel, devant des fans médusés, trépignant d’impatience de rencontrer le girls band f(x).

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(C) tous droits réservés à CJ E&M

De la « K-food » distribuée gratuitement

Là où la Kcon a indéniablement su nous recevoir, c’est en flattant notre palais avec de la nourriture et des boissons absolument succulentes, servies par une équipe d’une grande gentillesse. Figurez-vous que c’était gratuit, ce qui est rarissime dans ce genre d’événement où la moindre canette de soda est habituellement vendue au prix fort.

Avec ses saveurs fortes et son esprit de partage, la cuisine coréenne a quelque chose de très chaleureux, un aspect que j’ai retrouvé à la Kcon, même si j’étais un peu désolée d’entendre parler de « K-food » comme si la cuisine coréenne se résumait à une simple marque.

En résumé, cette première convention Kcon s’est avérée pleine de bonnes intentions, mais mérite d’être repensée.

Les organisateurs ont certes fort bien compris que la hallyu embarquait avec elle non seulement les industries culturelles (dramas, musique, émissions, etc.), mais aussi d’autres aspects de la culture coréenne, telles que la cuisine, la langue et la mode. Toutefois ils ont oublié une chose essentielle : le divertissement. Mettre des stands de renseignement pour aller étudier en Corée, c’est très bien, à condition qu’ils viennent en complément de stands plus festifs. C’est terrible à dire, mais pour les espaces de danse où des jeunes s’essaient aux chorégraphies devant des écrans diffusant des clips, il faudra se rendre…. à la Japan Expo le mois prochain.

Puis-je suggérer aux organisateurs de prévoir plus grand pour la prochaine édition, et de lancer au préalable un sondage afin de mieux cerner les attentes des fans ?

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BTS à la KCON Paris – (C) tous droits réservés à CJ E&M

Le concert : performances de haut niveau et grand spectacle

Le véritable événement était bien entendu le concert de la soirée, qui s’est déroulé en présence de la Présidente Park Geun-Hye, témoignant de l’importance accordée à l’industrie culturelle dans le développement économique du pays. Si seulement cela pouvait donner l’envie au gouvernement français de lancer, enfin, ce que l’on appelle une politique culturelle…

On peut dire que les groupes invités ne se sont pas fichus de nous : ils nous ont offert trois heures de concert phénoménal, avec un sens du spectacle inouï et des performances de haut niveau, tant sur le plan vocal que sur celui de la danse. Le spectacle était animé par Leeteuk, du groupe Super Junior, dont les interventions étaient sous-titrées à l’écran.

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Block B à la KCON Paris – (C) tous droits réservés à CJ E&M

C’est le groupe masculin Block B, qui s’était produit au Bataclan en février 2015, qui a ouvert le bal en s’emparant de la scène avec son style énergique, plus brut que les autres groupes, le tout porté par le charisme de son leader, le rappeur Zico. Autant dire que le concert de cette première KCON parisienne a démarré sur les chapeaux de roues !

Mon intérêt est momentanément retombé avec le girls band IOI, seul élément contestable de ce programme. Le premier titre a fait son petit effet, mais la suite ressemblait à un spectacle pour enfants. En réalité, IOI n’est pas un vrai groupe de K-pop, mais une réunion de talents recrutés par une téléréalité, Produce 101. Ses membres seront dispatchées par la suite dans différentes maisons de disque.

Après la pause IOI, entrée en scène des acteurs Han Ji Min et Jin Goo, qui nous ont introduit avec grâce deux prestations en référence au cinéma français : le titre « Shape of My Heart » de Sting, entendu dans Léon, était chanté par Lee Hong Gi de FTISLAND, et « Reality » de Richard Sanderson, le titre mythique de La Boum, par Taemin de SHINee (habillé en romantique avec la French touch). J’ai beaucoup aimé cette partie tout en sobriété, qui tranchait avec les effets spectaculaires qui accompagnaient le reste du show.

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Amber du groupe f(X) à la KCON Paris – (C) tous droits réservés à CJ E&M

Les charismatiques f(x) ont relancé le grand spectacle avec « 4Walls », l’occasion de constater la réaction phénoménale que la rappeuse Amber, qui a chanté son titre solo « Shake that Brass », déclenche chez les jeunes filles. Je préfère de loin voir les jeunes Françaises admirer cette fille-là qu’une Nabilla ! Avec sa coupe garçonne, son visage androgyne et sa voix grave, Amber amène un vent de liberté dans une K-pop (et une pop internationale en général) où les femmes sont trop souvent enfermées dans des concepts sexy. Cela dit, sa collègue Luna, dont la prestation solo débordait de féminité, révélait une classe folle dans son duo avec Tae-il de Block B. Je n’avais pas réalisé à quel point ce dernier avait une voix exceptionnelle !

Ultra populaire chez les jeunes, le boys band BTS a littéralement électrisé la salle avec le titre « Fire », un grand moment soutenu par une mise en scène flamboyante. Les garçons de BTS incarnent ce mélange de coolitude et d’affirmation de soi que rêvent de posséder les jeunes garçons en plein passage entre l’adolescence et l’âge adulte. Les chorégraphies étaient impeccablement menées, entrecoupées de moments plus décontractés où ils ont investi l’espace scénique – il faut dire qu’ils sont sept !

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BTS à la KCON Paris – (C) tous droits réservés à CJ E&M

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Lee Hong Gi de FTISLAND à la KCON Paris – (C) tous droits réservés à CJ E&M

La suite a basculé dans une ambiance rock avec FTISLAND. Les guitares électriques et la batterie ont succédé aux chorégraphies, pour une succession de titres galvanisants (en particulier « Pray ») laissant la voix puissante de Lee Hong Gi déployer un registre vocal différent des chanteurs de boys band. Il semble également que son récent passage par le Japon, l’un des pays où la mouvance rock demeure la plus vibrante, lui ait permis d’affirmer son style et de gagner en maturité. J’adore.

Le show s’est achevé avec le groupe que j’attendais le plus, SHINee, la carte maîtresse de ce concert. Ils n’étaient que quatre sur cinq (Jonghyun est occupé à la promotion de son album solo), mais ont assuré une prestation à la hauteur de leur réputation. En plus de posséder des vocalistes exceptionnels (le leader Onew a une voix magnifique), le groupe se distingue par des chorégraphies parmi les plus sophistiquées de la K-pop (il faut regarder leurs dance practices !). Certaines racontent des histoires, comme celle de « Sherlock », d’autres sont réputées impossibles à reproduire, comme celle de « Lucifer ». La maîtrise ahurissante de ce groupe, qui chante toujours en live avec une justesse exceptionnelle, quelle que soit la difficulté des chorégraphies, reste difficile à égaler, même en Corée.

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SHINee à la KCON Paris – (C) tous droits réservés à CJ E&M

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SHINee à la KCON Paris – (C) tous droits réservés à CJ E&M

Une expérience collective

Devant l’énergie très solaire de SHINee, les Shawols étaient en délire. Les « Shawols », quèsaco ? C’est le nom que se donnent les fans de SHINee à travers le monde. Les fans de BTS se nomment les « A.R.M.Y ».

Le monde des fans de K-pop est très communautaire : les fan-club défendent leur groupe comme des supporters défendraient leur équipe de sport, scandant ses « fan chants » pendant les prestations (il existe des tutoriaux sur Internet), brandissant bannières et drapeaux, agitant des light sticks d’une couleur bien identifiable. Pendant le concert, le public s’est illuminé d’un festival de couleurs qui faisait véritablement partie du spectacle, les goodies phosphorescents venant s’ajouter aux portables filmant chaque minute du concert – les fancams inondent déjà la toile.

C’est ce côté collectif et interactif de la K-pop, entre les contacts avec les artistes et l’implication active des fans, qu’il faut absolument vivre pour comprendre le succès de cette musique. Malgré les maladresses de la convention qui a précédé, la Kcon nous a quand même offert cette expérience à Paris, et rien que pour cette raison, j’espère bien qu’elle sera de retour l’année prochaine.

Elodie Leroy