Critique : Invincible, téléfilm de Jefery Levy

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Présenté comme le fruit d’une collaboration originale et prometteuse entre Mel Gibson et Jet Li, devenus très amis depuis le tournage de L’Arme Fatale 4, Invincible tentait en 2001 de s’imposer comme le pilote d’une toute nouvelle série destinée aux adolescents – aux garçons pour être plus précis – adeptes de kung fu à la sauce Matrix et de musique alternative. Comme chacun le sait aujourd’hui, cette série n’a jamais vu le jour. Et pour cause. Le désastre est tel que lorsque les noms des sociétés de production respectives des deux acteurs/producteurs, Icon Productions et Qian Yang International, réapparaissent timidement à l’issue du générique de fin, la tentation est forte de croire à une énorme blague.

La vérité, c’est que Mel Gibson n’a toujours été qu’un nom dans l’aventure Invincible. L’idée de départ émane de Jet Li et reposait à l’origine sur un concept de site internet à vocation bienfaitrice. Du fait d’un emploi du temps chargé, l’acteur n’a cependant pas été en mesure de s’impliquer autant qu’il l’aurait souhaité dans l’élaboration du synopsis de ce pilote, qui a finalement atterri en d’autres mains moins scrupuleuses. Le résultat de tout cela, c’est Invincible, une longue heure et demie de palabres pompeux reposant sur un pitch honteux à peine digne d’un épisode des Power Rangers.

La Terre est menacée par de puissants extra-terrestres appelés les Hommes de l’Ombre. Ancien membre de cette communauté, Os s’est converti au Bien depuis sa rencontre avec la Guerrière Blanche. Il lutte désormais pour enrayer les plans de ses anciens alliés et s’entoure pour cela de quatre humains prédestinés à sauver le monde, qu’il entraîne à devenir des guerriers accomplis après leur avoir révélé leur vraie nature : Ray Jackson est le Feu, Keith Grady est le Métal, Michael Fu est l’Eau et Serena Blue est l’Air. Ensemble, les cinq vaillants combattants vont s’employer à débarrasser la planète de ceux qui ont juré sa perte…

invincible_04Billy Zane est Os, le guide spirituel revenu de tout qui mènera nos héros à la victoire face à l’infâme Slate (David Field), chef des Hommes de l’Ombre. Armé de pouvoirs surhumains et, plus encore, d’une philosophie imparable qui n’a rien à envier à celle du gourou Jim Cunningham immortalisé par Patrick Swayze dans Donnie Darko, Os a fort à faire pour convaincre ses nouvelles recrues qu’il faut « lutter avec l’amour ». L’amour, assimilé à une « arme » (cherchez l’erreur), Os en a plein la bouche et nous le régurgite à toutes les sauces ; il convient d’avoir l’estomac bien accroché.

Dans ce rôle que l’on est libre de trouver hilarant comme parfaitement insupportable, Billy Zane navigue entre fausse décontraction (« au fait, est-ce que je vous ai dit que chacun d’entre vous représentait un des quatre éléments de l’univers? Non ? Maintenant vous le savez ») et face d’illuminé complet, généralement vêtu d’un kimono très fashion qu’il ne quitte que pour enfiler l’inévitable imperméable de cuir lorsque vient l’heure de combattre les forces du mal. En face, ses disciples Dominic Purcell, Byron Mann, Stacy Oversier et Tory Kittles gardent vaillamment leur sérieux et ce même lorsque, juché sur un vélo, Billy Zane leur débite les pires niaiseries tout en dessinant des huit dans l’eau qui recouvre le sol du pseudo-temple qui leur sert de refuge. Une scène culte qui ne manquera pas de déclencher quelques francs fous rires chez ceux qui auront eu le courage d’aller jusque là.

invincible_03En dépit de sa crétinerie inimaginable, Invincible bénéficie d’un certain soin visuel, d’un casting correct à quelques exceptions près – le nullissime David Field – et surtout du talent de Ching Siu Tung pour les scènes de combat. Billy Zane et ses ridicules moulinets au sabre mis à part, les comédiens s’en sortent plutôt bien dans l’action, Dominic Purcell et Stacy Oversier en tête – toutes proportions gardées bien sûr. Les affrontements sont lisibles et aériens et l’on retiendra tout particulièrement la belle rencontre entre les Bons et les Méchants sur la grande place dans les vingt dernières minutes du téléfilm. Mais soyons clairs, ces courts moments joliment filmés et chorégraphiés sont à peu près tout ce qu’il y a à sauver dans l’infâme ratage qu’est Invincible. Vous êtes prévenus…

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 1er octobre 2006

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