Critique: ‘The Maze Runner (Le Labyrinthe)’ de Wes Ball

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Thomas, un adolescent de seize ans, reprend connaissance dans un endroit inconnu. Il se retrouve dans un espace vert, entouré de garçons de sa tranche d’âge, dont certains vivent sur les lieux depuis des années. Autour d’eux, un gigantesque labyrinthe dont personne n’est jamais parvenu à s’échapper. Thomas trouvera-t-il le chemin de la sortie ? Et surtout, découvrira-t-il le sens de cette étrange épreuve ?

C’est un peu par hasard que je me suis retrouvée, lors de mes dernières vacances à Séoul, dans une salle du quartier de Myeong-Dong à assister à une projection du film américain Le Labyrinthe, ou plutôt The Maze Runner. Pour résumer, j’ai pris ce qu’il y avait ce jour-là, à cette heure-là, étant donné que le film que je prévoyais de voir, un film d’horreur coréen, n’était projeté qu’en séance de minuit. La surprise fut plutôt bonne. Je m’attendais à une sorte de slasher SF pour gamins déguisé en avatar de Hunger Games. Or Le Labyrinthe est loin de se résumer à cela et se révèle être un divertissement honnête car centré sur ses personnages, bénéficiant d’une réalisation certes sans génie mais sans bavure, et pouvant se targuer – ô surprise – d’une interprétation honorable. De nos jours, ça fait beaucoup de qualités pour un film d’action américain.

maze-runner-03Précisons toutefois que pour la touche Hunger Games, je ne m’étais pas trompée ! Le film Le Labyrinthe, que j’appellerai The Maze Runner, n’aurait jamais vu le jour sans le succès de Hunger Games, qui lui-même n’aurait jamais vu le jour sans celui de Twilight, qui lui-même n’aurait jamais vu le jour sans celui de Harry Potter. Chose intéressante, au générique de The Maze Runner, on relève la société Temple Hill Production, célèbre pour avoir produit la saga Twilight… Bien entendu, ces sagas filmiques n’auraient jamais vu le jour sans les œuvres littéraires dont elles sont inspirées, les livres de J.K. Rowling et de Stephenie Meyer ayant fait de la littérature fantastique pour adolescents un marché juteux. Issus d’un cycle littéraire intitulé L’Epreuve, le livre The Maze Runner et ses suites font partie intégrante de ce mouvement : l’auteur des romans, James Dashner, la quarantaine, est un geek américain qui s’est fait connaître avec des fan fictions du Seigneur des Anneaux et qui, après avoir mené une carrière dans la finance, a décidé de revenir vers l’écriture pour lancer sa propre saga, The Maze Runner Trilogy. De quoi faire rêver tous les auteurs en herbe qui ont dû se résoudre à faire un boulot « normal » dans une entreprise « normale », au lieu de suivre leur passion. Si en plus c’est un fan du Seigneur des Anneaux, il ne peut m’être que sympathique !

maze-runner-05Revenons à The Maze Runner. Il s’agit donc effectivement d’un film de science-fiction ciblant les ados et jeunes adultes et adoptant les standards esthétiques de Hunger Games, à savoir un style visuel propre et tout en sobriété, auquel on pourra d’ailleurs reprocher de manquer de ce grain de fantaisie que l’on aurait trouvé dans une production japonaise. La principale différence avec Hunger Games est que The Maze Runner est un film avec des garçons et uniquement des garçons (ou presque). Si l’idée d’un monde essentiellement masculin a le don de m’énerver dans pas mal de films actuels, elle s’avère plutôt intéressante dans The Maze Runner, comme nous allons le voir.

S’il faut reconnaitre immédiatement une qualité au film, c’est celle d’entretenir un certain mystère en prenant la forme d’un huis-clos. L’ouverture fait dans l’efficacité judicieuse : un adolescent paniqué reprend connaissance dans un monte-charge plongé dans l’obscurité. Lorsque la lumière du jour s’invite brutalement dans ce petit espace, le garçon se retrouve à découvert, au milieu d’une bande d’autres garçons dans sa tranche d’âge. Amnésique, il arrive dans ce qui ressemble à une clairière cerclée d’arbres et située au milieu d’un labyrinthe dont on sait peu de choses, si ce n’est que sa configuration se modifie chaque jour, que ses portes se referment chaque soir et qu’il est habité par quelque chose de monstrueux (on entend régulièrement des bruits bizarres et des hurlements bestiaux… ambiance). Mais dans l’immédiat, la menace semble plutôt venir de l’intérieur, à savoir des garçons qui ont un peu de mal à accueillir le petit nouveau. Parmi les nouveaux compagnons du héros, certains voient en lui un élément perturbateur, d’autres l’outsider qui aidera le groupe à se remettre en question.

maze-runner-01Bien entendu, notre héros, dont on apprend bientôt qu’il s’appelle Thomas, va devoir s’intégrer et se faire respecter au sein de cette microsociété qui doit sa survie à l’entraide, à une organisation rationnelle des tâches et à des règles strictes. Parmi ces règles, il en est une essentielle : personne n’a le droit d’aller dans le labyrinthe. Personne, à part une élite formée par les plus forts et les plus rapides, les maze runners (en français, cela donne les « coureurs », une traduction un peu malheureuse, si vous voulez mon avis !), qui s’y rendent quelques heures chaque jour en quête d’une sortie. Même parmi les maze runners, personne n’a jamais réussi à survivre une nuit dans le labyrinthe, apprend Thomas, ce qui ne manque pas de faire naître en lui une crainte tenace mêlée de curiosité. Vous l’aurez compris, notre héros ne rêvera dès lors que d’une chose : faire partie des « maze runners », voire être l’élu qui guidera les autres vers la sortie. Mais Thomas n’est pas le dernier arrivant. Le monte-charge envoie bientôt un nouvel élément : une fille ! Telle une schtroumpfette au milieu des schtroumpfs, fera-t-elle l’effet d’une allumette sur le fil électrique d’un détonateur en redéfinissant les relations au sein du groupe ?

Premier constat : on aime bien les références littéraires de The Maze Runner. Il en est une qui explique en grande partie le choix d’une microsociété masculine organisant sa survie : Sa Majesté des Mouches, le chef d’œuvre de William Golding porté à l’écran en 1963 par Peter Brook, dans lequel des garçons se retrouvaient coincés sur une île déserte et hostile. Autour de Thomas, les caractères des personnages secondaires se dessinent peu à peu, aussi bien à travers les tâches du quotidien que dans les épreuves, notamment lorsque les conflits éclatent ou quand de nouveaux dangers font surface. Les inspirations du côté de Sa Majesté des Mouches se confirment : il y a le leader au charisme naturel, le psychorigide obsédé par le règlement, le faible un peu philosophe, celui qui doute de lui-même et s’en prend aux autres, etc. Le fait qu’il ne s’agisse que de garçons, du moins jusqu’à l’arrivée de la fille, permet d’installer une dynamique proche de celle d’une meute, avec la présence d’un mâle dominant susceptible d’être remis en cause. Bien sûr, The Maze Runner n’atteint pas le niveau de complexité et de cruauté de Sa Majesté des Mouches, mais les relations au sein du groupe s’avèrent suffisamment bien écrites pour nous tenir en haleine. Si l’on ajoute à cela la menace imposante et omniprésente du labyrinthe, dont on se demande s’il ne va pas un jour cracher ses monstrueux secrets, on obtient une atmosphère tendue dont émane un suspense efficace.

maze-runner-04Second constat : The Maze Runner a pour qualité de choisir un point de vue, celui de Thomas, et de s’y tenir jusqu’au bout. La cote de sympathie de Thomas doit beaucoup à l’interprétation de Dylan O’Brien, jeune acteur américain au visage hispanique qui a pour lui d’être très expressif, un atout qui fait justement défaut aux jeunes talents d’outre-Atlantique d’aujourd’hui (il faut dire que la plupart sont botoxés dès le plus jeune âge). L’occasion d’en venir à notre troisième constat : le casting n’a pas été fait au hasard et le réalisateur assure un bon travail de direction d’acteurs. On regrette juste que l’unique personnage féminin soit finalement le plus négligé de tous : maillon faible du casting, l’actrice Kaya Scodelario n’aide pas à apporter un tant soit peu de saveur au personnage de Teresa. En revanche, du côté des garçons, Will Poulter (vu dans la saga Narnia) s’en sort plutôt bien en psychorigide dangereux et Lee Ki Hong fait un actionner plutôt cool et sympathique en Minho. Mais c’est surtout le jeune Blake Cooper qui tire son épingle du jeu dans le rôle de Chuck, personnage le plus attachant du film, grâce à un mélange de nonchalance et d’honnêteté fataliste.

The Maze Runner ne doit pas tout aux classiques de la littérature : l’idée du huis clos avec des pièges tout autour s’inspire également d’un petit bijou de la science-fiction allégorique, l’indémodable Cube de Vincenzo Natali, dans lequel des hommes et des femmes se réveillent amnésiques dans un gigantesque cube formé de plusieurs petits cubes, dont certains sont piégés. Tout comme le cube symbolisait le monde moderne et ses dérives (compétition, rivalités, hypocrisie…), le labyrinthe de The Maze Runner peut être vu comme une allégorie du monde des adultes, cet inconnu qui effraie par son immensité et recèle tout un tas de pièges, cet univers secret dont il faut décrypter les codes pour y survivre. Au contraire, l’espace vert et fertile du centre, où sont piégés les personnages, représente le monde de l’enfance, sécurisant, fertile mais limité. Rester au centre représente le choix de la sécurité mais aussi le refus de passer à l’âge adulte.

maze-runner-02Ce n’est pas spoiler que de révéler que Thomas finira par se rendre dans le labyrinthe – on s’en doute depuis le début – et là encore, le film atteint son but. Si l’on eut aimé davantage d’étrangeté associée à ce lieu vertigineux qui cristallise toutes les peurs et tous les fantasmes dans la première partie du film, le labyrinthe ne déçoit pas sur le plan du traitement visuel et sonore, tandis que la narration continue de s’appuyer sur le point de vue de Thomas pour en dévoiler peu à peu les secrets. Certes, il manque une mise en scène plus inspirée, qui délaisserait un peu la recherche de l’efficacité pure pour cultiver une atmosphère plus pesante. Il manque un David Yates (Harry Potter 5 à 8) aux commandes de The Maze Runner. Malgré tout, le film tient la distance jusqu’à son dénouement, qui apporte juste ce qu’il faut de révélations pour répondre aux questions du spectateur tout en lui donnant envie d’en savoir plus et d’aller voir les opus suivants (ou mieux, de lire les livres).

Je suis sortie de la projection plutôt contente, avec le sentiment d’avoir vu un divertissement de qualité, ambitieux sans être gonflé de prétention, et dont je retiens même quelques visages attachants. Bien sûr, j’entends les reproches émis par les fans du roman, qui se plaignent des ellipses, oublis et simplifications de toutes sortes apportées au scénario. Mais en tant que divertissement cinématographique, The Maze Runner tient la route et apporte un coup de frais au genre. Du haut de ses 34 millions de dollars de budget, le film a pour mérite de s’intéresser beaucoup plus à ses personnages et de brosser un univers cent fois plus riche en promesses et mille fois moins mégalo que n’importe quel Avengers et autres Planète des Singes 2 à 200 millions de dollars, que Hollywood nous vomit depuis quelques années. Et même si je n’ai pas lu les romans, je suis prête à parier que cette adaptation est beaucoup plus fidèle à l’esprit des livres que celle de The Hobbit !

En conclusion, si vous cherchez le chef d’œuvre du siècle qui révolutionnera la science-fiction, passez votre chemin. Mais si un jour vous avez envie d’un divertissement sympa, sans prétention et bien emballé, The Maze Runner est ce qu’il vous faut. A quand une œuvre française du genre portée à l’écran ? (pourquoi pas Les Eveilleurs, qui possède un bon potentiel cinématographique?).

maze-runner-07Petit aparté sur ma projection coréenne : le nom coréen  Minho, bien que relativement courant, n’a pas manqué de provoquer quelques remous dans le public de la salle où je me trouvais : ce nom a-t-il été choisi opportunément à cause du succès mondial de Lee Min Ho, devenu la star emblématique de la Hallyu ? Pas sûr que James Dashner en ait entendu parler en 2009. Mais cela n’en fut pas moins, d’après les bribes de phrases que j’ai saisies, la supposition de mes trois voisines coréennes, hilares à la fin du film. En tout cas, l’acteur n’a pas fait exprès d’avoir un nom, Lee Ki Hong, qui se trouve être l’anagramme de celui d’une star de la K-pop, Lee Hong Ki (du groupe FTIsland) ! Il fallait que je le dise.

Elodie Leroy

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