‘The Unit’ (KBS) : premières impressions sur le télécrochet avec Rain, HyunA et Taemin

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Le 28 octobre 2017 était diffusé le tout premier épisode de The Unit, émission coréenne dans laquelle des idols en situation d’échec et des talents en devenir s’affrontent devant un public et un jury. Ce dernier est composé de célébrités de la scène musicale, parmi lesquelles Rain, HyunA et Taemin. Autant dire que c’est du sérieux. Nous avons regardé l’épisode 1 et il y a déjà beaucoup à dire sur ce survival musical made in Korea.

Le télécrochet, un genre épuisé ?

Si la présence de certains membres du jury constituait une motivation suffisante pour me faire regarder The Unit (au hasard, Taemin et Rain…), je ne pensais pas trouver quelque chose de nouveau dans ce énième télécrochet. Oui, ce style d’émissions où de jeunes talents s’affrontent en chantant devant des juges et où des candidats « quittent l’aventure » chaque semaine, selon l’expression consacrée à la télé française. C’était sans compter sur la capacité de la télé coréenne – ici la chaîne publique KBS – à nous surprendre.

Le public coréen est familier du genre. Il s’est lui aussi farci plusieurs saisons de The Voice, rebaptisé The Voice Of Korea (Mnet), et de Kpop Star (SBS), un programme proche de La Nouvelle Star. La télé coréenne possède aussi ses programmes faits maison, en particulier la chaîne Mnet, qui s’est parfois illustrée avec des idées originales, notamment Show Me The Money, qui vise à recruter des rappeurs, et sa version féminine Unpretty Rapstar. L’un des programmes les plus connus est Produce 101, qui s’attarde sur le processus de fabrication d’un groupe, du recrutement au lancement, en passant par la création du concept. Le girl band I.O.I et le boys band Wanna One sont issus de ce programme.

Sur le plan du concept, The Unit (ou The Uni+) se définit comme un survival musical proche de Produce 101, l’objectif étant également de former des groupes. Pourtant, le ton n’a rien à voir avec ce que j’ai pu voir auparavant.

Le principe de The Unit, c’est quoi ?

La surprise vient des candidats : la plupart d’entre eux sont des idols en situation d’échec ! Un postulat qui m’a laissée perplexe au début, d’autant que ces idols en détresse sont mélangés avec des trainees. En tout cas, le postulat force la curiosité. Que veulent-ils nous dire sur le monde des idoles ?

Le principe de The Unit est simple : en solo ou en groupe, les talents effectuent une petite performance chantée et/ou dansée. Pendant la prestation, le public présent dans la salle a la possibilité de voter pour soutenir les candidats. Selon le nombre de votes, ces derniers obtiennent un certain nombre de « boots » allant de 0 à 6. Obtenir 6 boots revient à gagner un « superboot » et à se qualifier d’office, sans que le jury ait son mot à dire. Dans le cas contraire, c’est-à-dire la plupart du temps, le candidat doit obtenir au moins un boot de la part du jury pour rester dans la compétition.

Qui sont les juges de The Unit ? L’émission ne comptant pas de maître de cérémonie, ce rôle est assuré par l’un des juges, Rain, qui s’avère être l’homme de la situation pour animer le show et s’adresser aux candidats. Rain est accompagné du chanteur/danseur Taemin (SHINee), de la chanteuse/danseuse HyunA (ex-4Minute), du rappeur San E, de la chanteuse Jo Hyun Ah (Urban Zakapa) et du chanteur Hwang Chi Yeol.

Lorsque la preview a été diffusée, KBS a annoncé que 90 agences coréennes présentaient un candidat ou un groupe de candidats. Au total, environ 100 hommes et 100 femmes se sont inscrits. A l’issue du premier round, 126 talents, 63 hommes et 63 femmes, seront sélectionnés pour former 14 groupes de 9 personnes qui devront s’entraîner et réaliser des performances. L’objectif final est de former un groupe de garçons et un groupe de filles.

La révélation du show dès l’épisode 1 ?

Anciennes idoles ou jeune talent en herbe, les candidats sont mélangés. Revenons d’abord sur les trainees, dont la présence permet de découvrir des visages neufs.

Une révélation s’impose dès l’épisode 1 : Lee Joo Hyun, jeune fille de 13 ans, trainee depuis 3 ans chez Cube Entertainment. Mouvements précis, regard intense, sens du rythme aiguisé… La première prestation de Lee Joo Hyun recueille un regard stupéfait de Rain, un sourire d’admiration de HyunA et des cris enthousiastes de Hwang Chi Yeol. Taemin, qui jubile littéralement de la voir sur scène, se revoit certainement au même âge, lui qui était également très précoce lorsqu’il a été recruté à 12 ans par SM Entertainment. Rien que pour cette découverte, l’émission valait le coup d’être produite.

Quelques candidats laissent un peu perplexe, comme Lee Jun Ha, un jeune homme un peu benêt dont les compétences de chanteur et de danseur sont on ne peut plus contestables, mais qui parvient à emballer le public, en plus de faire rire le jury. Rain se fend même de descendre sur la scène pour lui donner un rapide cours de danse, sans réel résultat. Selon moi, le garçon possède bel et bien un talent, celui d’entertainer avec un côté clownesque, et ce n’est pas donné à tout le monde. Je suis contente qu’ils l’aient gardé.

L’échec, l’autre facette de la K-pop

Les trainees ne représentent qu’une minorité parmi les candidats. The Unit nous présente surtout des idols en situation d’échec qui espèrent trouver à travers l’émission une seconde chance – un « reboot », d’où le nom de « boot » donné aux votes.

De U-Kiss à T-ara, en passant par Dal Shabet, BIGSTAR, LABOUM et DIA, la plupart des noms nous sont familiers. Nous les avons vus défiler dans les news K-pop, quand nous n’avons pas écouté quelques-uns de leurs titres ou de leurs albums. Certains groupes arrivent au complet, d’autres ne sont représentés que par un ou deux membres. On trouve aussi, parmi les candidats, des personnes qui ont démissionné ou ont été virés de leur groupe. Autant vous prévenir tout de suite, les histoires sont parfois douloureuses.

La plus triste est celle d’Areum, ancienne membre de T-ara, un girl group qui a marqué la K-pop. Je me rappelle avoir suivi avec consternation, il y a quelques années, le scandale T-ara et sa cruelle affaire de discorde, qui avait débouché sur le lynchage médiatique du groupe. Sans dénigrer ses anciennes collègues, Areum nous apprend qu’elle a aussi été victime d’une rumeur malveillante de troubles mentaux à cause d’une photo prise pour Halloween, avant de développer réellement une phobie sociale. Au moment de passer devant le jury, Areum a les mains et les jambes qui tremblent. Sa prestation est un peu courte, mais elle touche visiblement le cœur de HyunA et de Hwang Chi Yeol, qui lui accordent un boot.

Une autre histoire touchante est celle de Jiwon (SPICA), qui force l’admiration : après avoir connu la célébrité et les paillettes et avoir tout perdu, elle ne s’est pas laissée démonter et a pris un travail dans un supermarché afin de ne pas vivre aux crochets des autres. Lorsqu’elle se présente dans The Unit, sa voix est juste, sa démarche assurée et sa capacité à embarquer le public incontestable.

Certains candidats ne verbalisent pas leurs angoisses, mais elles apparaissent de manière criante à l’écran. C’est le cas d’Im Jun Hyuk, ancien membre de Day6, dont le visage se met à ruisseler de sueur dès sa première note au piano. Par ailleurs, j’ai été un peu surprise de trouver Feeldog parmi les candidats, lui qui avait brillé l’année dernière dans l’émission de danse Hit The Stage. Son groupe BIGSTAR est visiblement sur le déclin.

L’émission est également ponctuée de quelques prestations extraterrestres, comme celle des deux membres de A.C.E, qui après un premier essai médiocre concluent leur passage par une cover plutôt sympathique de Gashina !

Les juges face à l’échec des autres

Ce qui rend The Unit intéressant est aussi le regard porté sur l’industrie de la musique. Nous le savons déjà : la K-pop est une véritable usine à talents, mais le revers de la médaille et qu’une sorte de sélection naturelle s’opère en permanence. Et elle ne fait pas de quartier. Certains idoles se trouvent ainsi sur le carreau à cause d’un scandale, d’une mauvaise association de talents ou d’un manque de chance.

Quelle est la réaction du jury face à ces histoires d’échec ? Je dois dire que j’ai été surprise par Rain qui révèle un côté psychologue inattendu face aux candidats, lui qui refusait jusqu’à présent de participer à ce style d’émission afin de ne pas se poser en juge. Je l’avais déjà vu dans des variety shows, révélant une facette endurcie face à Kang Ho Dong dans The Guru Show et montrant son côté compétiteur dans Running Man. Rain s’est beaucoup détendu et a gagné en chaleur humaine. Le tout premier groupe, un girls band de 9 filles dont la performance n’est pas époustouflante, est intégralement sélectionné à l’exception d’une jeune fille. Le choc de cette dernière est dur à encaisser, mais Rain parvient à lui tenir un discours chaleureux et encourageant, rappelant qu’il a lui aussi connu des situations de ce type avant de monter jusqu’au sommet. Avant de devenir une top star Rain a en effet fait partie d’un boy group, Fanclub, qui a dû se séparer faute de succès.

Les deux femmes du groupe se montrent très réceptives aux histoires personnelles des candidats, en particulier HyunA, qui a pourtant dû se sentir en concurrence avec plusieurs d’entre eux par le passé. On la sent touchée d’apprendre ce que certaines et certains sont devenus.

Qu’en est-il de Taemin ? Cadet du groupe, il se montre parfois un peu réservé et accorde rarement ses boots, mais affiche une certaine bienveillance et justifie toujours de manière argumentée ses prises de position. La caméra le surprend tout de même plus d’une fois craquer devant des jeunes filles ! En entendant les histoires des idols en échec, Taemin se montre assez réservé, mais le teasing de l’épisode suivant révèle un craquage émotionnel. Quel a été l’élément déclencheur ? Réponse dans l’épisode 2.

L’Entertainment coréen continue de s’auto-analyser

The Unit témoigne une fois encore de la capacité de la télé coréenne à apporter quelque chose de nouveau à des concepts usés jusqu’à la moelle. The Unit n’est pas révolutionnaire, mais son approche du business de la musique est intéressante en ce qu’elle est radicalement différente de celle des chaînes occidentales, et ce, pour trois raisons.

La première tient à l’affichage clair des critères de sélection à travers les commentaires des juges : en plus des compétences artistiques, l’apparence physique et le contact avec le public entrent en jeu. Cette transparence est un aspect que j’apprécie vraiment dans les variety shows coréens. Alors que les juges français de The Voice se réfèrent uniquement, et de façon malhonnête, à l’art et balancent « Tu es un grand artiste ! » à tout va alors qu’il est évident que les filles ont été présélectionnées sur le physique, les juges de The Unit ne nous cachent que le talent artistique n’est qu’une composante parmi d’autres dans la capacité d’une personne à devenir une popstar. Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose : nous, spectateurs, avons besoin de glamour pour rêver.

La seconde réside dans le regard porté sur le vécu des idoles. Pour la première fois dans un télécrochet, j’ai trouvé les reportages précédant les performances des candidats intéressants ! Alors que les émissions occidentales promettent monts et merveilles aux gagnants, The Unit rappelle que le démarrage d’une carrière artistique constitue une véritable prise de risques et que beaucoup se perdent en route. Bien sûr, on ne peut pas tout dire dans une émission de divertissement : pas question d’évoquer les affaires les plus glauques qui entachent le métier (celles qui conduisent certains PDG de petits labels en prison et qui trouvent un certain écho avec les scandales qui secouent Hollywood en ce moment). Mais il faut oser parler de phobie sociale et aborder la question effrayante du cyberharcèlement dans un télécrochet.

La troisième raison est qu’il est passionnant de voir l’Entertainment coréen faire son auto-analyse au fil des différents styles de programmes. Non contente de dévoiler le travail des techniciens dans ses téléréalités, ou de montrer, à travers ses dramas, l’envers du décor de la production des variety shows (Producers) ou des séries (King of Dramas, Temperature of Love), la télé coréenne ausculte le monde de la pop avec ses télécrochets ! L’émission Produce 101 de Mnet allait déjà dans cette logique. En inversant le miroir pour regarder dans le passé et parler frontalement d’échec, The Unit apporte une nouvelle pierre intéressante à l’édifice. Le programme devrait être montré à toute personne aspirant à une carrière artistique.

Qu’elles soient dramatiques ou tristement banales, les histoires d’échec pourraient devenir plombantes. C’est là que la présence des trainees, qui sont encore pleins de rêves dans la tête, intervient pour rafraîchir l’ambiance. En outre, l’émission reposant sur le principe de la seconde chance, elle rappelle que l’échec fait partie de la vie et peut même s’avérer salutaire dès lors qu’il apporte un nouveau souffle à un parcours. Dans un pays où l’échec scolaire est très mal vécu, l’émission devrait trouver une résonance auprès de la jeunesse.

Bon démarrage pour The Unit

L’espoir d’une seconde chance, d’un reboot, est la promesse de l’émission The Unit. Espérons que l’idée ne se perdra pas en route.

Pour être honnête, je ne sais pas si les groupes qui seront formés à l’issue des 28 épisodes de ce survival auront un intérêt, les formations issues de télécrochets fonctionnant rarement sur le long terme. Malgré tout, le fait que la plupart des candidats aient l’expérience du métier pourrait changer la donne. Pour l’instant, les ratings sont plus que corrects (5 % pour l’épisode 1 et 6,2 % pour l’épisode 2), meilleurs que Mix9, l’émission concurrente présentée sur la chaîne câblée jTBC (1,9 % pour l’épisode 2), et dans laquelle YG Entertainment cherche de nouveaux talents.

Je continuerai à regarder The Unit pour savoir la suite de l’histoire de certains candidats et pour profiter de cet éclairage original et un peu plus réaliste que la moyenne sur le business fascinant des idoles coréennes.

Elodie Leroy

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