Yoon Si Yoon enquête sur une série de meurtres effrayants reliés à l’apparition d’un mystérieux train fantôme.

Méfiez-vous des voies ferrées abandonnées ! Dans la série coréenne Train, l’ancienne petite gare du quartier réserve bien des surprises. Par exemple des ossements humains disséminés ici et là, ou un portail donnant accès à un univers parallèle. Diffusé depuis le 11 juillet sur OCN, ce thriller fantastique en douze épisodes intrigue par son affaire criminelle pour le moins étrange, son atmosphère pesante et ses personnages un peu borderline. Nous avons vu les deux premiers épisodes de Train, et pour l’instant, nous sommes accrochées malgré quelques bémols.

Des cadavres sur la voie

Inspecteur de police, Seo Do Won (Yoon Si Yoon) met beaucoup de passion dans son travail et emploie parfois des méthodes dangereuses pour piéger les criminels. Avec la procureure Han Seo Kyung (Kyung Soo Jin), il partage un passé douloureux. Quand ils étaient adolescents, le père de Do Won et celui de Han Seo Kyung sont morts le même soir dans des circonstances mystérieuses. Douze ans plus tard, ils enquêtent sur une affaire dont le mode opératoire ravive leurs pires souvenirs.

Les mondes parallèles sont décidément à la mode cette année dans les séries TV coréennes. Après The King : Eternal Monarch sur SBS (lire notre avis à chaud), qui fut source de déception pour beaucoup, c’est au tour de la chaîne OCN de nous présenter son « drama à suspense sur les univers parallèles », comme le précise la note d’intention.

Au premier abord, Train est un simple thriller policier à la sauce OCN, c’est-à-dire avec une affaire de crime en série bien glauque que n’aurait pas renié la franchise Voice, avec un personnage de flic tourmenté aux tendances légèrement suicidaires – nous apprenons en cours de route que Do Won fait l’objet d’un suivi psychiatrique. C’est dans cet univers noir, mais réaliste, que le fantastique fait son intrusion pour bouleverser le cours de la vie des personnages.

Midnight Meat Train

Annoncé par des éléments naturels – la pluie, la brume –, le surnaturel semble converger vers un seul et même endroit : une ancienne gare abandonnée. Tous les chemins semblent mener à ce lieu somme toute banal, mais qui abrite de terribles secrets. C’est autour de la voie ferrée que sont découverts les cadavres de cinq femmes non identifiées. C’est aussi dans cette gare que s’amuse un jeune homme handicapé mental, Lee Sung Wook (Cha Yub), qui devient vite l’un des principaux suspects.

L’affaire se précise dans le second épisode, où nous en apprenons davantage sur le drame qui unit Do Won et Seo Kyung, mais aussi sur l’identité de l’un des cadavres découverts dans la gare. Le mystère s’épaissit et les informations extraites des analyses de la police scientifique défient toute logique.

Enfin, que dire de ce mystérieux train fantôme, qui surgit en pleine nuit d’un tunnel baigné dans la brume ? Ou de ce tueur dissimulé sous un manteau à capuche, et qui traîne dans le couloir du wagon une vieille valise renfermant vraisemblablement un cadavre ? La première apparition glaçante du meurtrier n’est pas sans évoquer Midnight Meat Train, le film d’horreur avec Bradley Cooper et inspiré d’une nouvelle de Clive Barker. 

Les deux premiers épisodes de Train remplissent pleinement leur cahier des charges : installer une atmosphère noire, voire dépressive, et semer des indices insolites pour créer un mystère.

La production est de bonne facture et le réalisateur Ryu Seung Jin (second réalisateur de Priest) montre un certain savoir-faire dans les moments de tension, notamment lorsque les personnages explorent la fameuse gare désaffectée. Si la gamme de couleurs répond aux standards des séries OCN (couleurs oranges et bleues, noirs soutenus), le travail précis sur la lumière semble avoir été conçu en synergie avec la composition des décors et participe à l’ambiance énigmatique de la série.

Pour les amateurs de dramas coréens, le mélange entre l’affaire criminelle et le fantastique rappellera Tunnel, diffusé en 2017 sur OCN. Toutefois, le style de mystère installé dans cette première partie, qui associe le fantastique à un élément familier (le train), aurait pu sortir de l’imagination d’un Stephen King.

Une chose est sûre, le scénario promet d’être solide et soulève déjà des questions sur le monde parallèle, mais aussi sur les deux personnages principaux et leur passé trouble.

Yoon Si Yoon en flic borderline

Do Won est interprété par Yoon Si Yoon, qui change radicalement de registre après son personnage drôle et attachant dans la comédie déjantée Psychopath Diary. L’acteur enfile cette fois le costume de l’inspecteur de police hanté par des traumatismes. Le regard sombre et déprimé, Do Won semble avoir des difficultés à se contrôler lorsqu’il laisse sortir son agressivité, notamment lorsqu’il se lance dans une course poursuite en voiture démesurée en pleine ville pour piéger un criminel relâché par la police.

Également convaincante, l’actrice Kyung Soo Jin (Weightlifting Fairy Kim Bok Joo) vient donner la réplique à Yoon Si Yoon dans le rôle d’une procureure tout aussi tourmentée, et qui semble aussi avoir souffert de sa relation passée avec Do Won. Les événements qui les ont séparés demeurent encore flous, mais devraient nous être dévoilés au fil de la série.

On pourra reprocher à Train un découpage qui manque un peu de nerfs et un ton qui ne laisse absolument aucun espace à l’humour. Même un drama très sombre comme Duel utilise des personnages secondaires pour s’autoriser quelques blagues et relâcher ainsi la pression de temps à autres. Ces personnages, ou comic reliefs, répondent aux abonnés absents dans Train, ce qui contraint le spectateur à rester en état de stress permanent.

Le risque, avec ce parti pris, est de voir la tension s’essouffler à la moindre baisse de rythme. C’est un peu ce qui se produit dans le second tiers de l’épisode 2, qui s’égare le temps d’une ou deux scènes ultra-mélodramatiques. Le torrent de larmes versé par le personnage féminin a bien entendu sa raison d’être dans l’histoire, mais pourrait en rebuter plus d’un à ce stade du récit.

Double négatif

L’histoire rebondit heureusement dans le dernier tiers de l’épisode avec de nouvelles découvertes macabres et un cliffhanger prometteur.

Les dernières minutes viennent amorcer le second arc de l’histoire, qui devrait entrer dans le vif du sujet et dévoiler enfin le monde parallèle, ainsi que les identités alternatives de Do Won et Seo Kyung. Aurons-nous affaire à des doubles négatifs ? Nous avons déjà un aperçu de celui de Do Won et son regard fait froid dans le dos !

C’est pourquoi, malgré les quelques réserves exprimées plus haut, nous nous immergerons volontiers dans la suite de cette histoire étrange et oppressante.

Elodie Leroy

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