Portrait de Lee Byung Hun (‘A Bittersweet Life’)

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Avec le film A Bittersweet Life, l’acteur coréen Lee Byung Hun (ou Lee Byeong Heon) trouve l’un de ses plus beaux rôles et accède enfin à une véritable reconnaissance critique dans son pays, remportant le prix du Meilleur Acteur aux prestigieux Baeksang Arts Awards 2006. C’est bien simple, on n’avait pas vu tueur à gages plus classe à l’écran depuis Chow Yun Fat dans The Killer de John Woo ! S’il a longtemps attendu son heure de gloire, Lee Byung Hun semble voir sa patience récompensée au-delà de ses plus folles espérances, puisqu’il s’impose désormais comme le comédien le plus emblématique et incontournable de la Hallyu (vague coréenne), en Asie comme en Occident.

NDLA : cet article a été publié en mai 2006 pour le site DVDRAMA.com

> A lire : Interview de Kim Jee Woon, réalisateur de A Bittersweet Life

Lee Byung Hun dans A Bittersweet Life (2005)

Lee Byung Hun, 36 ans cette année, n’est pourtant guère nouveau dans le métier. Ses débuts peu fracassants remontent à 1991, dans le drama Asphalt is my hometown qu’il tourne alors qu’il est encore étudiant. Longtemps cantonné aux mélodrames et comédies romantiques télévisées dont l’impact est énorme en Asie, il rencontre dès 1992 un certain succès public, avec le drama Love, Tomorrow. Toutefois, ce n’est qu’en 1996 qu’il accède véritablement au statut de star, toujours avec une série télévisée, Asphalt Man, qui lance aussi les carrières de deux des comédiens coréens les plus populaires et talentueux à l’heure actuelle, Lee Young Ae (JSA, Lady Vengeance) et Jung Woo Sung (Phantom the Submarine, Musa).

L’année 1996 marque aussi les prémisses d’un renouveau du cinéma coréen, renouveau qui se traduit par la mise en place de productions plus ambitieuses et variées dont Gingko Bed de Kang Je Gyu demeure l’exemple le plus frappant. A ce stade, Lee Byung Hun n’a tourné que trois films pour le cinéma et pas des meilleurs : Who Drives Me Mad? de Gu Im Su, Run away de Kim Sung Su en 1995, et Kill The Love de Im Jong Jae en 1996. Il faut attendre 1998 et le film Harmonium In My Memory de Lee Young Jae pour le découvrir enfin dans une œuvre de qualité décente, toujours dans le registre romantique qui a fait sa renommée. Le souci est que la critique continue de bouder l’acteur, le cataloguant sans ménagement comme un simple playboy, tout juste bon à hanter les dramas sirupeux. Quand Park Chan Wook décide de l’engager pour tenir l’un des rôles clés de JSA en 2000, il prend un risque que l’on a peine à imaginer en Occident au vu de la popularité et du respect que l’un et l’autre ont acquis depuis.

Lee Byung Hun et Lee Young Ae dans JSA (2000)

Film-charnière de la carrière de Park Chan Wook, JSA représente aussi un tournant majeur dans le parcours jusque là hésitant de Lee Byung Hun, et ce bien qu’il se retrouve royalement exclus de la pluie de récompenses qui déferle sur le film, à l’inverse de ses partenaires couverts d’éloges. Il peut néanmoins se consoler en profitant de cette nouvelle visibilité offerte par le film qui détrône rapidement Shiri de la place très convoitée de plus gros succès coréen de tous les temps. Lee Byung Hun y incarne le sergent Lee Su Yuk, survivant d’une terrible fusillade impliquant des soldats nord et sud-coréens dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée. Interrogé par le Major Sophie E. Jean (Lee Young Ae) qui a fait le voyage depuis la Suisse neutre, le sergent Lee, traumatisé par l’événement, est soupçonné de dissimuler la vérité aux autorités. Débutant comme un thriller dans la plus pure veine hollywoodienne, JSA est un réalité un drame humain poignant et subtil, magistralement réalisé et interprété.

Aux côtés de Lee Byung Hun, on retrouve outre Lee Young Ae, le génial Song Kang Ho (The Foul King, Sympathy for Mr. Vengeance) et le toujours impressionnant Shin Ha Gyun (Guns and Talks, Save the Green Planet). Un environnement stimulant qui permet à Lee de se surpasser, livrant ce qui demeure l’une de ses plus splendides performances à ce jour. Carton historique en Corée, JSA engrange un peu plus tard près de neuf millions de dollars au box-office japonais, à une époque où le pays n’est pas encore gagné par la Hallyu. Si le succès japonais de JSA ne peut être imputé à l’acteur, il en va tout autrement de son film suivant, Bunjee Jumping of their Own, réalisé en 2000 par Kim Dae Sung.

Lee Eun Joo et Lee Byung Hun dans Bungee Jumping of their Own

Lee Eun Joo et Lee Byung Hun dans Bungee Jumping of their Own (2001)

L’impact énorme de Bunjee Jumping of their Own sur le public japonais n’a pas fini de faire des ravages. Dans un tout récent sondage organisé par la chaîne NHK et visant à classer les films préférés des Japonais, toutes genres et nationalités confondus, le film de Kim Dae-Seung se paie le luxe de figurer aux côtés de JSA et A Bittersweet Life, tandis que le reste du classement inclut des classiques tels que Vacances Romaines ou Cinéma Paradiso. Ces trois films, les seuls coréens du classement, n’ont a priori rien en commun si ce n’est qu’ils sont incontestablement les trois meilleurs films de Lee Byung Hun. Plus étonnant encore, l’acteur est seul de son pays à se retrouver cité aux côtés de Tom Hanks, Robert de Niro, Johnny Depp ou Leslie Cheung dans le top ten des acteurs favoris des Japonais. Que s’est-il passé ?

Le plus intrigant demeure sans doute le fait que Bunjee Jumping of their Own se situe aux antipodes du blockbuster narcissique susceptible de déchaîner les foules et se rapprocherait plutôt à première vue d’une comédie romantique. Du moins dans sa première partie, car les apparences sont trompeuses et le film surprend par l’audace, la finesse et la malice avec lesquelles il aborde sans prévenir le thème de l’homosexualité. Dans ce rôle pour le moins osé – le genre de choix que l’on n’attendait pas forcément de lui à ce stade de sa carrière, Lee Byung Hun se révèle bouleversant. Face à lui, on retrouve la regrettée Lee Eun Joo (Frères de Sang) ainsi qu’un jeune comédien très prometteur, Yeo Hyun Su. On n’en voudra pas à Lee Byung Hun si ses films suivants ne se montrent pas tous à la hauteur de celui-ci.

Choi Ji Woo et Lee Byung Hun dans Everybody Has Secrets (2004)

Comme la plupart des acteurs coréens, Lee Byung Hun continue de mener de front cinéma et télévision. En 2001, il enchaîne donc avec Beautiful Days, série TV à succès de 24 épisodes dans laquelle il a pour partenaire Choi Ji Woo, qu’il recroisera quelque temps après dans le film Everybody Has Secrets. Il tournera son dernier drama en date, All In, deux ans plus tard.

Entre temps, il revient en force au cinéma au travers de deux projets très différents. Tout d’abord, dans le très beau film d’animation My Beautiful Girl, Mari de Lee Sung Kang, où il prête sa voix à Namoo, le personnage principal. Puis dans le singulier Addicted de Park Young Hoon, lui aussi réalisé en 2002. Singulier, parce que ce thriller tordu et maladroit semble constamment hésiter entre suspense et mélodrame, dans une sorte de mélange improbable qui fait tout son charme mais aussi toute sa faiblesse. Au milieu de tout ça, Lee Byung Hun ne livre certes pas sa performance la plus mémorable mais il demeure crédible et touchant de bout en bout, dans un rôle pétri d’ambiguïté.

Lee Byung Hun dans le drama coréen All In (2003)

Plus intéressante est sa prestation dans le susmentionné Everybody Has Secrets qu’il tourne en 2004. Cette comédie légère de Jang Hyun Su offre à notre homme l’occasion de déployer tous ses charmes puisqu’il y personnifie rien moins que le fantasme ultime de toute femme. Navigant entre trois sœurs plus ou moins frustrées par une vie sexuelle décevante ou inexistante, il s’acquitte avec une aisance incroyable de la lourde tâche de leur rendre la vie plus belle. Le désir qu’il provoque instantanément chez les autres est tel qu’il parvient même à faire tourner la tête du jeune frère de ces dames. Un rôle qui va à l’acteur comme un gant et l’éloigne un bref instant des histoires tragiques qui peuplent sa filmographie. Remake du film irlandais About Adam de Gerard Stembridge avec Stuart Townsend et Kate Hudson, Everybody Has Secrets est un petit film enlevé et réjouissant qui trouve son public non seulement en Corée mais aussi au Japon, décidément terre d’accueil de tout ce qui touche de près ou de loin à Lee Byung Hun.

La même année, l’acteur renoue avec Park Chan Wook, le premier réalisateur à avoir cru en son potentiel lors du casting de JSA. Cette fois-ci, Lee Byung Hun se voit proposer un premier rôle dans un court-métrage, Cut, qui sera intégré dans le film fantastique à sketches Trois… Extrêmes. Il y interprète un jeune réalisateur populaire et blasé, brutalement séquestré par un maniaque qui lui reproche d’être « trop gentil ». Drôle, baroque et cruel, le segment Cut permet à l’acteur de s’essayer à un univers radicalement différent de ce qu’il a expérimenté jusqu’alors. Avec Kim Jee Woon, Park Chan Wook est peut-être le seul à capter toute l’ambivalence de l’acteur, dont le visage peut dégager une froideur extrême comme une candeur désarmante.

Lee Byung Hun dans A Bittersweet Life (2005)

Mais c’est avec le polar noir A Bittersweet Life, en 2005, que Lee Byung Hun trouve enfin son rôle phare, celui qui le fait accéder au véritable statut d’icône. Dans la peau de ce tueur solitaire dont l’apparence glaciale masque un terrible désespoir, il crève littéralement l’écran. Superbement écrit, le rôle de Sun Woo lui octroie toute latitude pour affiner son jeu sensible, qui plus est au sein d’un film remarquable. Depuis JSA, Lee Byung Hun a toujours excellé dans les scènes d’émotion, n’hésitant pas à pleurer à l’écran lors de longs plans séquences. On se souvient de sa magnifique et tragique scène de déclaration d’amour à Yeo Hyun Su dans Bunjee Jumping of their Own. Kim Jee Woon lui offre une scène du même acabit dans A Bittersweet Life, qui se trouve être l’une des plus poignantes du film. Il lui offre aussi de nouvelles et passionnantes opportunités de carrière.

L’effet A Bittersweet Life ne s’est pas fait attendre puisque c’est à la suite de la projection cannoise de 2005 que Lee Byung Hun est contacté par Jenny Rollings, de la Creative Artists Agency (CAA), l’agence la plus importante aux États-Unis. Il signe dès le mois de novembre suivant un contrat avec elle, dont la teneur reste secrète. Un bonheur ne vient jamais seul et l’enthousiasme des Japonais pour l’acteur coréen ne cesse de croître, atteignant des proportions presque alarmantes.

On l’a dit, Bunjee Jumping of their Own est un phénomène depuis sa sortie au Pays du Soleil Levant : l’année dernière était lancée une figurine à l’effigie du personnage de Lee Byung Hun dans ce film, une idée tout simplement ahurissante puisque ce personnage ne se démarque ni par sa tenue vestimentaire ni par sa coiffure. Ce n’est pas tout. Un jeu vidéo dont le personnage principal s’inspire de l’acteur, Lost Planet, a été élaboré par Capcom et devrait être mis en vente prochainement. Tout ceci n’étant rien à côté du fan meeting que Lee Byung Hun vient de tenir au Tokyo Dome début mai et qui réunissait plus de… 42 000 fans ! Du jamais vu. Tout vient à point à qui sait attendre.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 10 mai 2006

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