Coffret Kung-fu Comedy : trois œuvres phares de Liu Chia Liang

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A l’occasion de la sortie le 24 avril 2007 du Coffret Kung-fu Comedy chez Wild Side, j’avais rédigé pour le site de cinéma DVDRama.com les critiques des trois œuvres regroupées dans ce coffret dédié à Liu Chia Liang, que je considère encore aujourd’hui comme le plus grand chorégraphe que le cinéma de Hong kong ait jamais connu. Également disponibles séparément, les trois films sont les suivants : Lady Kung-fu, Mad Monkey Kung-fu et Le Prince et l’Arnaqueur.

Rendez-vous également dans mon dossier Le Kung-fu selon Liu Chia Liang, article retraçant la carrière du grand maître et réalisé pour l’occasion…

Critique du film Lady Kung-fu

Avant de mourir, un homme riche du nom de Yu épouse sa jeune employée Dai-Nan (Kara Hui) afin de lui confier son héritage. Il sait pertinemment que son mauvais neveu Yung-Cheng (Johnny Wang) va tenter de mettre la main sur la fortune. C’est ce qui se produit dès le jour de sa mort et Dai-Nan est obligée de fuir. Elle décide de transmettre l’héritage à Jing-Chuan (Liu Chia Liang), autre neveu que le défunt appréciait énormément. Lorsqu’ils se rencontrent, c’est la surprise : Jing-Chuan est beaucoup plus âgé qu’elle. D’abord incrédule, Jing-Chuan finit par accepter la position de la jeune femme. Mais son fils Charlie (Hsiao Hou), tout juste revenu de ses études d’anglais, ne l’entend pas de cette oreille…

ladykungfu_02Réalisé par Liu Chia Liang en 1981, Lady Kung-fu est un véritable festival de scènes délirantes mêlant l’action et l’humour avec une créativité débordante. Le film enchaîne les gags burlesques reposant sur un comique de situation mais aussi sur le jeu clownesque des comédiens. Outre le statut insolite de Dai-nan dans la famille, qui malmène quelque peu les hiérarchies traditionnelles (en termes d’âge comme de genre), le principal ressort de la comédie réside dans le face-à-face pimenté entre la jeune femme et son « petit neveu » Charlie, du même âge qu’elle. Dai-Nan vient du milieu paysan et incarne les traditions tandis que Charlie étudie l’anglais et se fantasme en Occidental. Ils ne pouvaient pas s’entendre, et pourtant…

Comme d’habitude chez Liu Chia Liang, les rapports de séduction s’expriment à travers les affrontements martiaux, une thématique qui trouve ici l’une de ses expressions les plus évidentes puisqu’une grande partie du film est consacrée aux chamailleries incessantes entre les deux jeunes gens. ladykungfu_03Une fois le défi lancé, le héros et l’héroïne n’ont de cesse que de déterminer qui est le plus fort (ou la plus forte), un duel qui donne lieu à des démonstrations martiales mutuelles (mention spéciale à la scène hilarante du marché) et surtout à des échanges mouvementés assortis de quelques corps à corps. Si l’on trouvait déjà ce genre d’affrontement homme/femme dans La Mante Religieuse ou Les Exécuteurs de Shaolin, Liu Chia Liang pousse ici encore plus loin son idée au travers d’une comique scène de bal masqué au cours de laquelle Dai-Nan passe d’un homme à un autre sur la piste de danse. Mais comme il ne doit jamais y avoir de gagnant, la jeune femme trouve bien entendu des occasions de reprendre le dessus par la suite.

On retrouve par ailleurs d’autres thématiques récurrentes du cinéma de Maître Liu, tels que la classique opposition entre tradition et modernité ou encore l’invasion de l’Occident et ses conséquences culturelles. Cela dit, si Charlie et les joyeux lurons qui l’accompagnent se voient largement tournés en dérision, notamment pour leur manière hilarante de mêler des mots anglais à la langue chinoise (« zhei shi my father« , etc.), le regard porté sur eux n’a rien d’hostile et se révèle même plein de sympathie, d’autant plus que la grand-tante se révèle en fin de compte tout aussi immature que ces messieurs. Enfin, le film semble délivrer un message positif quant à l’intégration des influences étrangères au cours d’une scène de combat voyant les deux héros faire équipe, chacun dans une tenue représentant son univers (le casque de soldat de Charlie s’avère d’ailleurs fort utile).

ladykungfu_01Les scènes d’action stupéfiantes constituent bien entendu l’une des attractions majeures de Lady Kung-fu et Liu Chia Liang livre une fois de plus des chorégraphies époustouflantes d’inventivité et allant à une vitesse folle. En plus d’être attachante et franchement amusante dans la comédie pure, Kara Hui (Les 8 Diagrammes de Wu-Lang) fait montre d’une grande agilité dans les scènes de combat, maniant toute une panoplie d’armes différentes sans jamais se départir de son élégance naturelle. Survolté dans les scènes de jeu, Hsiao Hou s’avère lui aussi incroyablement vif dans les combats, comme s’il ne connaissait pas les lois de la pesanteur (une aptitude qu’on lui connaissait déjà depuis Mad Monkey Kung-fu). Les deux héros affrontent comme il se doit une galerie de méchants pittoresques ayant chacun une spécialité martiale ou se distinguant par un look particulier. Parmi eux, on reconnaîtra notamment Johnny Wang (Les 8 Diagrammes de Wu-Lang) et Yuen Tak (Shanghai Express, Opération Scorpio), tandis que les acolytes de Hsiao Hou comptent parmi eux l’excellent Gordon Liu (La 36e Chambre de Shaolin, Kill Bill).

Le chorégraphe et réalisateur Liu Chia Liang fait bien entendu partie de la fête, notamment dans le climax incroyable qui conclut le film, un scène dans laquelle les acteurs et cascadeurs enchaînent parfois une trentaine de mouvements par plan, et dont le rythme déchaîné frôle de près celui des plus grands chefs d’œuvre de l’auteur, tels que Les Arts Martiaux de Shaolin. Enfin, Liu Chia Liang confronte avec bonheur le kung-fu avec des styles de combat plus exotiques comme l’escrime à la française (selon Yuen Tak) ou encore la danse.
Animé par une énergie hors du commun, Lady Kung-fu reste l’un des meilleurs exemples de ce que peut donner le genre de la kung-fu comedy mais aussi l’un des plus accessibles aux non-initiés.


Critique du film Mad Monkey Kung-fu

Chen Bo (Liu Chia Liang) et sa soeur Cui Hong (Kara Hui) vivent de leurs spectacles d’arts martiaux. Mais la jeune femme est vite repérée par Duan (Lo Lieh), riche chef de clan local qui leur tend un piège en les invitant tout deux à dîner chez lui. Connaissant le penchant de Chen pour l’alcool, il le fait boire et déployer sa célèbre boxe du singe. Ivre mort, Chen est entraîné dans la chambre de l’épouse de Duan qui fait ensuite croire à tous qu’il l’a violée. Le plan de Duan a fonctionné : pour épargner la mort à son frère, Cui Hong le supplie de la laisser devenir sa servante. Duan accepte mais estropie Chen à vie. Des années plus tard, Chen gagne tant bien que mal sa vie en amusant les passants avec son petit singe domestique. Racketté par la triade locale, il fait la rencontre de « Petit Singe », un petit voleur qui tente de gagner son amitié.

madmonkeykungfu_01Réalisé deux ans avant Lady Kung-fu, en 1979, Mad Monkey Kung-fu met en vedette l’artiste martial et acrobate Hsiao Hou dans l’un des rôles phares de sa carrière, celui de Petit Singe. De par le caractère très classique de sa construction et des thématiques qu’il explore, le scénario de Mad Monkey Kung-fu ne brille pas par son originalité. Le début de l’histoire s’attarde d’abord sur la déchéance de Chen Bo, un adepte de la boxe du singe qui fait preuve d’un peu trop d’arrogance et est donc destiné à se prendre une raclée. On se doute que l’estropié aura droit à sa vengeance, surtout lorsque son bourreau est interprété par un certain Lo Lieh (La Main de Fer, Les 14 Amazones). Cependant, l’histoire s’intéresse avant tout à Petit Singe, le disciple de Chen Bo qui s’avère être le véritable héros du film. Comme souvent chez Liu Chia Liang, l’évolution du personnage principal passe par un entraînement douloureux, assorti d’épreuves aussi sadiques qu’insolites, des exercices destinés à apprendre à l’élève non seulement les techniques les plus redoutables (et les plus impensables) mais aussi l’humilité.

mad_monkey_kungfu_02Cependant, l’intérêt majeur de Mad Monkey Kung-fu réside dans le caractère extrême de l’exploration du genre de la kung-fu comedy, à tel point que le non-initié pourra aisément qualifier le film de radical. C’est bien simple, le film ne comporte quasiment aucun échange dialogué sans que des mouvements de kung-fu ne vienne se greffer ça et là, comme si les acteurs étaient en permanence possédés par leur art. Une vraie schizophrénie, à un niveau encore plus poussé que chez Jackie Chan. Pour cette raison, Mad Monkey Kung-fu sera peut-être moins accessible au profane que Lady Kung-fu mais excelle de manière presque inégalée dans sa spécialité, à savoir mélanger le mimétisme clownesque avec les arts martiaux et les acrobaties de (très) haut niveau. On citera à ce titre la scène ahurissante au cours de laquelle Petit Singe, de retour au village après un difficile entraînement, se livre à un tabassage en règle des caïds du coin, lesquels se révèlent très vite dépassés par cet acrobate bondissant qui virevolte dans tous les sens, jouant au gré de son imagination avec les corps des uns et des autres pour former des figures collectives hilarantes.

Mad Monkey Kung-fu révèle à ce titre le stupéfiant Hsiao Hou, artiste martial et acrobate au moins aussi incroyable (et certainement encore plus drôle) que Yuen Biao. Son personnage est loin d’avoir usurpé le surnom de Petit Singe tant sa souplesse et sa capacité à adopter les mimiques de l’animal s’avèrent impressionnantes. Outre Hsiao Hou, on retrouve par ailleurs quelques habitués de l’équipe tels que San Sin, Lin Ke Ming et bien sûr la belle Kara Hui qui se voyait à l’époque reléguée au second plan. Enfin, le film se conclut comme il se doit par une belle joute martiale confrontant Liu Chia Liang et Hsiao Hou au toujours excellent Lo Lieh.

Critique du film Le Prince et l’Arnaqueur

Voyageant incognito, le 11e prince de la famille impériale Wang (Gordon Liu) passe la soirée dans une maison de joie. Sur place, il fait la rencontre de Ho (Wong Yu), un jeune bandit arrogant qui tente de le chasser de la suite qu’il a réservée. Un duel s’engage entre les deux hommes, jusqu’à ce que la police intervienne pour arrêter Ho. Maintenant son identité secrète, Wang s’arrange pour que Ho soit relâché et lui tend un piège afin de l’obliger à devenir son disciple. Faisant croire à Ho qu’il a besoin de sa protection, il l’entraîne au kung-fu pour en faire un homme meilleur.

leprinceetlarnaqueur_03D’abord connu sous le titre Dirty Ho, Le Prince et l’Arnaqueur est réalisé la même année que Mad Monkey Kung-fu, c’est-à-dire en 1979. Si les rôles principaux sont cette fois tenus par Gordon Liu (La 36e Chambre de Shaolin, Kill Bill) et Wong Yu (Spiritual Boxer), on retrouve autour d’eux plusieurs des acteurs de l’autre métrage, soit parmi les méchants (Lo Lieh), soit dans des rôles plus anecdotiques (Hsiao Hou ou encore Kara Hui). Le film repose principalement sur le duo formé par Wang (Gordon Liu) et Ho (Wong Yu), un tandem qui fonctionne aussi bien dans la comédie pure que dans l’action grâce à l’énergie et au charisme de leurs deux interprètes.

Comme souvent chez Liu Chia Liang, les deux personnages possèdent des personnalités complémentaires, Ho révélant un caractère orgueilleux et spontané tandis que Wang se montre malicieux et manipulateur. Cette complémentarité s’exprime bien entendu à travers les arts martiaux, comme on le constate dans la dernière séquence du film où ils combattent côte à côte.

leprinceetlarnaqueur_01Le parcours de Ho fait écho à celui d’autres personnages vus dans des œuvres de Liu : grâce à la pratique du kung-fu, le petit voleur insupportable et individualiste va se transformer en homme respectueux de son maître et prêt à s’effacer derrière un intérêt plus grand. Ainsi, Ho n’échappe pas au traditionnel entraînement qui le voit pratiquer des exercices douloureux voire sadiques sous le regard satisfait de son maître.

Si ce passage obligé correspond à une logique vue maintes fois dans le cinéma de Liu Chia Liang (La 36e Chambre de Shaolin, Mad Monkey Kung-fu…), la morale du film s’avère cette fois étonnamment cynique et l’on peut voir Le Prince et l’Arnaqueur comme l’histoire d’un asservissement. En effet, sous prétexte de faire de Ho un homme meilleur, Wang accumule les mensonges pour soumettre son disciple et en faire son animal de compagnie, et cela dans son propre intérêt personnel.

Comme dans toutes les œuvres du maître, l’action est au rendez-vous même si les combats sont légèrement moins présents que dans des films tels que Mad Monkey Kung-fu ou Lady Kung-fu. Wong Yu montre à loisir ses talents martiaux et acrobatiques et affronte une galerie de méchants très pittoresques, à commencer par l’équipe des quatre faux estropiés. Parmi ces derniers, on ne pourra s’empêcher de voir dans le faux manchot un clin d’œil ironique au mythe cher à Chang Cheh (La Rage du Tigre). Jusqu’au climax final, Gordon Liu reste quelque peu en retrait dans les combats, si ce n’est le temps d’une très belle scène dansante impliquant Kara Hui mais aussi de ses échanges rocambolesques avec les envoyés de l’ennemi – l’occasion de découvrir, grâce à Johnny Wang et Hsiao Hou, une méthode inédite de dégustation de vins.

Toutefois, que les fans de Gordon Liu se rassurent : l’artiste martial met largement à contribution ses talents dans le final dantesque qui conclut le film, un affrontement à trois contre deux proprement étourdissant qui justifie à lui seul de la vision du film.

Avec Le Prince et l’Arnaqueur, Liu Chia Liang tire une fois de plus pleinement parti des aptitudes physiques et comiques de ses acteurs et délivre un divertissement énergique et réjouissant.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 27 avril 2007

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