Critique : ’20th Century Boys – Chapitre 2: Le Dernier Espoir’, de Yukihiko Tsutsumi

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Fort d’un matériau de base brillant habité par un véritable mystère, 20th Century Boys Chapitre 2: Le Dernier Espoir prend davantage de libertés avec le manga culte de Naoki Urasawa que le premier volet, mais en conserve le ton à travers un scénario manipulateur menant de front une multitude d’intrigues portées par des personnages hauts en couleur. Si la culture rock propre au manga manque un peu à l’appel, Yukihiko Tsutsumi fait mouche en dépeignant avec un humour surréaliste voire cartoonesque une dystopie porteuse d’une charge cinglante contre la société de consommation.

On reprochera un montage parfois trop rapide mais la mise en scène a gagné en dynamisme, une amélioration qui fait surtout son effet lors d’une dernière demi-heure puissante restituant toute l’ampleur de l’univers et de la mythologie 20th Century Boys. Les fans du manga s’y retrouveront, les autres iront une fois encore de surprise en surprise avec cet épisode entre-deux qui donne furieusement envie de voir la suite.

20th_century_boys_2_04On ne présente plus le phénomène 20th Century Boys, manga fleuve signé Naoki Urasawa. Réputé inadaptable de par son extrême complexité scénaristique, 20th Century Boys n’avait jamais été porté à l’écran jusqu’à présent, au contraire des œuvres Master Keaton et Monster du même auteur, jusqu’à ce que le cinéaste Yukihiko Tsutsumi, connu pour ses fantaisies visuelles et narratives, ne relève le défi en mettant en chantier une trilogie ambitieuse, soutenu en cela par un budget d’une ampleur inédite pour le cinéma japonais (60 millions de dollars).

Sorti en France en janvier dernier, le premier chapitre n’était pas exempt de quelques faiblesses mais nous avait largement conquis en donnant vie à cet univers foisonnant avec une clarté inattendue, s’achevant au passage par une séquence apocalyptique et grandiose doublée d’un cliffhanger. Le second présente à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts puisqu’il s’inscrit dans la continuité narrative et artistique du précédent. Il sera néanmoins préférable pour le non-initié d’avoir fait une petite révision du chapitre 1 pour profiter pleinement de chaque détail puisque le film ne s’embarrasse d’aucun résumé ni rappel sur les (nombreux) personnages.

20th Century Boys Chapitre 2: Le Dernier Espoir nous projette donc directement en 2015, soit une quinzaine d’années après le fameux « bain de sang de l’an 2000 » qui a fait plus de 150 000 morts dans le monde entier. Comme les lecteurs du manga s’en apercevront, le scénario prend davantage de libertés avec le matériau d’origine en fusionnant certaines scènes, voire en réécrivant certains passages entiers. Des libertés qui ne portent cependant nullement préjudice à l’esprit de l’œuvre, et c’est là l’essentiel.

20th_century_boys_2_02Partant d’un matériau de base brillant, Yukihiko Tsutsumi développe l’univers d’Urasawa dans toute sa richesse à travers une intrigue manipulatrice à multiples ramifications, dans laquelle les histoires individuelles comptent tout autant que le destin de l’humanité toute entière. Si le besoin de rester connecté à l’enfant qui est en soi (de manière saine pour les uns et malade pour les autres) et l’héritage laissé par les générations précédentes sont bien entendu au cœur de l’histoire, Le Dernier Espoir s’oriente aussi vers des thématiques de science-fiction pure en dépeignant une société dystopique. A travers le parcours et les activités de Kanna, adolescente rebelle et digne héritière de Kenji propulsée au premier plan, ce second chapitre révèle un monde tombé sous le joug d’Ami, dont la secte est devenue le seul parti politique officiel au Japon – le Parti de l’Amitié.

Épaulé par des effets spéciaux irréprochables, Yukihiko Tsutsumi se fait plaisir en créant un véritable décor de SF constellé de reproductions de la marque d’Ami, sorte de Big Brother sans visage qui n’en finit plus d’écrire son propre mythe. De par l’humour quasi omniprésent dans ses deux premiers tiers, Le Dernier Espoir pourra donner l’impression d’une plus grande légèreté de ton par rapport au précédent, d’autant que les héros du premier film semblent passer la main à la génération suivante et que les personnages principaux sont donc pour certains des adolescentes. Pourtant, à y regarder de plus près, le constat de ces quinze années s’avère assez sombre : la population semble appauvrie, déprimée et lobotomisée, comme si elle avait perdu toute capacité de réaction et de réflexion.

20th_century_boys_2_01Le mélange ironique et détonnant entre l’esprit cartoonesque du film et la noirceur de ces visions futuristes fait surtout des étincelles lors des séquences mémorables se déroulant à Ami-land, sorte de camp de rééducation dressant au passage le portrait cinglant d’une jeunesse totalement abrutie par les jeux vidéo, la télévision et tout ce qui a trait au virtuel.

A la manière du Invasion Los Angeles de John Carpenter, l’allusion à la société de consommation gangrenée par la culture de l’image fait mouche, et le film trouve aujourd’hui une étrange résonance avec l’actualité économique lorsque des « costards-cravates » projettent une destruction de masse, tandis que les discours niais serinés par les media endorment les neurones de la population. L’espoir semble venir exclusivement des marginaux (fugitifs, sans-abris, travestis, mafieux…), les seuls à conserver une étincelle de vie dans les yeux. Le point fort du film réside à ce titre dans l’art de mettre en scène le fanatisme envers Ami, dans le regard figé d’un agent de police transformé en tueur ou dans les clameurs obsessionnelles de la foule.

Le Dernier Espoir atteint son temps fort lors d’un climax intense, grandiose et s’éloignant avec audace du manga, une dernière demi-heure qui doit son ampleur non seulement à ses multiples rebondissements fort bien amenés mais aussi à une dimension mythologique subtilement entretenue par des séquences de foule tournées sur des sites historiques étrangers (faire tourner des figurants et accrocher le drapeau d’Ami sur la place Tian An Men, il fallait le faire !). Une manière intelligente pour Yukihiko Tsutsumi d’utiliser son gros budget, là où nombre de productions américaines auraient misé sur des explosions en série.

20th_century_boys_2_03Au contraire du premier chapitre dont la mise en place pouvait paraître laborieuse, Le Dernier Espoir maintient tout du long un rythme particulièrement soutenu, au risque de passer un peu vite sur certains détails même si la lisibilité globale n’en souffre pas.

S’il en avait surpris plus d’un dans le premier opus, le jeu très particulier des comédiens, qui reproduit parfois à l’identique les attitudes des personnages papier, s’intègre avec davantage de naturel à l’univers déjanté du film grâce à une mise en scène qui a gagné en dynamisme.

On retrouvera avec un plaisir immense les acteurs Etsushi Toyokawa (toujours aussi habité par son personnage), Teruyuki Kagawa ou encore Takako Tokiwa, dont les maquillages de vieillissement sont à ce titre bluffants. Parmi les nouveaux venus, on émettra quelques réserves sur le choix d’Airi Taira dans le rôle central de Kanna, jeune actrice dont le jeu conserve quelques réflexes d’amateurisme dans les scènes dramatiques. La bonne surprise vient de Haruka Kinami qui reproduit avec un sens inné de la comédie les expressions et la gestuelle de l’adolescente un peu à l’ouest qu’est Koizumi.

Ce que l’on aurait aimé voir dans ce second chapitre, c’est un peu plus de cette culture rock omniprésente dans la bande dessinée, de ces hommages nostalgiques aux seventies, de ces multiples allusions à Woodstock dont on fête actuellement le quarantième anniversaire. Il n’empêche que l’on trépigne d’impatience de découvrir le troisième et ultime volet qui arrive au Japon à la fin du mois et – on l’espère – ne devrait pas tarder à sortir dans les salles françaises.

Elodie Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 14 août 2009

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