Critique : ‘A True Mob Story’, de Wong Jing

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En réalisant A True Mob Story, qui met en vedette Andy Lau dans un rôle d’anti-héros, l’ambition de Wong Jing était d’offrir au public un « film de mafia réaliste ». Le film se distingue des films de triades romantiques ou des films de jeunes gangsters sympas typiques du cinéma de Hong Kong. Il n’est pas question cette fois de montrer les mafieux sous un jour avenant, au contraire. Les patrons sont les pires des ordures, il n’y a pas de loyauté, pas de code d’honneur, et cet aspect du film, la volonté de démystification des triades, constitue en soi une intention tout à fait honorable. Pour autant, l’ensemble n’aboutit jamais à un résultat convaincant.

a_true_mob_story_08Dans A True Mob Story, Andy Lau incarne Wai, un homme qui se laisse humilier par ses supérieurs à longueur de journée alors qu’il les a tirés d’affaire cinq ans plus tôt, causant la mort de sa propre femme. Il ne vit plus désormais que pour son fils, tout en se sentant indigne de son admiration. Capable d’explosions de violence inouïes comme d’une incroyable naïveté, il ne s’aperçoit même pas que derrière la fabrique de VCD pirates de son patron et associé se cache un trafic de cocaïne.

Soutenu d’un côté par Ruby (Suki Kwan), une prostituée (bien sûr) au grand cœur, et de l’autre par une avocate incarnée par Gigi Leung, il se retrouve néanmoins traqué par le petit ami de celle-ci, joué par Alex Fong, chef de l’Organized Crime and Triad Bureau. La situation se complique encore lorsque le meurtrier de sa femme sort de prison et s’attaque à ses proches.

a_true_mob_story_04A partir de ce canevas, A True Mob Story enchaîne les scènes de violence plus ou moins gratuite : entre les passages à tabac à répétition, les assassinats à coups de marteau en pleine rue, les extraits de piments sur plaie à vif et autres joyeusetés, on n’a pas le temps de s’ennuyer.

L’accumulation de ces scènes est toutefois susceptible de paraître un peu too much au bout d’un moment, étant donné le manque de vision artistique globale. Dès les premiers plans, on a droit à une photographie, osons le dire, absolument pourrie, sur-éclairée, aux couleurs délavées, sans aucun souci d’harmonie d’ensemble. Même si on a compris que Wong Jing ne cherchait pas à faire un film stylisé à la Johnnie To, le manque de soin visuel donne l’impression d’un film très daté, alors qu’il a été réalisé en 1998. C’est d’autant plus dommage que le générique de début est rythmé et engageant.

A True Mob Story se rattrape sur une solide interprétation des acteurs principaux, en particulier Andy Lau, ambigu et émouvant. Gigi Leung de son côté campe une avocate attachante, tandis qu’Alex Fong parvient à donner de l’épaisseur à un personnage antipathique. On peut donc se montrer indulgent sur les rôles de « méchants » très caricaturaux (le fameux Tête de Mort, ennemi de Wai, en particulier) et les quelques longueurs de la fin.

a_true_mob_story_05Malgré tout, force est de constater que depuis quelques années, le cinéma de Hong Kong se résume uniquement à cette violence tous azimuts, qu’elle soit « fun » (les films de Johnnie To, parmi les rares productions à surnager dans une industrie plus morose que jamais depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine) ou « réaliste » (c’est la vocation de A True Mob Story justement). Or à trop vouloir en faire, l’impact en est nettement atténué.

Un certain ras-le-bol nous submerge donc à la vue de ces meurtres et tortures, seul domaine où l’imagination se déchaîne, de ces femmes systématiquement tabassées et violées sous prétexte de nous « instruire » sur la vraie vie, alors que ces scènes servent de toute évidence des intentions plus que racoleuses. Le cinéma de Hong Kong n’a-t-il plus rien d’autre à nous raconter ?

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 3 janvier 2005

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