Critique : ‘Ab-Normal Beauty’, de Oxide Pang

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Pour situer Ab-Normal Beauty dans l’œuvre des frères Pang, il est à noter que l’accident de voiture déclencheur de toutes les turpitudes de Jiney (Race Wong) sort tout droit du film Leave me alone réalisé simultanément par l’autre Pang, Danny. Les deux films, pourtant radicalement opposés puisque Leave me alone est une comédie (excellente qui plus est) partagent donc deux plans en commun : celui de la voiture accidentée et celui du conducteur inconscient incarné par Ekin Cheng (ici réduit à l’état de simple cameo). Passé ce petit clin d’œil amusant, un autre détail retiendra l’attention : les deux héroïnes du film, que l’on découvre liées par une affection trouble, sont incarnés par deux sœurs ! Race et Rosanna Wong sont en effet membres du groupe chinois 2R et il s’agit ici de leur premier rôle au cinéma.

Ab-Normal Beauty offre donc un contrepoint particulièrement tordu à Leave me alone, sorti presque en même temps à Hong Kong, et où les deux jumeaux sont interprétés par le même acteur (Ekin Cheng). Ca commence bien !

abnormal_beauty_02Jeune étudiante et artiste très douée, Jiney voit sa vie bouleversée le jour où elle assiste par hasard à un accident de voiture. Saisissant son appareil photo, elle se met à mitrailler la victime étendue sur le sol – une jeune femme tuée sur le coup – et se surprend à en ressentir une curieuse excitation. Dès lors, elle n’aura de cesse de traquer la mort partout où elle se rend. Un comportement qui inquiète bientôt sa meilleure amie, Jas…

Dans la lignée de The Eye 2 dans lequel une Shu Qi enceinte et désemparée sombrait dans une véritable psychose, Ab-Normal Beauty d’Oxide Pang relate par le menu la descente aux enfers d’une belle jeune femme, Jiney, qu’un événement fortuit – la vision d’une morte en pleine rue – va peu à peu transformer, l’isolant encore davantage du reste du monde. Jiney est une artiste complète qui excelle autant dans l’art de la photographie que dans celui la peinture, mais qui, comme toutes les artistes, ne ressent qu’insatisfaction à l’égard de son oeuvre. Le spectacle de la mort va brutalement révéler à la jeune fille ses propres fantasmes et redynamiser son art. Cette idée de départ passionnante, aux possibilités multiples et complexes, méritait un traitement à la hauteur. Un pari dont Oxide Pang, peu soucieux d’aller au fond de son sujet, ne s’acquitte qu’à moitié.

Se servir du mystère de la création artistique avec tout ce qu’il implique de monstrueux comme moteur d’une histoire horrifique, pourquoi pas. C’est d’ailleurs lorsque le réalisateur met de côté les dialogues et laisse parler les images que le film décolle vraiment. Les visions brutales et répétées des photos et peintures réalisées par Jiney rythment toute la première partie du film et la tension s’installe sans mal, renforcée par un montage serré et une ambiance sonore tour à tour planante et inquiétante. Oxide Pang a décidé de nous secouer tout du long et il y parvient plus d’une fois, à l’aide de moyens parfois grossiers mais diablement efficaces.

Certes, les scènes clipesques qui parsèment régulièrement le film risquent fort d’irriter assez rapidement, le pompon étant atteint avec cette scène où Jiney fait mine de vouloir se suicider du haut du dixième étage d’un immeuble avec pour fond sonore une chanson certes agréable mais totalement déplacée. Quant à la photographie du film, elle est belle dans l’ensemble mais cède plus d’une fois à la tentation du trop flashy. Malgré cela, tant que le mystère continue de planer sur la santé mentale de Jiney, Ab-Normal Beauty fonctionne plutôt bien. C’est lorsque Oxide Pang cherche à expliquer les raisons du comportement de son héroïne que le film perd sensiblement de son sel. Et ce même si les explications fournies sur son « traumatisme » sont éminemment acceptables – mais on n’en dira pas plus.

abnormal_beauty_03Ab-Normal Beauty se clôt par un final paroxystique qui en réjouira – ou en dégoûtera définitivement, c’est selon – plus d’un(e). Une bonne façon pour Oxide Pang de faire passer la pilule de son manque d’ambition dans le traitement de son sujet et de son personnage principal : une héroïne torturée, obnubilée par son art et par conséquent totalement recroquevillée dans son monde intérieur mais qui n’oublie quand même pas de rester mode et de s’appliquer régulièrement sur le visage des masques de beauté… on y croit ! Race Wong n’est toutefois pas à incriminer et s’en sort assez bien malgré le caractère irréaliste de son rôle, en tout cas bien mieux que sa sœur Rosanne dont les débuts sont peu prometteurs. Quant à Anson Leung, il se contente d’être mignon dans le rôle de la potiche du film, qu’il incarne avec un grand naturel.

Ab-Normal Beauty fait partie de ces films qui font leur petit effet sur le coup mais dont on ne retiendra pas grand-chose sur la durée. Un film pop-corn.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 22 novembre 2005

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