Critique : ‘April Snow’, de Hur Jin Ho

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Nul n’est prophète en son pays et ce n’est pas en Corée qu’April Snow s’est imposé comme l’un des plus grands succès de l’année 2005 mais au Japon, où il est rapidement devenu un phénomène. La raison tient en partie à la présence de l’acteur principal, Bae Yong Joon, extrêmement populaire au Pays du Soleil Levant depuis le phénomène Winter Sonata, un drama mélodramatique qui a participé à lancer la hallyu (ou vague coréenne, ce terme désignant l’engouement des autres pays asiatiques pour la culture coréenne). April Snow ne saurait cependant se voir réduit à la simple exploitation dun phénomène de mode : ce drame sensible et tout en finesse mérite l’attention pour ses qualités propres.

In Su (Bae Yong Joon) et Seo Young (Son Ye Jin) ne se sont jamais rencontrés et pourtant les événements vont les rapprocher. Appelés chacun de leur côté par un hôpital pour rejoindre d’urgence leurs conjoints victimes d’un accident de voiture, ils découvrent au même moment que ces derniers entretenaient une liaison…

Après ses excellents mais pessimistes Christmas in August et One Fine Spring Day, le réalisateur sud-coréen Hur Jin Ho revient avec April Snow. Ce troisième long métrage reprend les thématiques chères au réalisateur : un amour inaccessible, la peur de l’engagement mais aussi le mariage. Seulement évoqué dans ses longs-métrages précédents, le mariage est cette fois le point de départ du film. L’histoire commence par deux révélations brutales, un double choc pour In Su : l’accident de son épouse puis la liaison adultère qu’elle entretenait avec un autre homme. En miroir, Seo Young vit le même drame et le début d’April Snow navigue entre les vies de ces deux êtres a priori étrangers mais qui se trouvent soudainement connectés par la douleur.

A l’image d’In Su et Seo Young, le film plonge tout d’abord dans une douce apathie qui se traduit par des plans se succédant avec lenteur et par une quasi absence de dialogues et de musique. Ce n’est que lorsque In Su et Seo Young se voient enfin que le film s’éclaire. Cette manière de se fondre dans les états d’âme des personnages, de suggérer leur vie intérieure à travers sa mise en scène, est sans doute ce qui rend le cinéma de Hur Jin Ho si fort émotionnellement, si criant de vérité.

Comme dans Christmas in August, où la souffrance physique causée par la maladie n’était pas explicitement montrée mais transpirait pourtant à chaque plan, le réalisateur utilise encore une fois dans April Snow le pouvoir extraordinaire de la suggestion pour nous laisser percevoir le monde que partageaient les deux amants illégitimes. Les échos d’une vidéo partagée, les bribes d’un message sur un portable… ces quelques traces viennent partiellement combler l’ellipse opérée sur la liaison des deux accidentés – partiellement seulement. Depuis combien de temps se voyaient-ils ? Que vivaient-ils ensemble que leur conjoint ne pouvait pas ou plus leur apporter ? Autant de questions qu’In Su et Seo Young se posent inévitablement et qui suscitent en eux des bouleversements complexes, intenses. Frustration, colère, tristesse, sentiment de trahison ou de culpabilité, la palette d’émotions qu’ils traversent est montrée avec pudeur et sobriété, sans effusion inutile, là où nombre de mélodrames coréens auraient insisté sur les larmes.

Si One Fine Spring Day se montrait un brin moralisateur dans son récit d’une rupture, April Snow franchit une étape supplémentaire : après l’effondrement d’un monde et après la colère vient la reconstruction. In Su et Seo Young vont se dévoiler mutuellement mais peut-être aussi redécouvrir chacun de leur côté une part d’eux-mêmes qu’ils avaient longtemps mise de côté. L’émotion suscitée par l’esquisse d’une romance, avec tous les doutes qu’elle suscite en raison des circonstances, est distillée de manière diffuse. Proche de ses sujets sans jamais faire intrusion dans leur intimité, le réalisateur s’attache à saisir des gestes, des regards.

Le film n’est pas exempt de quelques longueurs dans sa seconde partie, mais il est soutenu par l’interprétation tout en nuance de ses deux comédiens principaux, qui donnent admirablement vie à leurs personnages. Fort jusqu’ici d’une popularité réservée à la télévision, Bae Yong Joon prouve qu’il peut tenir un premier rôle au cinéma en trouvant le ton juste pour le rôle d’In Su. Quant à l’actrice Son Ye Jin, plus que jamais en vogue depuis le succès de A Moment to Remember (de Lee Jae Han), elle impressionne par le mélange de discrétion et de spontanéité touchante qui imprègnent son jeu.

Histoire d’un deuil, espoir d’un nouveau départ, April Snow dresse avec finesse les portraits poignants d’un homme et d’une femme que Hur Jin Ho parvient comme à son habitude à rendre plus vrais que nature. Un film élégant, subtil, émouvant, et qui malgré les apparences reste à ce jour l’œuvre la plus optimiste de son auteur.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 8 mars 2006

 

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