Critique : ‘Arahan’, de Ryu Seung Wan

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Réalisé en 2004 par Ryu Seung-Wan, Arahan a séduit le jury de la compétition Action du Festival du Film Asiatique de Deauville 2005, qui lui a décerné le Prix Action Asia, un choix sans surprise mais aisément compréhensible. A la fois drôle, fantaisiste et efficace, ce manga-live frôle de très près le genre du film d’arts martiaux mais aussi celui du film de superhéros.

Depuis des siècles, sept maîtres d’arts martiaux détiennent la clé qui permet d’accéder au Pouvoir absolu Arahan. A notre époque, cinq des maîtres continuent de garder ce secret, jusqu’à ce qu’un sixième, qui les avait trahi en tentant de s’approprier le pouvoir, ressurgisse de sa prison. Sans le savoir, un jeune policier aussi maladroit que timide est leur seul espoir…

Le parcours de Sang-Hwan (Ryu Seung-Bum) évoquera inévitablement celui de Peter Parker dans Spider-Man (Sam Raimi) : timide, constamment à la traîne, Sang-Hwan n’est pas ce genre de héros qui trouve toujours la bonne réplique au bon moment. Sang-Hwan a tout d’un raté, de l’homme auquel personne ne fait attention, surtout pas une jolie fille. Et pourtant, le tabassage en règle qu’il subit de la part d’une bande de mafieux révèle chez lui une force précieuse s’il en est : celle de rester fidèle à ses principes. De cette humiliation particulièrement violente, donnant lieu à une scène très dure qui tranche avec le ton comique du début, viendra son désir de savoir se battre. Mais contrairement à un Peter Parker, les humiliations répétées que Sang-Hwan a connues ont fait naître en lui un adversaire redoutable : la colère.

Au départ, Arahan est conçu comme une comédie. Mais malgré les nombreux gags, qui fonctionnent d’ailleurs très bien, Arahan n’est pas pour autant un film désopilant comme pouvait l’être le Shaolin Soccer de Stephen Chow. Si le parcours de Sang-Hwan est bien souvent teinté de dérision, il n’en fait pas moins référence aux films d’arts martiaux classiques. Dans Arahan, les arts martiaux n’ont pas uniquement pour fonction de créer du spectacle, de l’action. Leur rôle est aussi narratif puisque l’histoire et les personnages évoluent à travers chaque combat. En ce sens, on peut qualifier Arahan de véritable film d’arts martiaux. Et comme dans tout film d’arts martiaux qui se respecte, le plus important pour Sang-Hwan ne sera pas de réussir à battre les autres mais de parvenir à vaincre son ego, son orgueil.

Avec humour et candeur, Arahan transmet bel et bien les valeurs des arts martiaux, rendant par la même occasion hommage aux mérites des travailleurs manuels, les seuls à utiliser pleinement le potentiel du corps humain, tout en affirmant qu’un maître sommeille peut-être en chacun de nous. Mais contrairement à nombre de films valorisant l’esprit des arts martiaux, Arahan ne prône pas le renoncement aux valeurs actuelles mais bel et bien l’adaptation à notre monde. Et cette adaptation passe par la prise de conscience du passé par les jeunes mais aussi par le passage de relais par les plus âgés à ces jeunes hommes et femmes.

Si Arahan fait passer un message progressiste, le film conserve cependant du début à la fin un ton léger, n’hésitant pas à parodier les tics des films d’arts martiaux, comme l’apprenti qui s’exerce avec un objet du quotidien (en faisant la circulation!), ou sous une cascade. Le film mise aussi sur des scènes d’action efficaces et rythmées et prouve ainsi qu’il est possible pour les Coréens de rivaliser avec les films d’arts martiaux chinois sans faire appel aux talents de ces derniers – comme ce fut le cas pour Bichunmoo (Kim Yeong-Joon).

Et à la vue de combats réussis dans une production coréenne, un nom doit immédiatement venir à l’esprit : Jeong Du-Hong. Récemment vu dans Champion (Kwak Kyung-Taek), Jeong Du-Hong a quelque chose à voir de près ou de loin avec à peu près tous les films coréens mettant en scène des chorégraphies, de Public Ennemy (Kang Woo-Suk) à No Blood No Tears (Ryu Seung-Hwan), en passant par Natural City (Min Byung-Chun). Prenant directement part à l’action puisqu’il interprète le bad guy tourmenté, Jeong Du-Hong signe ici des chorégraphies très dansantes lorsqu’elles font intervenir des câbles, violentes lors des affrontements plus terre-à-terre.

La bagarre du restaurant possède d’ailleurs une rage et une violence brute qui rappellera No Blood No Tears, un film qui avait l’audace de faire mettre en scène des femmes dans des bastons extrêmement brutales. Quant aux scènes plus fantaisistes de Arahan, elles emploient les câbles à bon escient car en accord avec l’évolution des pouvoirs des personnages.

Film d’action mêlant efficacement arts martiaux et effets spéciaux, le tout dans un esprit très comic-book, Arahan est aussi une comédie très attachante portée par un Ryu Seung-Beom attendrissant, une Yoon So-Yi convaincante et un Ahn Sung-Gi toujours aussi charismatique. Un divertissement de qualité.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 14 janvier 2006

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