Critique : ‘Azumi 2 – Death or Love’, de Shusuke Kaneko

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Réalisé par Shusuke Kaneko, Azumi 2, Death or Love est la suite du film de Ryuhei Kitamura sorti deux ans plus tôt. Adapté de l’œuvre de Yu Koyama, Azumi se présentait comme un manga-live mêlant avec une rare aisance l’action, le drame et la fantaisie façon Kitamura, c’est-à-dire délirante. Sachant que Kitamura n’est pas metteur en scène du second opus, il y avait de quoi concevoir une certaine appréhension. Mais il fallait aussi laisser une chance à Shusuke Kaneko, à qui l’on doit déjà la trilogie des Gamera, d’autant plus que l’excellent Yoshiaki Kawajiri (Ninja Scroll, La Cité Interdite, Vampire Hunter D Bloodlust) est venu se joindre à la fête en tant que scénariste. L’univers du premier film est-il respecté ou travesti ? Le résultat laisse mitigé mais ne fait pas honte au précédent.

Azumi et Nagara sont les seuls survivants de la mission imposée par leur maître. Cette mission est cependant loin d’être achevée et les deux jeunes gens se lancent à la poursuite d’un tyran du nom de Masayuki Sanada, un homme cruel qui possède aussi de redoutables gardes du corps. Mais Azumi n’a pas dit son dernier mot.

Azumi 2, Death or Love débute juste après la fin de Azumi : l’héroïne interprétée par Aya Ueto se retrouve seule en compagnie de Nagara (Yuma Ishigaki) et il leur reste à assassiner Masayuki Sanada (Mikijiro Hira) pour achever leur mission. Dès le début du film, l’action commence, il semble qu’il n’y ait pas une minute à perdre tant pour les personnages que pour le metteur en scène. On remarque cependant immédiatement que ce dernier est nettement moins à l’aise que Kitamura pour filmer les combats qui se révèlent très confus. Mais peut-être nous réserve-t-il le meilleur pour la fin.

Azumi et Nagara vont rencontrer tout un tas de personnages aussi hauts en couleur que dans l’opus précédent et sur ce plan, l’univers du premier film est parfaitement respecté, avec cette rencontre plaisante entre décor de chambara, ambiance manga et jeu vidéo. On retrouve avec plaisir vers la fin du film une atmosphère qui évoque Ninja Scroll, lorsque Azumi doit traverser une forêt et affronter successivement plusieurs adversaires étranges (un homme araignée, une femme dont la vitesse défie l’entendement) avec des costumes parfois à mourir de rire (celui de Dame Kûnyo surtout !) et des armes plus perverses les unes que les autres.

La palme du meilleur concept de scène revient incontestablement à l’excellent affrontement entre Azumi et l’homme araignée interprété par Taku Sakaguchi (Versus), une séquence efficace et imaginative. Quant au moment le plus chaud, il s’agit bien sûr de celui où Kozue transperce rageusement de son sabre un beau jeune homme contre un arbre, avec un air vicieux dont seule Chiaki Kuriyama a le secret.

Heureusement que certaines scènes se distinguent par leur fantaisie car dès lors que les combats adoptent un style plus classique, le rendu s’avère extrêmement brouillon. Non que les chorégraphies soient absentes, et l’on peut saluer le travail de coordination de l’action sur les plans de foule. Un travail auquel la réalisation de Shusuke Kaneko, malheureusement, ne rend guère justice, tant la maîtrise de l’espace laisse à désirer. On grimace ainsi lorsqu’un combattant encerclé par ses ennemis se retrouve caché par l’un d’eux au moment de l’attaque…

Azumi 2, Death or Love bénéficie pourtant d’un certain soin visuel marqué par une belle direction de la photographie. Mais le film ne brille pas par sa maîtrise de l’action dans les combats traditionnels, et sur ce plan nous sommes loin du travail de Kitamura.

Les enjeux dramatiques sont un peu à l’image de l’action : mi-figue mi-raisin. Les fans du premier apprécieront de retrouver l’héroïne vêtue de sa légendaire cape, une héroïne qui se définit comme une sorte de pendant féminin à Kenshin et qui reste un personnage féminin atypique dans le cinéma d’action. Pourtant, le scénariste Yoshiaki Kawajiri commet une belle faute de goût dès le début du film en tentant de « féminiser » le personnage à travers ses contacts avec des enfants. S’il y avait bien une erreur à en pas faire, c’était précisément celle d’utiliser des ressorts aussi évidents et aussi clichés (la potentielle envie de maternité) : non seulement ce genre d’attitude est proprement incohérent avec tout ce qui a été dit dans l’opus précédent (Azumi renonçant à la féminité pour se défendre contre les violeurs de son amie), mais il eut été bien plus intéressant et pertinent de la voir se montrer maladroite avec ces enfants en voulant bien faire.

Là où le bât blesse le plus, c’est dans le développement des autres personnages, sur lesquels le film reste beaucoup trop en surface. La plupart voient leurs enjeux esquissés mais leur évolution s’arrête pile au moment où elle commence à devenir intéressante. Le cas le plus flagrant est le personnage de Kozue (Chiaki Kuriyama), dont on peine à comprendre véritablement les motivations, faute de développement. On passera sur les flash-back à rallonge et un peu gnangnan sur le dénommé Nachi. Signalons tout de même que le film nous permet de retrouver Shun Oguri, un peu lésé dans le film précédent et qui réapparait ici dans un rôle mystérieux. Enfin, le final n’est qu’une pâle copie du climax du film précédent, l’envergure et l’énergie en moins.

A l’arrivée, Azumi 2, Death or Love a du mal à convaincre ceux qui ont adoré le premier, même avec son climax qui n’est qu’une pâle copie du précédent. Trop timide, cette suite n’est toutefois pas déshonorante et demeure un divertissement sympathique dont quelques scènes tirent leur épingle du jeu. A voir pour le fun uniquement.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 27 août 2006

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