Critique : ‘Bang Rajan’, de Tanit Jitnukul

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Réalisé en 2000 par Tanit Jitnukul, Bang Rajan est l’un des plus grands succès de tous les temps du cinéma thaï puisqu’il a battu à l’époque les blockbusters américains, ainsi que Nang Nak, le gros succès thaï qui l’avait précédé. Pourtant Bang Rajan n’a rien d’un film a priori grand public puisqu’il se caractérise par une violence et une barbarie poussées à l’extrême.

En 1765, la Thaïlande est envahie par l’armée birmane qui a décidé de s’emparer de la capitale Ayuthaya. Mais un petit village du nom de Bang Rajan se rebelle. Mobilisant toutes leurs ressources, les villageois organisent progressivement leur résistance. Ils sont prêt à lutter jusqu’au bout pour l’indépendance…


Bang Rajan raconte une histoire universelle, celle de villageois qui tentent de résister à un envahisseur, une histoire qui touche efficacement le sentiment de fierté nationale du peuple thaï et dont les thématiques peuvent aussi parler à un public de n’importe quelle origine. Ainsi, Bang Rajan n’est pas destiné à un large public selon les critères habituels, mais n’en est pas moins une œuvre extrêmement populaire et accessible.

A ce titre, le scénario n’est pas des plus complexes : les Birmans sont présentés comme des méchants sanguinaires, accomplissant sans scrupule des actes ignobles. Tout juste a-t-on droit au sermon du moine qui rappelle au passage dans une courte scène que les Birmans sont aussi des êtres humains. Ceci dit, force est de constater que les actes montrés sont plutôt réalistes, non pas sur les Birmans spécifiquement mais sur ce qui se déroule en temps de guerre, notamment à cette époque. Tanit Jitnukul ne peut donc pas être accusé d’avoir fait un film anti-Birman, Bang Rajan est avant tout un film sur l’horreur de la guerre, les barbaries perpétrées à des fins de conquête, et les sacrifices d’une population résistante qui s’unit face à l’ennemi.

Disposant d’interprètes tout à fait à la hauteur de son objectif, Bang Rajan nous montre la vie des villageois qui s’organise autour de la résistance, et s’attarde sur certains d’entre eux. Encore une fois, la narration est linéaire et les enjeux dramatiques restent simples mais les personnages deviennent vite attachants, ce qui était indispensable pour que l’histoire fonctionne étant donné la tournure tragique que prennent les évènements.

Si Tanit Jitnukul a légèrement cédé au glamour dans le choix de son casting, notamment féminin, il a banni toute vision esthétisante de la violence telle qu’on peut la voir dans la plupart des films de Hong Kong. Tout en jouant sur une cinématographie soignée et une bande son toujours appropriée, le réalisateur a fait des choix de mise en scène se rapprochant plus du documentaire que du film d’action chorégraphié comme un ballet. Il utilise notamment des plans filmés en caméra à l’épaule, nous plongeant directement dans le feu de l’action, un procédé qui pourra éventuellement rappeler certaines scènes de massacre vues dans The Blade de Tsui Hark.

Mais résumer le film de Tanit Jitnukul à ses influences supposées serait très réducteur. Bang Rajan n’a pas le côté comic book du film de Tsui, et ses scènes d’action sont non seulement d’une rage rarement vue à l’écran, mais aussi d’un réalisme saisissant. Servies par un montage percutant, les chorégraphies sont époustouflantes de vitesse et de fluidité, avec une excellente gestion de l’espace et de l’alternance entre grands angles et plans plus rapprochés nous montrant les acteurs effectuer leurs combats.

Les comédiens et comédiennes ont d’ailleurs suivi un entraînement au maniement des armes avec des maîtres du Krabi-Krabong (art de combat armé thaïlandais, krabi désignant le sabre, et krabong le bâton). Et pour les rapprocher encore plus de leurs personnages, Tanit Jitnukul les a même fait vivre pendant plusieurs semaines dans les conditions de l’époque !

Bang Rajan s’impose comme l’un des films d’action les plus violents jamais réalisés, mais aussi comme un monument incontournable du cinéma thaïlandais, de par la qualité de sa mise en scène (qui valait bien un prix de la mise en scène à Deauville), le sentiment d’identité nationale qui s’en dégage et l’écho que le film a trouvé auprès du public thaï. Un film efficace et explosif, à posséder d’urgence.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 20 avril 2005

 

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