Réalisé en 2013 par Gook Dong Suk, le film Blood and Ties place Son Ye Jin dans une situation particulièrement délicate, celle d’une femme qui se met peu à peu à soupçonner son père d’avoir commis un acte monstrueux dans le passé. Avec un tel sujet dans les mains, le réalisateur a de quoi livrer une œuvre sombre, puissante et complexe. Or le moins que l’on puisse dire est que la montagne accouche d’une souris.

Le 1er février 2007 sortait sur les écrans coréens Voice of a Murderer, un film écrit et réalisé par Park Jin Pyo qui relatait avec réalisme le calvaire atroce d’un couple confronté au kidnapping de leur enfant. Le public connaissait alors déjà l’issue fatale de cette histoire puisque celle-ci s’inspirait d’un fait divers qui avait traumatisé le pays au début des années 90 : l’enlèvement d’un garçon de neuf ans, fils d’un célèbre animateur télévisé, et la découverte de son cadavre 44 jours plus tard dans les égouts du fleuve Han. L’assassin n’a jamais été retrouvé. Dans Voice of a Murderer, le père était interprété par Sol Kyung Gu tandis que Kang Dong Won trouvait un contre-emploi saisissant dans le rôle du tueur sadique dont le visage ne nous était jamais dévoilé. La particularité du film était que l’on y entendait la véritable voix du meurtrier sur un enregistrement diffusé sur la toute fin, qui achevait de nous abandonner sur un sentiment d’horreur absolue.

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C’est de ce détail que part Blood and Ties de Gook Dong Suk, qui fut justement assistant réalisateur sur Voice of a Murderer. Le film, sorti fin octobre 2013, repose sur un postulat simple : et si le délai de prescription n’avait pas été dépassé au moment de la sortie de Voice of a Murderer ? Et si quelqu’un avait reconnu l’un de ses proches en entendant la voix du tueur ? Cette personne l’aurait-elle dénoncé ?


A l’approche de la trentaine, Da Eun (Son Ye Jin) enchaîne les entretiens d’embauche dans le but de décrocher un poste de journaliste. Heureuse en couple avec Jae Kyoung (Lee Gyu Han), un jeune policier, elle vit néanmoins chez son père Son Man (Kim Kap Soo), un homme très doux avec lequel elle entretient une relation fusionnelle. Alors qu’elle est au cinéma avec Jae Kyoung et leur amie commune Bora (Jo An), elle sent soudain son sang se glacer dans ses veines. Le film est inspiré de faits réels et traite du kidnapping et du meurtre d’un enfant, un crime resté impuni à ce jour. Or en entendant la vraie voix de l’assassin à la fin du film, elle reconnaît celle de son père. Elle identifie même une tournure de langage qu’il affectionne particulièrement. A partir de là, le doute s’insinue dans son esprit, un doute d’autant plus pesant qu’elle retrouve l’enregistrement en question sur internet. Lorsqu’elle s’ouvre enfin à son père, celui-ci nie tout en bloc…

Son Ye Jin (April Snow) retrouve Kim Kap Soo (Time Between Dog and Wolf, The Last Blossom) sept ans après le drama Alone in Love dans lequel il interprétait déjà son père. Les deux acteurs ont une très bonne alchimie et ont en commun d’être versatiles et doués pour les scènes chargées en émotion. Ils représentent incontestablement l’attraction majeure de Blood and Ties si ce n’est son seul intérêt. Son Ye Jin est immédiatement crédible en jeune femme naïve que le soupçon va peu à peu corrompre, tandis que Kim Kap Soo excelle dans la peau du papa gâteau pudique, comme il l’avait déjà prouvé dans Cinderella’s Stepsister.

Le réalisateur Gook Dong Suk compte cependant un peu trop sur ses deux comédiens pour pallier le manque de finesse de son scénario et la vacuité de sa mise en scène. Même s’il n’est pas laid à regarder, Blood and Ties est réalisé comme un téléfilm, sans aucune ambition visuelle ou narrative. Le suspense qui aurait dû nous ronger autant que l’héroïne est dilué au gré de scènes qui s’enchaînent les unes à la suite des autres sans temps fort. Le tout nous mène jusqu’à un final dont le caractère spectaculaire apparaît d’autant plus maladroit.


Il manque à ce Blood and Ties une vision, un propos véritable exploitant les possibilités induites par son sujet si grave. Le dilemme auquel fait face Da Eun est terrible et on comprend la réserve voire l’agressivité des autres personnages à son encontre (le commissaire, Jae Kyoung et Bora, mais aussi le père de la victime) face à son choix de croire à tout prix Son Man. Au final, contre toute attente, le film esquive pourtant la question si passionnante qu’il pose dans sa première partie.

Au lieu de se pencher en profondeur sur la descente aux enfers d’une femme qui se découvre, peut-être, l’enfant d’un monstre, qui plus est d’un monstre qu’elle aime de tout son cœur, Gook Dong Suk se fourvoie dans une direction mélodramatique de mauvais goût. Il nous enfume avec un twist qui aurait eu toute sa place dans un drama alambiqué accordant une grande place au développement des personnages, mais certainement pas dans un long métrage aussi court et linéaire. Un beau gâchis de talents.

Caroline Leroy

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