Critique : ‘Calamari Wrestler’, de Minoru Kawasaki

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Il fallait oser. Mélange de comédie, de film d’action et de mélodrame, Calamari Wrestler de Minoru Kawasaki nous introduit de manière originale au monde délirant du catch japonais, par l’intermédiaire d’un calamar géant propulsé nouvelle star du ring à la suite d’un coup d’éclat. L’idée est savoureuse et le générique d’ouverture promet le meilleur. Si l’irruption de l’incroyable créature au beau milieu des humains (pas plus étonnés que ça, au demeurant) provoque immanquablement l’hilarité, le film peine à exploiter efficacement le concept jusqu’au bout et l’on ne rit autant qu’on l’aurait cru. Malgré tout, force est de constater que ce calamar aux grands yeux innocents et aux techniques de combat imparables se révèle diablement attachant.

Alors qu’il reçoit entre les mains le trophée qui fait de lui le champion incontesté de la lutte professionnelle japonaise, Kôji Taguchi est défié en direct sur le ring par un calamar géant. Battu à plates coutures, il est humilié devant le pays entier et devant sa petite amie. Mais la prise décisive utilisée par le calamar rappelle instantanément à cette dernière son ancien ami et ex-champion de catch, Kan’ichi Iwata, retiré à la suite d’une maladie incurable…

calamari_wrestler_02L’indigence du traitement de certains personnages, principaux comme secondaires, est pour beaucoup dans le sentiment de détachement que suscite à plusieurs reprises cette œuvre pourtant éminemment sympathique dans son ensemble. Ainsi, la souffrance du champion déchu Taguchi (Osamu Nishimura), perpétuellement relégué à la seconde place derrière Iwata – même lorsque celui-ci est changé en calamar – , n’émeut pas vraiment. Les patrons de la Fédération Nationale de Lutte Professionnelle frisent trop la caricature pour représenter une véritable menace mais ne sont pas non plus assez exubérants pour mériter leur place dans les annales.

Quant à la femme qui rapproche et sépare les deux catcheurs rivaux, la très niaise Miyako (Kana Ishida), elle ne semble pas avoir d’existence propre, son rôle consistant simplement à trembler pour son Iwata/calamar bien-aimé, suspendue béatement au moindre tressaillement de ses tentacules. Certes, il s’agit là d’un pastiche et leur relation très « belle et la bête » n’est pas à prendre totalement au sérieux – sans compter que ce calamar a décidément une bonne tête. Mais on devine rapidement que la romance, qui occupe une (trop) grande part du long métrage, est aussi destinée à nous attendrir et c’est là que le bât blesse.

D’une manière plus générale, Calamari Wrestler a du mal à trouver le juste milieu entre sérieux et parodie, les personnages ne se montrant pas suffisamment consistants pour permettre aux enjeux dramatiques, aussi simples soient-ils, de fonctionner pleinement, et pas non plus assez délirants pour nous faire oublier ces maladresses. Néanmoins, il serait injuste de bouder ce film original et frais qui, s’il manque d’intensité, est tout de même traversé de réjouissantes scènes de comédie et d’action, la plupart d’entre elles mettant bien entendu en vedette notre valeureux héros calamar.

calamari_wrestler_01En effet, c’est lorsque Calamari Wrestler se centre exclusivement sur son protagoniste principal que la bonne humeur se fait vraiment contagieuse. Difficile de réprimer un sourire devant le spectacle du calamar méditant consciencieusement au temple ou faisant ses emplettes dans les rues de la ville comme si de rien n’était. Quant au pénible entraînement que subit l’invertébré à l’approche du combat final, il prend la forme d’une parodie irrésistible des Rocky, prolongée sur le ring par les divers affrontements surréalistes qui ponctuent le film : calamar contre humain, calamar contre pieuvre ou encore calamar contre écrevisse, les combinaisons sont multiples et les scènes d’action à la hauteur des intentions, les crustacés et autres créatures marines usant de techniques de catch aussi sophistiquées que véridiques. A cela s’ajoutent les élucubrations des commentateurs et les divers clins d’œil aux amateurs de catch japonais, par le biais d’interventions de vraies stars locales prenant acte de la menace représentée par l’outsider insolite.

La qualité la plus notable du film réside dans le fait que le calamar lui-même n’est jamais réellement tourné en dérision, contrairement à ce que l’on aurait pu supposer au vu de son apparence pour le moins insolite. Le personnage est traité avec le plus grand respect, exactement comme s’il s’agissait d’un être humain. De fait, il ne tarde pas à s’imposer comme le personnage le plus abouti du film, à la fois mystérieux, timide et délicieusement expressif. Lorsque le méprisant patron de la Fédération l’exclut du monde de la lutte professionnelle parce qu’il refuse de se coucher au prochain combat pour rassurer un public avide de victoires contre la monstruosité étrangère – au passage, le réalisateur se permet une petite pique à l’encontre du nationalisme japonais – , la détresse de la créature est palpable, contrairement à celle de son rival Taguchi. C’est ainsi qu’à chaque combat, on se range instantanément du côté de l’underdog hydrocéphale.

L’affection teintée d’humour que porte Minoru Kawasaki à son personnage ne pallie pas les défauts de Calamari Wrestler mais fait au final de ce film inégal un divertissement tout à fait recommandable.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 13 septembre 2006

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