Critique : ‘Champion’, de Kwak Kyung Taek

0

Après le succès de Friend, Kwak Kyung-Taek revient avec cette adaptation de la vie de Kim Deuk-Gu, qui mourut sur le ring sous les coups du champion du monde Ray Mancini. Si les coréens et les spécialistes de la boxe connaissent sans doute cette histoire par cœur, ce n’est pas forcément le cas de tous les spectateurs. A travers l’histoire du boxeur, Kwak Kyung-Taek décrit le parcours d’un jeune homme pauvre devenu une figure emblématique de toute une génération grâce à une volonté inébranlable et un travail acharné.

Malgré la portée sociale de l’histoire de Kim Deuk-Gu, Champion est loin d’égaler Rocky (John G. Avildsen) dans son exploration du monde de la boxe et de ses aspects peu reluisants. Kwak Kyung-Taek a préféré donner une portée nationaliste à son film en appuyant certains passages au moyen d’une musique et de discours grandiloquents. Non dénués d’une certaine lourdeur, ces procédés finissent par plomber l’impact émotionnel, d’autant plus que la narration s’avère classique voire sans grande personnalité.

Mais il faut reconnaître que Champion possède aussi des qualités indiscutables. La plus évidente s’impose au premier coup d’œil : Yoo Oh-Sung est tout simplement époustouflant dans le rôle de Kim Deuk-Gu. Il impressionne bien entendu dans les scènes d’action qui ont nécessité, on le devine aisément, une énorme préparation. Il se révèle tout aussi excellent dans les scènes dramatiques, habité qu’il est par son personnage. Il est ainsi dommage que ce dernier ne soit pas plus approfondi et sur ce plan, Champion n’enterrera pas non plus Ali (Michael Mann), qui dressait un portrait plus complexe de son sujet.

L’autre qualité évidente réside dans les scènes de boxe qui font exploser la violence avec une grande fluidité dans la manière de filmer. Désireux de faire vivre les combats aux spectateurs, Kwak Kyung-Taek nous plonge bien sûr directement sur le ring mais va même parfois jusqu’à utiliser des plans subjectifs qui permettent de voir à travers les yeux des combattants et de percevoir l’impact des coups. Quant aux chorégraphies, on en doit une part non négligeable à Jeong Du-Hong – mais que serait le cinéma d’action coréen sans lui ? – qui interprète aussi Lee Sang-Bok dans le film. Ajoutons à ces atouts une photographie élégante et une belle reconstitution de l’ambiance d’une époque.

Champion est certes un film imparfait et n’égale pas les références du genre que sont Rocky, Raging Bull ou encore Ali. Mais cette œuvre ambitieuse n’en constitue pas moins un apport non négligeable au genre du film de boxe.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 15 novembre 2005

 

Share.