Critique : ‘Chocolate’, de Prachya Pinkaew et avec Jeeja Yanin

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Après Tony Jaa, la nouvelle tornade thaïlandaise est une femme : Jeeja Yanin, dernière recrue de Prachya Pinkaew et révélation de Chocolate. Une fois de plus, le réalisateur d’Ong Bak et de L’Honneur du Dragon délivre un film d’action généreux et diablement efficace, avec de la castagne, de la vraie, violente et jouissive, voyant Jeeja Yanin enchaîner des combats toujours plus risqués avec des acrobaties à tomber par terre, formidablement exécutés par l’actrice et par une équipe de cascadeurs déchaînés. Cerise sur le gâteau, si l’on reprochait à L’Honneur du Dragon son argument trop léger, Chocolate relève le niveau avec un scénario plutôt correct réservant quelques moments assez touchants, et dont l’héroïne s’enrichit d’un petit côté « superhéros » qui n’est pas pour déplaire. Quoiqu’il en soit, Prachya Pinkaew réussit son pari : imposer instantanément Jeeja Yanin comme nouvelle icône d’action.

chocolate_02Réalisateur et producteur du célèbre Ong Bak et de sa fausse suite L’Honneur du Dragon (aka Tom Yum Goong), Prachya Pinkaew n’a pas fini de nous dénicher des talents pour le moins surprenants. Après avoir révélé aux yeux du monde entier un certain Phanom Yeerum, renommé Tony Jaa pour l’Occident, Pinkaew nous présente Nicharee Vismistananda, jeune actrice de 24 ans dont on retiendra surtout le surnom Jeeja Yanin, plus facile à exporter. On se souvient de l’incroyable bande annonce qui circulait l’année précédent la sortie du film (ci-dessous)… On y découvrait une frêle jeune fille mettant au tapis une bande de gangsters avec une agilité impressionnante tout en poussant des cris de guerre aigus à la Bruce Lee. Bonne nouvelle, Chocolate ne se limite pas à ces quelques minutes d’images promotionnelles mais s’impose comme un film d’action péchu et particulièrement généreux, en plus de révéler une actrice qui devrait continuer de faire parler d’elle.

chocolate_19Parvenir à faire avaler l’histoire de cette jeune autiste d’apparence fragile et qui se prend à ses heures pour Bruce Lee (ou pour Tony Jaa) n’était pas gagné. D’autant que le postulat s’avère très improbable puisque Zen (Jeeja Yanin) apprend à se battre en voyant les autres s’entraîner devant sa fenêtre et surtout… en regardant des films (et en mangeant des smarties) ! Le fantasme de tout fan de cinéma d’arts martiaux, en somme. Si le scénario relève donc de la pure fantaisie, Prachya Pinkaew a la bonne idée de nous plonger dès les premières minutes dans un univers très comic book à travers une histoire d’amour contrariée à la Roméo et Juliette entre les parents de la jeune fille, une gangster sexy repentie (Ammara Siripong) et un beau yakuza (Hiroshi Abe), victime des persécutions de leurs anciens boss, ce qui va inéluctablement les séparer, non sans engendrer de cruelles souffrances.

chocolate_11D’emblée, le destin de l’héroïne est tout tracé: d’une manière ou d’une autre, elle devra obtenir réparation de tout le mal qui a été fait à sa maman, aidée en cela par son seul ami, un adolescent débonnaire du nom de Moom (Taphon Phopwandee). Si l’on ajoute à cela que la pauvre mère sera atteinte d’une leucémie et que le challenge du film consistera à récupérer les dettes des mauvais payeurs afin de financer la chimiothérapie, Chocolate reprend à l’instar d’Ong Bak et de L’Honneur du Dragon l’un des thèmes récurrents du cinéma populaire thaïlandais, à savoir la revanche des pauvres sur les cyniques, des plus faibles sur les plus forts. Rien de très original, dirons-nous.

Mais là où Prachya Pinkaew fait un choix intéressant, c’est en ajoutant ce que l’on pourrait appeler un côté « superhéros » à son personnage féminin, ne serait-ce que lorsqu’il raconte la naissance de ses talents qui consistent en une perception exceptionnellement aiguisée et une capacité d’assimilation hors du commun des mouvements. Puisque l’on parle de superhéros, Zen possède d’ailleurs un tempérament un peu schizophrénique : jeune fille taciturne et craintive ne sortant pas sans sa poupée, elle se transforme dès lors qu’elle est sur le terrain en une véritable furie, sortant magnifiquement de sa coquille pour mettre au tapis tout ce qui se trouve sur son passage, avant de retomber dans sa torpeur quotidienne.

chocolate_05Mais venons en au but : les scènes d’action. Car si le scénario tient plutôt bien la distance grâce à des personnages attachants, et ce en dépit de quelques passages un tantinet misérabilistes, les combats et cascades constituent tout de même l’attraction majeure de Chocolate. Certes, le premier tabassage en règle débute doucement les hostilités, rendant au passage un joli hommage à Bruce Lee dont Zen imite les cris et les attitudes, mais par la suite, les scènes de combat de Chocolate obéissent à une logique de crescendo en allant toujours plus loin dans la violence, jusqu’à atteindre une véritable folie furieuse.

chocolate_04La star du film, Jeeja Yanin, fut remarquée sur le tournage de Born To Fight, sympathique démo du savoir-faire thaïlandas orchestrée par Panna Rittikrai, le chorégraphe d’Ong Bak et de L’Honneur du Dragon, et qui collabore ici une fois encore avec Pinkaew. Non contente de se révéler plutôt bonne actrice, Jeeja Yanin est un véritable phénomène dans les scènes d’action, une tornade qui envoie les coups à ne plus savoir qu’en faire, en virevoltant à une vitesse proprement hallucinante. C’est bien simple, on n’avait pas vu de tels combats mettant en scène une héroïne depuis les prouesses de Michelle Yeoh et Cynthia Rothrock dans Yes Madam!, de Corey Yuen.

Dans un esprit jeu vidéo à peine déguisé (on varie les décors, les ennemis surgissent de partout par paquets de dix), Zen affronte des adversaires toujours plus redoutables (hommes, femmes, travestis), au rythme de chorégraphies imaginatives et particulièrement foisonnantes en termes d’acrobaties impossibles, ces dernières étant réalisées par une équipe de cascadeurs très investis.

chocolate_12Panna Rittikrai exploite d’ailleurs non sans un certain humour le moindre recoin de décors toujours plus périlleux, notamment dans la scène de la boucherie où un pauvre gars s’embroche malencontreusement le pied, ou encore dans le final particulièrement ludique contre la façade d’un immeuble, au cours duquel les personnages passent d’un niveau à un autre comme dans un jeu. Pour nous remettre les idées en place, le générique de fin nous dévoilera quelques extraits de making of façon Jackie Chan, c’est-à-dire compilant les blessures les plus graves, histoire de nous montrer que ça ne plaisantait pas sur le tournage mais aussi que l’esprit d’équipe était au rendez-vous… L’investissement de l’équipe force le respect, ce qui constitue une raison de plus pour se précipiter sur ce film d’action dément.

Elodie Leroy

Article publié le 2 mars 2009 sur Filmsactu.com

Ci-dessous, notre galerie de photos du film Chocolate, avec Jeeja Yanin

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