Critique : ‘Clementine’, de Kim Doo Young

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S’ouvrant sur un combat d’arts martiaux trépidant, Clementine s’annonce a priori comme un film d’action classique. Et même lorsque l’on apprend que le personnage principal, Kim, a définitivement mis fin à sa carrière pour œuvrer en tant que flic de la criminelle, les scènes de baston continuent de s’enchaîner, laissant à penser que l’on a peut-être glissé sans s’en rendre compte vers le polar musclé façon Public Enemy. En réalité, Clementine n’est rien de tout cela.

Kim (Lee Dong Jun), champion de taekwondo, perd son titre au cours d’un combat sans merci, tandis que son épouse meurt dans le même temps à l’hôpital en mettant au monde leur fille, Sarang (Eun Seo Woo). Sept ans plus tard, Kim, devenu alcoolique, s’est reconverti dans la police criminelle afin de pouvoir s’occuper de sa petite fille. Mais ses méthodes brutales lui valent d’être bientôt renvoyé de la police et il n’a d’autre choix pour survivre que de participer à des combats clandestins…

Dès l’entrée en scène de la petite Sarang, le film Clementine s’installe pour de bon dans une ambiance de drame familial, centré sur la vie difficile d’une famille incomplète composée d’un père alcoolique et de sa fille contrainte à la précocité. Car si Kim a obtenu par la force des choses la garde de sa fille, le fait est qu’il ne s’en occupe guère, préférant faire la tournée des bars jusqu’à des heures indues et laisser la gamine s’occuper du ménage en l’attendant. C’est le monde à l’envers. Les choses se compliquent encore lorsque la mère de Sarang, que l’on croyait morte, ressurgit tout à coup en la personne d’une procureure (Kim Hye Ri) qui, passé le choc de la révélation, décide de récupérer Sarang.

Basé sur un scénario absolument rocambolesque où les auteurs n’hésitent pas à chercher à nous faire avaler qu’une mère peut ignorer qu’elle a accouché d’un enfant sept ans plus tôt, Clementine compte avant tout sur ses acteurs. Ou plutôt sur son actrice, la petite Eun Seo Woo, que l’on avait déjà remarquée dans Phone où elle livrait une impressionnante prestation à seulement cinq ans. Deux ans plus tard, la petite surdouée continue d’étonner, volant sans peine la vedette à son « papa » joué par un Lee Dong Jun mollasson.

Le problème est que le film semble construit tout entier autour d’elle, comme une gigantesque démo de ses incroyables capacités. Le réalisateur Kim Doo Young n’hésite pas à la cadrer en très gros plan sans aucune finesse lors des (nombreuses) scènes lacrymales qui inondent progressivement le film, histoire de nous gagner de force à sa cause. Oui, Eun Seo Woo est extraordinaire, mais cela suffit-il à sublimer les répliques hautement improbables qu’on lui fait réciter et par là même à rendre crédible cette histoire ? Malheureusement, non. Les litres de larmes versés par les acteurs n’y feront rien, Clementine ne parvient jamais vraiment à émouvoir tant les ficelles sont grossières.

Et au moment où le degré de guimauve semble avoir atteint son paroxysme, un nouveau rebondissement fait de nouveau basculer le film dans une ambiance brutale puisque Kim est acculé à remonter sur le ring, à Los Angeles cette fois, pour un combat terrible. C’est là qu’intervient la star étrangère tant attendue, celle dont le nom avait illuminé le générique de début : Steven Seagal en personne. Mais là encore, nos espoirs seront déçus : le combat, trop charcuté au montage et de surcroît trop mélodramatique, ne donne pas l’occasion à Seagal de briller de quelque manière que ce soit.

Malgré toutes les bonnes intentions que l’on devine ici et là, Clementine n’est au final qu’un film bancal et passablement ennuyeux qui vaut surtout pour la performance de la petite Eun Seo Woo que l’on espère promise à un brillant avenir.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 7 novembre 2005

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