Critique : ‘Crazy Lee’, de Ryu Seung Wan

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Le réalisateur coréen Ryu Seung Wan poursuit son hommage aux films d’action des années 70 en prenant cette fois pour cibles les films d’espionnage coréens de cette époque, dont la drôlerie involontaire le fascine depuis une dizaine d’années au moins. Dans la peau de Dachimawa Lee, le James Bond coréen gaffeur et sûr de lui, Im Won Hie est juste parfait, tant sur le plan physique que dans son jeu décalé qui donne lieu à de savoureux échanges avec ses différents partenaires. Le réalisateur convoque par ailleurs son complice Jeong Du Hong pour nous concocter des scènes d’action explosives alternant cascades délirantes et combats d’arts martiaux virevoltants.

Si tous les gags ne fonctionnent pas avec la même intensité, Crazy Lee n’en demeure pas moins une parodie réussie, où l’humour absurde et too much ne le cède en rien à la qualité du spectacle.

crazy_lee_14Ryu Seung Wan ne cesse de nous étonner à chaque nouveau film. De No Blood no Tears à City of Violence en passant par Arahan et Crying Fist, sa patte ne cesse de s’affirmer au sein d’une filmographie riche et cohérente qui explore divers registres avec le même bonheur, le même amour palpable du cinéma. Son dernier film joue plus ouvertement encore de ce mélange explosif entre citations référentielles et style inimitable, témoignant une fois de plus du talent créatif inépuisable de son auteur. Crazy Lee (Dachimawa Lee en VO) se base sur le premier court métrage de Ryu daté de 1998, dans lequel il dirigeait déjà Im Won Hie dans le rôle-titre et son frère cadet Ryu Seung Beom dans un personnage de voyou.

Qu’il s’agisse de la version 1998 ou 2008, le principe de Dachimawa Lee est celui de la parodie des films d’espionnage et d’action coréens des années 60-70, avec leurs personnages archétypaux interprétés par des acteurs qui surjouent outrancièrement, leurs scènes d’arts martiaux démentes qui arrivent comme un cheveu sur la soupe par la magie de facilités de scénario désarmantes, ou encore leurs dialogues grossièrement doublés en post-production. Le résultat, c’est un film entièrement second degré comme peuvent l’être les Austin Powers et OSS 117, mais un vrai film tout de même, soigneusement emballé et très maîtrisé comme le sont toutes les réalisations de Ryu Seung Wan.

crazy_lee_16L’une des bonnes idées de Crazy Lee est d’avoir gardé Im Won Hie en tête d’affiche dans la peau de l’agent secret coréen ultime. Avec son physique peu sportif et son visage poupin, il se situe plus ou moins à l’exact opposé des beaux gosses sexy qui squattent habituellement les rôles principaux de ce type de production en Corée.

Le trait d’humour est encore renforcé par la peur qu’il inspire aux bandits qui ont le malheur de croiser son chemin (la petite frappe jouée avec beaucoup d’entrain par Ryu Seung Beom), et par l’état de pâmoison dans lequel il met les femmes fatales qui l’accompagnent dans sa mission (Kong Hyo Jin et Park Si Yeon, irrésistibles).

crazy_lee_11Le réalisateur joue le jeu à fond en plaçant son héros dans des situations plus absurdes les unes que les autres qui le voient parcourir des distances phénoménales en un rien de temps : entre la Corée, la Mandchourie, le Japon, la Suisse et les Etats-Unis, il n’y a qu’un pas que Dachimawa franchit paisiblement, certain de son succès, et ce alors que les moyens de transports datent du début des années 40.

Cet ersatz de James Bond se voit même confier quelques gadgets imparables par un éminent scientifique afin de lutter contre les Japonais et les Chinois, tels que du chewing-gum ou des armes à feu au fonctionnement insolite. Quant aux méchants Japonais, ils s’expriment dans leur langue avec un fort accent coréen tout en se débattant avec leur dentition folklorique… C’est très bête, ça tombe parfois à plat mais c’est aussi souvent très drôle, voire hilarant lorsque notre héros, frappé d’amnésie en plein désert mandchou, se livre à une parodie osée de The Blade de Tsui Hark – Ryu Seung Wan vénère décidément ce film, et il a bien raison.

crazy_lee_12L’hommage de Crazy Lee à l’esprit seventies s’exprime non seulement à travers cette dérision continuelle, mais aussi à travers l’excellente bande originale de Choi Seung Hyun (Lady Vengeance) qui participe à l’effervescence du générique d’ouverture et rythme par la suite tous les moments clés du film. Elle accentue aussi le punch des nombreuses scènes d’action mémorables chorégraphiées par l’incontournable Jeong Du Hong.

Si ce dernier n’apparaît pas à l’écran comme c’était le cas dans City of Violence, sa marque de fabrique se fait sentir à chaque explosion d’action, que ce soit dans les cascades rocambolesques (l’impayable course-poursuite en luge improvisée le long des pentes enneigées des Alpes suisses) ou les purs combats d’arts martiaux, rapides, virevoltants et toujours lisibles, dont certains enchaînements sont filmés en plans-séquences. Une caractéristique du duo Ryu Seung Wan/Jeong Du Hong, le tandem de choc ne boudant jamais son public et s’efforçant de lui offrir de nouvelles sensations à chaque film.

Ces moments sont d’autant plus agréables à l’œil que la photographie du film est très belle avec ses teintes pop chatoyantes. Mine de rien, derrière la comédie loufoque, Ryu Seung Wan livre une fois de plus un film au standing luxueux, qui n’a pourtant sans doute pas coûté le dixième des blockbusters locaux. Un tour de force !

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 2 octobre 2009

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