Critique : ‘Dans l’ombre du loup’, de Hideo Gosha

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Avec Dans l’ombre du loup, Hideo Gosha s’éloigne des chambara virils qui ont fait sa réputation pour s’aventurer avec une étonnante sensibilité à l’intérieur d’un univers très féminin aussi complexe que fascinant. Onimasa, incarné avec fougue par Tatsuya Nakadai, est le pilier de cette œuvre cruelle et très humaine, premier volet de la trilogie incontournable initiée par le réalisateur à partir des romans de l’auteure Tomiko Miyao.

Réalisé en 1982, Dans l’ombre du loup est le premier des trois longs métrages de Hideo Gosha adaptés des romans de l’auteure Tomiko Miyao, et sera suivi de Yohkiro en 1983 et La Proie de l’homme en 1985. Le film met en scène Tatsuya Nakadai dans le rôle tout en démesure du parrain yakuza Onimasa, un homme exubérant, parfois cruel, toujours fascinant, véritable figure centrale du film vers laquelle convergent tous les autres protagonistes, qu’ils le veuillent ou non. Mais bien que l’intrigue se situe dans le milieu de la pègre, c’est la force et la nuance des relations humaines dépeintes par le réalisateur qui représente le principal attrait de l’œuvre, celles que Onimasa entretient avec les nombreuses femmes qui l’entourent en général et avec sa fille adoptive en particulier.

dans_ombre_loup_03Dans l’ombre du loup débute en effet sur la rencontre singulière de cet homme implacable avec une petite fille du nom de Matsue (Nobuko Sendo), qu’il décide d’enlever à sa famille de pair avec son petit frère (que les parents, englués dans la misère, lui avaient promis), pour en faire sa servante attitrée. Les années passent et Matsue révèle à l’adolescence un don pour les études en même temps qu’un caractère obstiné et insaisissable.

Mais l’époque veut que l’éducation soit considérée comme nuisible pour les femmes – l’intrigue se déroule entre les années 1920 et 1940 – et Onimasa n’aura de cesse de l’entraver dans sa voie, puis dans sa vie privée, en père autoritaire et possessif qu’il est.

La relation trouble de Onimasa et Matsue (Masako Natsume, à l’âge adulte) s’enrichit de l’influence de personnages secondaires savamment dessinés, par petites touches, tels que Uta (Shima Iwashita), la femme intraitable de Onimasa, ou encore la mystérieuse Tsuru (Akiko Kana) dont il s’empare en guise de trophée après avoir menacé son rival Suenaga (Ryohei Uchida) et qui lui donnera une fille du nom de Hanako (Kaori Tagasugi).

dans_ombre_loup_05Les revendications de liberté de Onimasa à l’égard de son patron, le grand parrain Suda (Tetsuro Tamba), ne sont pas sans rappeler celles de Izo Okada avec Takechi dans Hitokiri, à ceci près que Tatsuya Nakadai incarne cette fois le ‘laquais » et non le maître. Mais à l’intérieur d’un microcosme aussi hiérarchisé et impitoyable que celui de la pègre, la quête d’identité ne peut demeurer qu’à l’état de vain espoir.

Malgré son caractère tragique, le film laisse cependant s’échapper une note optimiste à travers la relation d’affection profonde qui unit Onimasa à sa fille Matsue en dépit de tous les débordements et crises de jalousie auxquels il se laisse constamment aller. S’il ne possède pas la puissance d’un film comme La Proie de l’homme, Dans l’ombre du loup n’en reste pas moins une œuvre passionnante et étrangement émouvante, démonstration édifiante du talent de Hideo Gosha à creuser les voies impénétrables de l’âme humaine.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 6 octobre 2007

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