Critique : ‘Divergence’, de Benny Chan

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Dernier film en date du réalisateur Benny Chan, Divergence s’inscrit dans la même veine que New Police Story en mêlant drame et action. C’est au tour de Aaron Kwok d’endosser le costume usé du flic dépressif à la limite de la psychose, face aux deux adversaires de taille que sont l’avocat incarné par Ekin Cheng et la petite frappe jouée par l’irrésistible Daniel Wu. Sur un scénario de Ivy Ho (Comrades, almost a love story), Benny Chan nous livre un film bancal mais non dépourvu de sensibilité à défaut d’être mémorable.

L’inspecteur Suen Siu Yan est chargé de la protection d’un témoin dans une affaire de blanchiment d’argent impliquant Yiu, un businessman milliardaire. Mais il assiste, impuissant, au meurtre de ce témoin à la sortie de l’aéroport sans avoir le moindre indice sur l’identité de l’assassin. Rongé depuis dix ans par la disparition de sa petite amie, Suen croit rêver lorsqu’il aperçoit une jeune femme qui lui ressemble à s’y méprendre mais il ne tarde pas à s’apercevoir que la mystérieuse inconnue n’est autre que la femme de l’avocat de Yiu, un certain To Hou Sang…

divergence_08Divergence suit les parcours de trois protagonistes que rien ne semble a priori devoir réunir. L’inspecteur Suen (Aaron Kwok) ne s’est jamais remis de la disparition de sa petite amie Fong, dix ans auparavant, et ne semble plus vraiment prendre son travail à cœur. To Hou Sang (Ekin Cheng) est un avocat désabusé qui se retrouve de plus en plus tiraillé entre le cynisme requis par son métier et son sens personnel de la justice. Enfin, Coke (Daniel Wu) est un tueur professionnel dont la vie bascule le jour où il réalise qu’il connaît Suen et décide de l’épargner pour une raison qui nous échappe. Entre ces trois hommes, une femme – ou son fantôme dans le cas de Suen – va s’immiscer et bouleverser l’équilibre trop fragile qui régnait jusqu’alors.

Le film a le mérite de proposer une galerie de personnages crédibles dont la psychologie n’est pas unidimensionnelle, et l’on sent même la volonté du réalisateur de mettre délibérément l’accent sur le drame au détriment de l’action à travers le personnage tourmenté de Suen. Cette louable ambition s’avère pourtant rapidement être à double tranchant. Ainsi, les scènes où Aaron Kwok se lamente silencieusement sur son sort voire éclate en sanglots sont légion, offrant à l’acteur l’occasion de prouver qu’il vaut mieux que les rôles monolithiques auxquels il nous a habitués avec The Stormriders (Andrew Lau) et autre China Strike Force (Stanley Tong).

Cependant, la récurrence de tels moments alourdit considérablement un récit qui souffre déjà d’un rythme trop lent. D’une part, parce que Aaron Kwok manque indéniablement du charisme nécessaire à un tel rôle – on retiendra notamment cette scène involontairement hilarante où, dévasté par le chagrin et les mains sur le volant de sa voiture, il laisse glisser cette dernière en arrière dans une pente en pleine ville sans se préoccuper de savoir s’il risque de renverser quelqu’un. Et d’autre part, parce que les scènes de souvenir qui le montrent nageant dans le bonheur avec son amie disparue respirent la niaiserie, aidées en cela par une musique sirupeuse au piano qui se déclenche automatiquement à chaque évocation ou apparition de la jeune femme.

Malgré tous les moyens mis en œuvre, le personnage central de Divergence n’est pas forcément le plus attachant et ce sont tous les autres, pourtant nettement moins développés, qui parviennent à tirer le film vers le haut. Ainsi, la légendaire inexpressivité de Ekin Cheng donne curieusement une épaisseur certaine à ce personnage d’avocat aussi idéaliste qu’ambigu, même si le rôle méritait de toute évidence un traitement plus en profondeur. De son côté, Daniel Wu forme avec Ning Jing un couple agréablement intrigant et original. Plus étonnant encore, le personnage le plus touchant du film se trouve être le milliardaire véreux incarné par Lo Ka Leung, luttant désespérément pour retrouver son ingrat de fils disparu aussi mystérieusement que Fong.

Divergence remplit bien entendu le contrat que tout film de Benny Chan se doit de respecter, à savoir un certain quota de scènes d’action spectaculaires. Pourtant, le réalisateur surprend par sa relative retenue. Le film ne comporte pas plus de deux ou trois moments de bravoure, parmi lesquels on retiendra surtout la course poursuite entre Daniel Wu et Aaron Kwok qui s’achève au milieu d’un marché couvert. Ce parti pris aurait pu s’avérer extrêmement payant si le rôle principal avait été en mesure de porter le film, ce qui est loin d’être le cas.

Divergence n’en demeure pas moins un divertissement soigné, visuellement superbe, qui confirme Benny Chan en tant que seul rival crédible de Johnnie To dans le polar commercial hongkongais actuel.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 3 août 2005

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