Critique : ‘Dragon Squad’, de Daniel Lee

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Si Daniel Lee avait entamé sa carrière avec un film de sabre, What Price Survival (1994), clair hommage à La Rage du Tigre de Chang Cheh, pour poursuivre deux ans plus tard avec le dynamique Black Mask (1996), produit par Tsui Hark, il s’était plutôt distingué depuis à travers plusieurs drames psychologiques passionnés, voire ostensiblement lacrymaux. Au très beau Till Death Do Us Part, qui voyait une femme comme les autres (incarnée par la trop rare Anita Yuen) basculer progressivement dans la folie, succédaient deux romances mélodramatiques, plus (Moonlight Express) ou moins (A Fighter’s Blues) réussies. Autant dire que l’on ne s’attendait pas précisément à voir le cinéaste jouer dans la même cour que les Benny Chan, Andrew Lau, Wilson Yip et consorts, c’est-à-dire sur le terrain de l’action pure et dure. On s’étonne donc autant qu’on se réjouit de retrouver Daniel Lee en grande forme, aux commandes de l’un des actioners les plus puissants du ciné HK des années 2000 : Dragon Squad.

Afin de mener à bien l’opération « Panther Killer », la police de Hong Kong fait appel à cinq éminents agents issus des quatre coins du monde. Leur mission : s’assurer que le trafiquant d’armes et de drogue Panther Duen arrive bien au tribunal où il doit être jugé. Mais en dépit de tous les efforts déployés, le criminel est capturé en chemin par un groupe de terroristes redoutables menés par Ko Tung Yuen…

A force de voir d’innombrables polars et thrillers estampillés « 100% action » alors que celle-ci ne représente que 20% tout au plus du long métrage au final, on aurait tendance à juger l’expression très largement galvaudée à la longue. Seulement voilà, réjouissons-nous car une fois n’est pas coutume, Dragon Squad entre bel et bien dans cette catégorie bien spécifique des « 100% », à l’instar d’un A Toute Epreuve ou d’un Time and Tide, pour citer deux exemples qui iront droit au cœur de tout fan de cinéma hongkongais. C’est bien simple, il y a plus de scènes d’action dans le film de Daniel Lee que dans que dans SPL et Dragon Tiger Gate réunis. Coproduit entre autres par Bey Logan (qui se réserve au passage un petit rôle d’officier) et Susanna Tsang (qui produira le prochain film du réalisateur, Three Kingdoms: Resurrection of the Dragon), le film est aussi gratifié de la présence de Steven Seagal au poste de producteur exécutif. L’association est surprenante, mais le résultat tend à prouver qu’il peut arriver à la star sur le retour de faire preuve de flair.

Comme dans tout bon film d’action qui se respecte, le scénario de Dragon Squad est simple à souhait, ayant pour seule fonction de servir de prétexte aux décharges d’adrénaline qui le ponctuent à peu près toutes les dix minutes. Daniel Lee n’y va pas par quatre chemins, et nous introduit méticuleusement aux forces en présence dès les tous premiers instants du film, par le biais d’une présentation ludique digne d’un jeu vidéo de baston.

L’un après l’autre, les membres de la Dragon Squad défilent sous nos yeux, tandis que différents extraits de leurs exploits passés illustrent les légendes qui s’inscrivent sur divers endroits de l’écran. Il y a James Lam (Lawrence Chou), ancien agent du SAS et membre d’Interpol Royaume-Uni ; Wong Sun-Ho (Vanness Wu) dit « Le Gaucher », ex-agent du S.W.A.T. et membre d’Interpol ; Lu Shao-Jun (Xia Yu), de l’Unité des Tireurs d’Elite d’Interpol Chine ; Pak Yut-Suet (Eva Huang), ex-agent d’infiltration et membre d’Interpol Hong Kong.

Mais la palme de la déconnade revient incontestablement à Shawn Yue alias Hung Kei-Lok, ex-agent de l' »Anti-courses » (!), qui parade avec une bagnole tunée sortie tout droit d’Initial D (où il incarnait, souvenez-vous, le pauvre Nakazato), allant jusqu’à esquisser un petit drift histoire de marquer le coup – talent qu’il gardera malheureusement pour lui durant le reste du film.

En préliminaire aux scènes de fusillades les plus marquantes, plusieurs flash-back musclés se chargent au passage de nous rappeler quels sont les points forts des prodiges de la Dragon Squad, supervisés par le Commandant Hon Sun (Simon Yam) et par l’officier Kong Lung (Sammo Hung).

Les adversaires de nos héros se voient bien sûr réserver le même traitement : le chef coréen du groupe, Ko Tung-Yuen (Heo Jun-Ho) ; la sniper Yuet (Maggie Q), ancienne tireuse d’élite de l’armée vietnamienne ; Joe Pearson (Mark Henderson), ex-agent des US Navy Seals ; Lee Chun-Pei (Phillip Ng), ancien officier de l’Unité 707 coréenne ; et bien sûr l’Américain Petros Angelo (Michael Biehn), ancien capitaine de l’armée colombienne. Si on a parfois envie de rire au début du film au vu de ce panel pour le moins impressionnant (trop ?), les premiers gunfights se chargent de nous remettre les pendules à l’heure : Dragon Squad ne badine pas avec l’action, et Daniel Lee est et restera l’un des plus grands virtuoses de la caméra du cinéma de Hong Kong de ces quinze dernières années. Dans Dragon Squad, même la plus anodine des parties de tir de fête foraine est susceptible de se changer en démonstration tarabiscotée de la capacité des flics de choc à manier le fusil ou le pistolet, ici sous l’œil complice de gamins émerveillés devant tant d’adresse – car nos amis ne manquent jamais leur cible. De la même façon, à peine Wong Sun-Ho fait-il par hasard la connaissance de Petros Angelo que les deux hommes se retrouvent deux minutes plus tard pour s’échanger quelques passes peu amicales au beau milieu de la quiétude d’un temple…

On l’a compris, tout est prétexte dans le film de Daniel Lee à faire jouer les canons, les lames et les poings, tâche dont ce dernier s’acquitte avec un rare enthousiasme si l’on en croit le résultat final. La fusillade de l’entrepôt, qui marque les retrouvailles entre Tiger Duen (Ken Tong), frère de Panther Duen (Ng Doi-Yung), et Ko Tung-Yuen en présence de deux des membres de la Dragon Squad, représente l’un des premiers grands moments d’anthologie du film et le réalisateur étonne par son aptitude à capter tous les faits et gestes de chacun, dans un mouvement d’ensemble extraordinairement dynamique.

La même chose peut être dite, en plus fort encore, au sujet de la fabuleuse scène de fusillade dans la cours de l’usine, où tous les membres des deux teams adverses se canardent à mort dans un déluge de balles et de confettis. Lorsque ralentis il y a, ceux-ci ne brisent jamais l’unité de la séquence, ils permettent bien au contraire d’en renforcer judicieusement le rythme. Daniel Lee enchaîne de manière complexe des plans aussi esthétiques qu’efficaces, à l’intérieur de scènes dantesques réglées au millimètre par le chorégraphe Chin Kar-Lok et le directeur d’action Lo Kim-Wah. On en redemande, d’autant que le tout est soutenu par une musique tantôt aérienne, tantôt tribale, qui apporte un vrai contrepoint à la brutalité des images qui se succèdent à l’écran et contribue par conséquent à en renforcer l’impact. A mesure que l’intrigue progresse, le caractère succinct de la présentation des nombreux personnages au début du film prend tout son sens : les membres de la Dragon Squad comme leurs ennemis n’évoluent réellement que durant les scènes d’action, à de rares exceptions près.

Si Sammo Hung émerge ainsi légèrement du lot, grâce à quelques scènes intimistes éclair, le seul à véritablement parvenir à tirer son épingle du jeu en toutes circonstances n’est autre que Michael Biehn, parfaitement employé ici en tueur implacable un brin sentimental – il vit une ébauche de romance avec l’ex- de Tiger Duen, Ching (Li Bing-Bing). Un traitement étonnamment nuancé qui surprend dans un film de Hong Kong, les acteurs occidentaux étant généralement mal lotis en termes de rôles au sein de l’industrie locale. Détail amusant, le film phare de la carrière de Michael Biehn se voit même évoqué lors d’une incartade où quelques racailles le traitent de « Terminator » !

Quant aux autres, ils finissent par s’imposer au fur et à mesure des gunfights et combats divers ; c’est le cas de Vanness Wu, dont on parvient au bout du compte à oublier la coiffure un peu trop mode, ou encore de Maggie Q, qui se révèle impeccable en sniper glaciale au cours de deux des grands moments d’anthologie du film : la susmentionnée fusillade et l’affrontement final, qui la voit poursuivre le pauvre Xia Yu dans les allées d’un cimetière (on pense l’espace d’un instant à Black Mask), telle un chat jouant à torturer sa proie agonisante. Sammo lui-même – dont le personnage a au passage pour étrange manie de faire son jogging en fumant un cigare – donne davantage la mesure de son talent lors d’un magnifique combat à l’arme blanche contre le chef des terroristes. Une scène très brutale, plongée dans un intérieur sombre et crade, et dans laquelle flottent de violentes réminiscences de What Price Survival.

Belle réussite survitaminée, Dragon Squad nous ramène l’espace d’une bonne heure trente (remplie à ras-bord) à la grande époque des polars d’action HK des années 90. Autant dire que l’on attend de nouveau la suite des aventures de Daniel Lee avec impatience.

A propos du DVD Edité par CTV (sortie le 9 août 2007), Dragon Squad bénéficie d’une belle qualité d’image, caractérisée par une définition satisfaisante (même si l’ensemble manque de piqué), une gestion des contrastes soignée et une palette colorimétrique très nuancée. Mais c’est surtout au niveau du son que l’édition en jette véritablement, grâce à une piste DTS cantonaise extrêmement percutante à tous niveaux. La puissance du caisson de basse – que l’on a tout loisir d’apprécier lors des multiples gunfights du film – n’étouffe jamais les musiques et bruits d’ambiance, ni les voix, impeccablement mises en avant. Un régal pour les oreilles. Côté bonus, le DVD propose un making of de près de 30 minutes, qui immerge pour une fois réellement sur le tournage, en plus de proposer des courtes interviews des principaux talents à l’œuvre.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 29 juillet 2007

 

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