Critique : ‘Dragon Tiger Gate’, de Wilson Yip

0

Adapté d’une populaire bande-dessinée chinoise, Dragon Tiger Gate de Wilson Yip met en scène Donnie Yen, Nicholas Tse et Shawn Yue dans des combats aussi efficaces que parfaitement rocambolesques, à mille lieues de l’Ultimate Fighting qui avait fait la joie des admirateurs de SPL, le précédent film du réalisateur qui marqua tant les esprits. L’ambition de Dragon Tiger Gate est patente malgré la légèreté de l’intrigue et le tout compose un divertissement très sympathique si on aime l’action.

Depuis sa création, le Dragon Tiger Gate s’est imposé comme un symbole de justice, recueillant tous ceux qui le désirent pour les former aux techniques de combat les plus redoutables afin de les aider à lutter contre l’oppression. Fils de Wong Fuhu, l’un des fondateurs de l’école, Dragon disparaît un beau jour, abandonnant son frère Tiger derrière lui alors qu’il n’est encore qu’un enfant. Quelques années plus tard, le téméraire Tiger dérobe par mégarde la Lousha Death Plaque, symbole du gang Lousha que le terrible Shibumi a confié à son homme de main, le chef de triades Ma Kun. Il est retrouvé dans une auberge par l’un des hommes de ce dernier, qui n’est autre que son grand frère disparu, Dragon…

Depuis le ravageur SPL, polar crépusculaire mâtiné de scènes d’action parmi les plus spectaculaires vues ces dernières années à Hong Kong et ailleurs, les fans d’action pure et dure sont suspendus aux moindres faits et gestes du duo Wilson Yip / Donnie Yen, symbole du renouveau tant attendu du genre. Si SPL intégrait de la fantaisie dans un univers de violence glaciale, Dragon Tiger Gate affirme ses velléités récréatives dès le générique de début, où défilent des images du comics original dans la veine initiée par les adaptations récentes de comics Marvel. Impression aussitôt confirmée par un premier aperçu de l’ambiance esthétique du film, à travers un très beau plan d’ensemble sur le Lousha Gate, élaboré entièrement en 3D.

Sans verser dans les folies visuelles d’un film tel que A Chinese Tall Story (Jeff Lau), le design de Dragon Tiger Gate en impose et rappelle, s’il en était besoin, à quel point le cinéma de Hong Kong a progressé de manière stupéfiante, techniquement parlant, en l’espace de quelques années. Que l’on apprécie ou non cette esthétique clinquante, les faits sont là et la révolution The Stormriders appartient désormais au passé. D’autant que les effets spéciaux très réussis du nouveau film de Wilson Yip ont ceci d’appréciable qu’ils sont utilisés à bon escient, c’est-à-dire constamment mis au service des personnages et surtout de l’action.

Mèches au vent, regard ténébreux, tenue ajustée, les trois compères de Dragon Tiger Gate se débattent avec hargne contre des adversaires peu amènes et non moins déchaînés, au sein d’une intrigue on ne peut plus simple et linéaire, qui repose sur la traditionnelle opposition entre le Bien et le Mal. Tiger Wong (Nicholas Tse) est un jeune homme timide qui ne sort de sa coquille que lorsqu’il s’agit de défendre la veuve et l’orphelin. Turbo Shek (Shawn Yue) a beau rouler des mécaniques et se mettre en colère lorsqu’un quidam a le malheur de le déranger au beau milieu de son repas, il n’en a pas moins un cœur gros comme ça. Quant à Dragon Wong (Donnie Yen), il loue certes ses services à un parrain des Triades, Ma Kun (Chen Kuan Tai), mais il ne lui faudra pas longtemps avant de rejoindre le camp de la Justice. D’ailleurs, le gangster en question n’est pas si mauvais que cela dans le fond, et sa fille Ma Xiaoling (Dong Jie), une vraie crème.

Le véritable méchant de l’histoire, c’est bien entendu Shibumi, hideux énergumène dont les motivations pour le moins opaques conduiront tout ce beau monde à sortir de ses gonds. Le réalisateur Wilson Yip et le chorégraphe Donnie Yen ne s’en cachent pas, tout en prenant soin de répéter qu’ils ont eu à cœur de respecter la bande-dessinée et ses fans : Dragon Tiger Gate est un authentique actioner, un concentré d’énergie destiné à repousser toutes les limites en matière de chorégraphies époustouflantes, sublimées par une batterie d’effets spéciaux dernier cri.

Dans cette optique, il va de soi que l’on ne peut espérer de la part des personnages qu’ils déploient des trésors de profondeur psychologique. Excellent directeur d’acteurs, Wilson Yip sait exactement ce qu’il veut : des personnages simples et un jeu direct. Il ne néglige pas les seconds rôles et permet à l’actrice Dong Jie d’émouvoir dans une jolie scène, celle qui la voit gravir les marches d’un temple magique pour sauver ses amis. Un moment de poésie inattendu que l’on aurait aimé voir durer plus longtemps. Quant à nos trois stars, elles s’acquittent de leur tâche avec classe et décontraction, soit exactement ce que l’on attendait d’elles.

Le temps passe et Donnie Yen semble se bonifier chaque année, au point de pouvoir tout se permettre à l’heure actuelle. Bien que son rôle ne requière pas les mêmes qualités dramatiques que celui qu’il tenait dans SPL, il joue de son charisme et de son charisme seul, pour camper un Dragon déterminé, poseur il est vrai, mais tout à fait crédible et ô combien sympathique, en dépit d’un visage à moitié caché par une tignasse impressionnante. Contre toute attente, les deux pretty boys Nicholas Tse et Shawn Yue sont loin de lui servir de simples faire-valoir et participent de manière significative à donner à Dragon Tiger Gate sa pêche communicative. Donnie Yen a décidé de faire d’eux de vrais castagneurs et que le résultat dépasse les plus folles espérances.

La première scène d’action du film annonce la couleur. Mû par un louable élan justicier, Nicholas Tse y affronte sans sourciller une bonne trentaine d’adversaires enragés, au pied des escaliers d’un luxueux restaurant. L’heure est à la démesure et, comme toujours avec les productions hongkongaises, il n’y a pas de temps à perdre. Cette première montée d’adrénaline nous est donc injectée au bout de cinq minutes de film, à peine. Ambiance fantaisiste oblige, Donnie Yen adopte dans Dragon Tiger Gate un style de combat particulièrement extravagant, adapté aux compétences de chacun mais toujours homogène et soumis aux lois de la pesanteur.

L’une des trouvailles consiste à faire courir le combattant vers le ou les adversaires, avant d’entamer le combat singulier – ou collectif, dans le cas de la première baston. Idée très cinégénique en ceci qu’elle permet d’exploiter au mieux les décors, immenses pour certains (le Lousha Gate), tout en conférant un incroyable dynamisme à l’ensemble. Les uns et les autres sont donc amenés à piquer des sprints sidérants, sans effets spéciaux précisons-le – nous ne sommes pas dans Wu Ji – avant de se propulser dans les airs, soutenus par des câbles invisibles.

dragon_tiger_gate_wall4

Nicholas Tse brise quelques os dans DRAGON TIGER GATE de Wilson Yip

Mais le gros du morceau se situe bien entendu au sol, et le moins que l’on puisse dire est que ça déménage. Seul artiste martial du lot, Donnie Yen se réserve la part belle avec des interventions chocs durant lesquelles la caméra capture tour à tour ses techniques de bras admirablement stylisées et ses regards létaux. Le formidable combat dans le restaurant japonais, le bref mais enragé affrontement sur le terrain de sport (dans une scène qui fait écho à celle de l’exécution du flic par Wu Jing dans SPL), et bien sûr le duel final explosif avec Shibumi, sont autant d’occasions pour l’acteur de démontrer l’étendue de ses extraordinaires talents martiaux.

Féru de nunchaku depuis l’enfance, le chorégraphe a eu la bonne idée d’en imposer l’usage à Shawn Yue. Ce dernier s’exécute avec une surprenante dextérité, notamment lors de la dernière scène. La technique qu’il utilise pour défier le bad guy, en formant une cloche protectrice autour de lui grâce à ses seuls mouvements, est à la fois inventive et superbe à contempler, grâce à un effet spécial artistiquement très inspiré.

Toutefois, entre les deux bleus, Nicholas Tse est celui qui surprend le plus en révélant une étonnante présence dans l’action. Le temps des timides coups de pied à la Gen-X Cops ou des singeries de 2002 est révolu, l’acteur n’en est plus à ses balbutiements dans l’art du combat de cinéma et déploie aujourd’hui une sacrée palette de coups, qu’il enchaîne avec une rapidité et une souplesse remarquables. Nombreux sont d’ailleurs les plans laissant clairement voir son visage, afin de ne laisser planer aucun doute au sujet de son implication dans ces scènes jubilatoires. Bon placement, bonne garde, superbe détente, à croire qu’il ne lui manquait que le coaching d’un Donnie Yen pour affirmer au grand jour ces capacités physiques insoupçonnées. Nicholas Tse, future grande star d’action ? C’est là l’ambition qu’affichait déjà Jackie Chan à l’époque où il produisit Gen-X Cops et force est d’admettre que la progression fulgurante des compétences martiales de son poulain à l’écran lui donne pour l’instant entièrement raison.

En dépit de la claire volonté de Donnie Yen de ressusciter le film d’action de Hong Kong, Dragon Tiger Gate n’est pas prétentieux pour deux sous, et pour peu que l’on ne cherche pas à y voir un SPL bis, l’objectif est pleinement atteint. Il n’y a plus qu’à espérer que Wilson Yip parviendra à convaincre ses producteurs de créer une franchise, comme il semble le souhaiter ardemment. Ce ne serait pas de refus.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 12 octobre 2006

Share.