Critique: ‘A Family’, de Lee Jung Chul

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Réalisé en 2004 par Lee Jung-Chul, A Family raconte les retrouvailles entre un père et sa fille après les trois années d’incarcération de cette dernière. Les premières scènes entrent directement dans le vif du sujet en mettant en parallèle la sortie de prison la jeune Jeong-Eun (Soo Ae) et le quotidien de son père (Ju Hyun), un ancien flic, et de son petit frère Jeong-Hwan (Park Ji-Bin). Par la suite, le récit introduit progressivement d’autres personnages amenés à jouer un rôle fondamental dans l’histoire, tels que le médecin de famille mais aussi un caïd local du nom de Chang-Won (Park Hee-Sun).

Tandis que le médecin et le petit frère tentent de réunir le père et la fille, Chang-Won se pose comme le principal obstacle à la rédemption de Jeong-Eun puisqu’il s’emploie activement à la faire replonger dans la criminalité. Rattrapée par son passé, Jeong-Eun doit mener de front plusieurs combats, celui de se réinsérer dans la société, celui de protéger sa famille mais aussi – et surtout – celui de regagner la confiance de son père.

On s’aperçoit très rapidement que les enjeux liés à la mafia locale ont pour principale fonction d’apporter une tension dramatique supplémentaire au drame familial. L’univers des gangsters est dépeint de manière un tantinet trop propre pour être totalement crédible, et cela même si l’on appréciera l’intention du réalisateur de ne jamais chercher à idéaliser le milieu, les mafieux apparaissant sous un visage aussi minable que cynique. L’intrigue policière ne constitue absolument pas le cœur du récit mais joue efficacement son rôle d’acculer les personnages à révéler au grand jour leurs sentiments profonds.

Le véritable sujet du film s’avère bien évidemment être l’évolution de la relation entre le père et la fille, et sur ce plan, A Family est une belle réussite. Le conflit entre un parent et un enfant en échec renvoie à des thématiques familiales universelles et se voit ici servir par une écriture des personnages particulièrement réussie.

Plutôt que d’apporter une explication claire et définitive de la dérive de la jeune fille, A Family suggère petit à petit, à travers des échanges dialogués chargés d’allusions et de sous-entendus, le passé familial complexe qu’elle porte en elle. Ce passé resurgit ainsi progressivement, révélant les erreurs de chacun sans jamais désigner de véritable coupable, le regard porté sur le père comme sur la fille se révélant extrêmement nuancé. Sans aucun recours à de quelconques excès lacrymaux, A Family laisse éclater les sentiments de chacun et distille une émotion directe, sincère et juste.

Pour son premier long métrage après une petite carrière dans le drama télévisé, la comédienne Soo Ae impressionne par son naturel dans ce rôle de composition très atypique dans le paysage cinématographique coréen, celui d’une jeune délinquante qui se comporte comme un garçon manqué avec les voyous mais se montre très affectueuse avec son petit frère.

Face à Soo Ae, Ju Hyun délivre une interprétation impeccable du père meurtri – une blessure intérieure qui se matérialise physiquement par un œil de verre lui aussi lié à sa fille –, transmettant avec justesse le mélange d’amertume et de sentiment de culpabilité qui étreint son personnage.

Les deux comédiens révèlent une alchimie parfaite lors des échanges père/fille, très touchants dans leurs tentatives maladroites de se retrouver. Le petit Park Ji-Bin ajoute quant à lui la touche de fraîcheur et d’espièglerie grâce auxquelles A Family ne sombre jamais totalement dans le mélodrame, en dépit d’un final tragique, un peu prévisible mais tellement porteur de sens.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama le 5 mai 2007

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