Critique : ‘Gozu’, de Takashi Miike

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Avec Gozu, film particulièrement tordu, le réalisateur japonais Takashi Miike montre qu’il n’est jamais à court d’idées pour nous faire dresser les cheveux sur la tête. Mais les bonnes idées ne suffisent pas à faire un bon film, et Gozu déçoit sur plus d’un point. A commencer par un sérieux coup de mou dans sa partie centrale…

Minami et Ozaki sont deux yakuzas inséparables depuis que le second a sauvé la vie du premier. Ozaki ne supporte plus le stress de son existence de criminel et présente des signes de paranoïa aggravée. Alors qu’il soupçonne un chien d’être anti-yakuza, son boss décide qu’il est temps de l’envoyer ‘ad patres’ et demande à Minami de l’emmener à Nagoya et de s’en débarrasser. En route, Ozaki disparaît mystérieusement. S’ensuit un road-movie décalé dans la province de Nagoya, ville étrange peuplée de gens sortis tout droit de Twin Peaks. Oserez-vous venir à Nagoya ?

La plupart des films du prolifique réalisateur japonais Takashi Miike reposent sur une construction à peu près similaire : un début enlevé suivi d’un corps de film lent, parfois long, qui a pour vocation de nous préparer à un final dément. Si Visitor Q était l’exception qui confirme la règle, Gozu suit en revanche scrupuleusement la règle établie de longue date.

Gozu s’ouvre sur un intérieur de café où sont réunis quelques yakuzas dans l’attente de l’arrivée du boss, tandis que les extraits d’une vidéo de mauvaise qualité qui semble sortie tout droit de Ring défilent sur un petit téléviseur. Le mélange entre les borborygmes débités par les protagonistes, les sons non identifiables de l’enregistrement et la succession de grincements qui fait office de musique nous plonge d’emblée dans un univers de film d’épouvante.

Fidèle à ses habitudes, Takashi Miike désamorce en un clin d’œil l’ambiance à peine installée pour se concentrer sur le meurtre absurde et ignoble d’un pauvre chien par un dénommé Ozaki, surnommé « Aniki » par son ami Minami. A peine dix minutes plus tard, Ozaki disparaît. C’est alors que le film entre dans un état de lente léthargie, se calquant sur le caractère amorphe voire abruti de son personnage principal, Minami.

Takashi Miike enchaîne les scènes surréalistes avec le naturel qu’on lui connaît à travers les rencontres que fait Minami et l’on se prend à sourire plus d’une fois, ne serait-ce qu’avec le personnage de la patronne de l’auberge – dont les talents ne sont pas sans rappeler ceux de la mère de famille de Visitor Q – ou encore avec le personnage haut en couleurs du patron yakuza, grand amateur de louches. L’atmosphère menaçante de Gozu évoque plus d’une fois Audition dans le procédé, mais la comparaison s’arrête là. Gozu ne possède pas le pouvoir de fascination d’un Audition ni le dixième de son contenu.

Le problème, c’est que Gozu s’étire sur plus de deux heures or il faut attendre la dernière demi-heure pour se sentir véritablement impliqué tant la progression dramatique est inexistante. Certes, le final est grandiose, aussi écœurant qu’hilarant, c’est d’ailleurs le moins que l’on puisse espérer d’un film de Miike. Une fin pareille aurait presque tendance à nous faire oublier les nombreuses longueurs qui précèdent et pire encore, à occulter l’indéniable vacuité du film lui-même.

Dans ses trois premiers quarts, Gozu n’apporte pas grand chose qui n’ait déjà été exploré au sein de la riche filmographie de son auteur. C’est au point que certaines scènes tournent à vide, comme ce moment où la patronne de l’auberge force son frère à appeler les esprits pour Minami qui n’en demande pas tant : une scène pénible et inutile. Il y en a d’autres. Restent quelques moments sympathiques et cette fin mémorable comme Miike en a le secret. C’est léger.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 7 juillet 2005

A lire : notre interview de Takashi Miike au Festival du Film Asiatique de Deauville 2005

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