Critique : ‘Hinokio’, de Takahiko Akiyama

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Handicapé moteur suite à un accident au cours duquel il a perdu sa mère, Satoru Iwamoto, 12 ans, refuse de sortir de chez lui et de parler à qui que ce soit. Afin de lui permettre de suivre les cours comme les autres enfants, son père construit un robot pourvu d’un système de téléguidage à distance et relié à un ordinateur. A travers les yeux d’Hinokio, Satoru intègre une nouvelle école et fait la connaissance d’autres enfants de son âge…

A première vue, il serait facile de ne voir en Hinokio, qu’un conte gentillet destiné aux enfants de moins de quinze ans, fans de jeux vidéo. Pourtant, à y regarder de plus près, le film de Takahiko Akiyama – connu pour avoir été le directeur artistique du film Final Fantasy –, s’adresse à un public bien plus large et développe des thématiques universelles et plus profondes qu’il n’y paraît. Il n’y a qu’à voir avec quelle facilité la magie opère dès la première entrée en scène du robot renommé Hinokio par ses camarades, un surnom qui condense les mots « Hinoki » (un cyprès japonais) et « Pinocchio ».

De par sa tonalité faussement légère, ses choix musicaux parfois très pop et son intégration de l’univers du jeu vidéo dans le quotidien des personnages, Hinokio adopte résolument le point de vue des préadolescents qui occupent le devant de la scène, sans qu’aucune concession ne soit faite en faveur d’un regard adulte de nature à relativiser leurs émotions.

Attendrissant mais jamais mièvre, Hinokio exprime avec un naturel et sans aucune prise de distance les joies, les souffrances et les doutes des personnages, entre le refus de Satoru d’affronter le monde réel et sa colère vis-à-vis de son père, la solitude et le besoin d’affection de Jun (Mikako Tabe) ou encore la difficulté de Sumire (Ryoko Kobayashi) à se faire accepter par les autres enfants. Une génération de gamers certes accro au virtuel mais qui n’en vit pas moins des tourments bien réels, cherchant sa voie comme les générations précédentes l’ont fait avant elle.

Comme on le comprend dès la première séquence du film – le garçon reprend conscience à l’hôpital et assiste à la mort de sa mère –, la mort est au même titre que l’amour ou l’amitié au cœur des préoccupations des personnages, suscitant tout à la fois angoisse et attirance comme vient l’illustrer le jeu du Purgatoire.

Les rapports constants entre les événements de la vie réelle et les épreuves franchies dans ce mystérieux jeu vidéo évoquent inévitablement Le Secret de Terabithia, roman à succès de Katherine Paterson récemment porté sur le grand écran par Gabor Csupo. Comme dans Le Secret de Terabithia, le Purgatoire se voit judicieusement utilisé pour transmettre les angoisses existentielles que le héros ne parvient pas à formuler. Takahiko Akiyama met avec originalité la thématique du jeu – la frontière entre la vie et la mort – en relation avec la séparation parfois très floue entre le réel et le virtuel mais aussi entre le monde extérieur et l’univers intérieur des personnages.

On pourra reprocher une légère baisse de rythme dans le second tiers du film, un petit défaut qu’une fin particulièrement émouvante fait vite oublier. Surtout que le métrage s’avère visuellement très soigné et le choix des comédiens irréprochable, à commencer par celui de Mikako Tabe dans le rôle de Jun – la jeune comédienne confirmait récemment son talent dans l’imparfait mais sympathique Route 225.

Enfin, on reste pantois d’admiration devant l’intégration du robot dans le décor réel, une fusion si parfaite que l’on en vient à oublier totalement que les acteurs donnent la réplique à une création virtuelle, d’autant plus que le robot lui-même se révèle très expressif. En plus de raconter une histoire charmante et originale, Hinokio est une jolie réussite technique et artistique.

Elodie Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 29 août 2007

 

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