Critique : ‘Jam Films’ (Omnibus)

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Réalisé en 2002, Jam Films réunit sept des cinéastes japonais les plus en vogue ces dernières années, et le fait avec style. Outre la stupeur que ne manqueront pas de provoquer certains des délires portés à l’écran, la surprise provient tout d’abord de l’étonnante fluidité avec laquelle ces différents courts métrages s’enchaînent, sans jamais que le moindre sentiment de lassitude ne vienne gâcher la fête.

Chaque histoire s’étalant à peu de choses près sur un quart d’heure, on pouvait craindre quelques temps morts et pourtant il n’en est rien. Même les segments les plus faibles du lot, Kendama de Tetsuo Shinohara et Hijiki de Yukihiko Tsutsumi, se montrent suffisamment enlevés pour nous garder en alerte jusqu’à la prochaine salve. Car la bonne idée de Jam Films, outre le fait de juxtaposer les facéties cinématographiques de ces sept talentueux réalisateurs, consiste à mélanger tous les genres pour livrer à l’arrivée un cocktail détonnant des plus réjouissants : film fantastique, comédie ludique, film de science-fiction, chronique lycéenne, journal intime… Le tout saupoudré d’une bonne pincée d’humour, un humour tour à tour burlesque et grinçant. Le sens de l’autodérision des réalisateurs de Jam Films pourrait d’ailleurs se résumer tout entier dans le judicieux conseil donné par Yukihiko Tsutsumi avant que ne débute son sketch : « Ce film a une fin dramatique. Si vous préférez ne pas regarder, allez aux toilettes… Le film suivant commencera dans 14 minutes » !

Cold Sleep de Jôji Iida

Takao Osawa dans Cold Sleep de Jôji Iida

On sera quelque peu étonné de retrouver le nom de Jôji Iida dans le palmarès des héros de Jam Films, le talent du réalisateur n’ayant guère frappé les esprits comme une évidence à la vue des OAV de triste mémoire adaptés du génial manga de Clamp, Tokyo Babylon, en 1993. Dans Jam Films, Jôji Iida alias George Iida plonge Takao Osawa (le samouraï de Aragami) dans un trip de science-fiction absurde et hilarant intitulé Cold Sleep, dont toutes les étapes, conclusion incluse, valent leur pesant d’or. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’avenir de notre belle humanité, c’est par ici que ça se passe…

Isao Yukisada joue lui aussi la carte du rire avec Justice, pur délire dans lequel les fantasmes triviaux d’un lycéen distrait s’expriment au rythme des phrases à portée colonialiste scandées par son professeur d’anglais, pour finir dans un méli-mélo hystérique impliquant à peu près toute la classe. Une pause récréative amusante et menée tambour battant par le réalisateur de Go et les acteurs Satoshi Tsumabuki (Waterboys), Hirofumi Arai (Blue Spring) et Christian Storms.

The Messenger de Ryuhei Kitamura

Moins drôle mais tout aussi captivante est la contribution de Ryuhei Kitamura, dont le court métrage The Messenger ouvre le bal après que le très enjoué générique en 3D réalisé par Daizaburo Hanada s’est achevé. Le segment du réalisateur de Versus se révèle être le plus chargé en atmosphère de tous, même si Pandora de Rokuro Mochizuki ne se défend pas mal non plus sur ce terrain-là. On y retrouve comme de bien entendu notre ami Tak Sakaguchi, mais aussi et surtout Kanae Uotani et Kazuki Kitamura, dans un duel psychologique plein d’ironie et de style en dépit de sa brièveté.

Enfin, le surdoué Shunji Iwai ferme la marche avec Arita ou l’introspection déroutante d’une jeune fille (Ryoko Hirosue) pas comme les autres. Depuis toujours, les feuilles de papier dont elle se sert sont jalonnées de croquis d’un petit personnage mystérieux qu’elle jurerait ne pas avoir dessiné elle-même : son nom, Arita. On reconnaît immédiatement là la poésie et la délicatesse du réalisateur de Love Letter et de April Story. Arita est une petite histoire toute simple qui parvient en quelques minutes à mettre le doigt sur la nature insaisissable de l’imaginaire infini.

Une bien belle conclusion à tous ces débordements salutaires, dont on espère retrouver la fraîcheur et la verve dans les deux « séquelles » Jam Films 2 et Jam Films 0.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 13 novembre 2006

Disponible en DVD chez WE Productions

Satoshi Tsumabuki dans Justice de Isao Yukisada

Satoshi Tsumabuki dans Justice de Isao Yukisada

Ryoko Hirosue dans Arita de Shunji Iwai

Ryoko Hirosue dans Arita de Shunji Iwai

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