Critique : ‘Ju-Rei’, de Kôji Shiraishi

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Enième variation autour du thème de l’esprit vengeur auquel nul ne peut échapper, Ju-Rei de Kôji Shiraishi ne bénéficie visiblement pas du même budget que la plupart de ses prédécesseurs. Les effets spéciaux se résument au flou gaussien qui entoure les âmes rampantes, un effet plutôt léger pour qui recherche le grand frisson. Visiblement conscient du problème, le réalisateur tente désespérément de compenser ce handicap par une recherche narrative assez originale qui consiste à jouer sur l’attente de la manifestation plutôt que sur l’exécution de la malédiction. Mission réussie ? Pas vraiment.

Depuis qu’une étudiante a prétendu, avant de disparaître, qu’elle était hantée par une Ombre maléfique, les phénomènes étranges se multiplient : étudiantes, parents, professeurs, nul ne semble désormais à l’abri de mauvaises rencontres surnaturelles…

jurei_01Défilant à l’envers, du chapitre 10 au prologue, Ju-Rei enchaîne donc ce qui apparaît tout d’abord comme des saynètes montrant de quelle manière l’un ou l’autre des personnages va se retrouver nez à nez avec l’Ombre de la rumeur. Selon la logique de l’hécatombe virale qui fait les beaux jours de l’horreur nipponne depuis près d’une dizaine d’années, les victimes tombent une à une après être entrées en contact avec le fantôme de l’un de leurs proches lâché dans la nature. Le concept, simple mais efficace, consiste donc en « une scène, un meurtre », le but étant de comprendre d’où provient la malédiction.

En dépit de son budget serré, Ju-Rei s’octroie les services d’un bon directeur photo qui joue habilement des ombres et lumières afin de distiller l’angoisse voulue. Certes, le coup des fantômes émergeant lentement d’un coin obscur de l’écran a été mille fois vu et revu depuis le magistral Kairo de Kiyoshi Kurosawa, mais on prend malgré tout plaisir au début à tenter de deviner d’où surgira la menace. Le souci est qu’à la longue il faut se rendre à l’évidence : il ne se passe pas grand chose dans ce film. L’essentiel de son originalité réside dans le montage, soit la chute abrupte de chaque chapitre au sein d’un récit qui va à rebours, mais le procédé a des limites.

Certains segments se détachent un peu, comme le deuxième (une jeune fille erre dans toutes les pièces de sa maison, un téléphone portable scotché à l’oreille, à la recherche de sa meilleure amie) ou le troisième (un homme seul dans une chambre d’hôtel, victime de ce qu’il croit être des hallucinations sonores) ainsi que les tout derniers. Mais cela reste très maigre pour qui a déjà vu et apprécié les classiques du genre.

Caroline Leroy

Article publié sur DVDRama.com le 23 février 2007

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