Critique : ‘Kamikaze Club’, de Kinji Fukasaku

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Avec Kamikaze Club, sorti dans les salles japonaises en 1968, le réalisateur Kinji Fukasaku révélait déjà un talent hors norme. Mené tambour battant de la première à la dernière seconde, ce cocktail survitaminé d’humour, d’action et de drame s’impose aujourd’hui encore immédiatement comme un incontournable pour tout cinéphile, féru de polars noirs ou non.

Japon, fin des années 60. A la tête d’une bande de voyous, Shun Muraki découvre par hasard les vertus lucratives du chantage. Avec l’aide de ses fidèles comparses Otoki, Zero et Seki, il monte un petit business qui ne tarde pas à porter ses fruits. Dans leur euphorie, les quatre amis ne se rendent pas compte qu’ils se frottent d’un peu trop près aux criminels les plus puissants et les plus dangereux…

kamikaze_club_01Avec Kamikaze Club, Kinji Fukasaku faisait son entrée dans la cour des grands, quelques années avant Guerre des gangs à Okinawa et Combat sans code d’honneur. Il stupéfiait le public par son audace et sa maîtrise de la mise en scène, une maîtrise remarquable qui préfigurait celle de ses chefs d’œuvre à venir. Le film, adapté d’un roman de Shinji Fujiwara, s’avère en effet assez rapidement parfaitement inclassable.

Débutant comme une comédie enlevée, presque décalée, pour se muer peu à peu en un polar noir strié de scènes de violence sèche, Kamikaze Club déroute autant qu’il ravit. Le premier constat qui s’impose concerne l’incroyable énergie qui se dégage de l’ensemble, que ce soit du point de vue de la réalisation nerveuse et inventive, de l’interprétation impeccable ou du montage extrêmement percutant et original.

Dès les premières minutes, Kamikaze Club impressionne par ses audaces narratives et formelles, comme cette propension à scander la présentation des personnages d’arrêts sur images aussi judicieux qu’amusants, ou ces passages subtils du noir et blanc à la couleur, voire aux teintes sépia lorsque l’occasion le commande. La temporalité du film s’en trouve naturellement et intelligemment affectée, puisque si le noir et blanc semble marquer un retour au passé, le réalisateur brouille les pistes en laissant revenir la couleur presque aussitôt, comme si les événements dataient en réalité d’hier (la rencontre de Shun avec l’actrice, par exemple).

Ambiance survoltée, humour acéré (prêter attention au fameux monologue intérieur de Shun, lorsqu’il observe les innombrables passants qu’il rêve de plumer : « (…) Ils ont l’air content, malgré leur vie de cons »), personnages vivants et crédibles, Kamikaze Club enthousiasme de bout en bout, négociant avec efficacité le passage pourtant périlleux de la comédie au drame.

Les comédiens ne sont pas pour rien dans cette réussite, à commencer par l’inénarrable Hiroki Matsutaka, très drôle au début du film en voyou à la petite semaine, avant que les événements ne le dépassent et ne lui octroient la possibilité de révéler ses talents dans un registre plus tragique. Secondé par Tomomi Sato, Akira Jo et Hideo Murota, il mène le bal avec une décontraction contagieuse, et ce même si son personnage n’est pas exempt de quelques pulsions peu recommandables (voir le traitement qu’il réserve à l’actrice lors de leur première nuit), exposées lors de flash-backs particulièrement marquants.

Si les bonnes tranches de rigolade que se payent nos quatre compères devant la médiocrité et la stupidité de leurs proies représentent le cœur de la première partie du film, les choses se gâtent lorsqu’ils en viennent à s’attaquer aux gros poissons. Une occasion pour le réalisateur de dénoncer au passage la corruption massive qui sévit dans les milieux politiques japonais de l’époque, tout en précipitant ses personnages un peu naïfs dans des pièges de plus en plus corsés.

Caroline Leroy

Article publié sur Filmsactu.com le 8 décembre 2007

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